29 décembre 2007

Un cadeau...

... de la la Libre Pensée de Haute-Garonne

pour le solstice d'hiver !








MEILLEURS VOEUX POUR 2008 !

Happy Newton Day! Joyeux Jour de Newton !

Un article de Richard DAWKINS
paru le 13 Décembre 2007
dans "New Statesman"
(trad. LP 31)
Il faut fêter le 25 décembre, non parce que c’est le jour controversé de la naissance du "fils de Dieu" mais parce qu’il est l’anniversaire bien réel d'un des plus grands hommes de l'Histoire.

L’Avent, nous l’avons appris à l’école, était un temps d’espérance : l’attente de la venue du Messie.
Mais pour nous les mômes, il y avait bien mieux. L’Avent annonçait quelque chose de bien plus intéressant : Noël. Cette grandiose mélodie processionnelle, jouée à l’orgue pour annoncer l’hymne de l’Avent, me remue toujours au plus profond de moi 50 ans après. Cela signifiait que Noël, qui était l’objet principal de l’attention de tout môme depuis sa naissance arrivait vraiment – et quelle guigne pour le pauvre Jésus d’avoir son anniversaire le jour de Noël.
L’hymne de l’Avent annonçait l’insomnie excitée de la veille de la Noël, puis la lourde chaussette toute bosselée, distendue et craquant de tous côtés avec la promesse des “vrais” cadeaux après le petit-déjeuner ou, années noires, après la messe. Ce thème héraldique en clé mineure, au registre pour trompette, était une fanfare pour Hamleys (célèbres jouets), Meccano et Homby Dublo (trains miniatures), pour une boulimie sur un sol dévasté jonché de papiers cadeaux multicolores.
Nous savions peu de chose de la théologie de l’Avent. "Emmanuel", comprenions-nous, devait être une appellation erronée plutôt audacieuse qui, en réalité, était juste une autre façon d’écrire “Jésus”. Comment interpréter autrement les fameuses paroles de Matthieu (1:22-23) ?

Or tout ceci advint pour que s'accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d'Emmanuel

Nous ne nous sommes jamais demandé pourquoi Dieu prenait tant de détours pour simplement réaliser une prophétie. Ni, non plus, pourquoi Dieu prendra des détours plus importants encore en envoyant son fils sur Terre pour qu’il agonise en punition des péchés que l’humanité pourrait décider de commettre à un moment donné dans le futur (ou pour l’offense d’une foucade ancienne commise par un homme qui n’a jamais existé, Adam) – certainement l’idée la plus saugrenue qui ait jamais surgi d’un cerveau humain (Paul, bien sûr). Nous ne nous sommes jamais demandé pourquoi Dieu, s’il voulait pardonner nos péchés, ne les avait pas simplement pardonnés. Pourquoi devait-il d’abord se faire lui-même bouc émissaire ? Là où il était question de religion, nous ne demandions jamais rien. C’était comme ça avec la religion. Vous pouviez poser des questions sur n’importe quel sujet, mais pas sur la religion.
Nous aurions été bien intrigués si nos professeurs de religion nous avaient confessé que le mot hébreu d’Isaïe pour “jeune femme” avait été traduit à tort par “vierge” dans la Bible grecque des Septante (une erreur facile à faire : pensez au mot anglais « maiden » qui peut signifier : jeune fille; vierge; demoiselle; femme célibataire; femme non mariée). Dire que cette petite erreur allait avoir des répercussions hors de toute proportion serait pur euphémisme.
De là allait découler tout le mythe de la Vierge Marie, la “Notre-Dame” kitsch de la grotto-idolâtrie catholique, le spectacle crypto-pédophile de jeunes filles en robes de première communion d’un blanc virginal, le statut de déesse non seulement de Marie elle-même mais aussi d’un panthéon de « manifestations » locales. Le Pape Jean-Paul II pensait qu’il avait été sauvé de l’assassinat en 1981 par Notre-Dame certes, mais tout spécialement par Notre-Dame de Fatima. Comme j’ai eu l’occasion de le signaler ailleurs, probablement que Notre-Dame de Lourdes, Notre-Dame de Guadalupe, Notre-Dame de Medjugorje, Notre-Dame d’Akita, Notre-Dame de Zeitoun, Notre-Dame de Garabandal et Notre-Dame de Knock avaient au même moment d’autres choses à faire.

Nos professeurs de religion auraient pu poursuivre en nous disant que le verset de l’ “Emmanuel” d’Isaïe n’avait vraiment rien à voir avec Jésus, mais se rapportait à un problème ponctuel de la politique juive antérieur de sept siècles. La naissance d’un enfant appelé Emmanuel était un signe adressé au roi Ahaz de Juda pour l’encourager dans sa querelle locale avec les royaumes voisins de Syrie et d’Israël.
Trouver à tout prix une signification symbolique infondée là où il n’en existait pas est typique de la mentalité religieuse. Plus tard, les écrivains chrétiens virent dans la tyrannie de Juda un symbole de l’asservissement de l’humanité à la mort et au “péché” et furent en définitive incapables de faire la différence, tout comme les gens qui envoient des cartes de Noël aux Archers (héros d’une série télé actuelle de la BBC). Un exemple encore plus amusant est le récent commentaire chrétien sur le “Cantique des Cantiques”, un document franchement érotique parsemé, dans les bibles chrétiennes, d’épigraphes euphémiques hilarantes comme « L’amour mutuel du Christ et de son église ».
C’est du désir d’accomplir des prophéties que proviennent nos récits de Noël les plus poignants. Il n’existe actuellement aucune certitude que Jésus soit né à Bethléem, au calme dans une étable. Mais il faut qu’il soit né à Bethléem, car le prophète Michée (5 :2) a dit auparavant :
Et toi, Bethléem-Ephrata,
Petite parmi les clans de Juda,
C’est de toi que sort pour moi
Celui qui doit gouverner Israël.

Ainsi, Luc fait débuter Marie et Joseph à Nazareth, puis les contraint à se rendre à Bethléem ("et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville") pour payer un impôt romain (les spécialistes d’histoire ancienne se rient à juste titre cette affaire d’impôt). Matthieu, à l’opposé, fait débuter la famille de Joseph à Bethléem puis leur fait faire route vers Nazareth après leur retour de la fuite en Egypte. Dans un élan d’exagération, Matthieu en arrive même à détourner le lien relativement indiscuté de Jésus avec Nazareth pour réaliser une autre prophétie :

Il vint s’établir dans une ville appelée Nazareth ; pour que s’accomplît l’oracle des prophètes :
Il sera appelé Nazôréen.
(Matthieu 2:23)

Marc, le premier évangéliste, ne parle pas du tout de la naissance de Jésus. Chez Jean (7:41-42), des personnes disent qu’il ne peut pas être réellement le Christ, justement parce qu’il était né à Nazareth et pas à Bethléem, et parce qu’il n’était pas un descendant de David :

D’autres disaient : “C’est le Christ ! ». Mais d’autres disaient : « Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ? L’Ecriture n’a-t-elle pas dit que c’est de la descendance de David et de Bethléem , le village où était David, que doit venir le Christ ? »

Pour ajouter à la confusion, Matthieu et Luc, bien qu’ils soient les seuls évangélistes soutenant que Jésus n’a pas de père terrestre, font descendre Jésus de David par Joseph, et non par Marie (quoique par des intermédiaires très différents de l’un à l’autre et en nombre tout autant différent).
La plupart des spécialistes, mais pas tous, pensent qu’il est somme toute probable qu’un prêcheur itinérant charismatique du nom de Jésus (ou Joshua) ait été exécuté pendant l’occupation romaine, bien que tous les historiens objectifs souligne la faible crédibilité de cette hypothèse. Il est certain que personne ne prend au sérieux la légende de sa naissance en décembre. La tradition chrétienne tardive relie simplement la naissance de Jésus aux festivités très anciennes correspondant au solstice d’hiver.
Cet opportunisme saisonnier se perpétue de nos jours. Dans certains Etats des USA, l’étalage public de crèches et autres symboles chrétiens du même acabit est interdit par crainte d’offenser Juifs et autres (pas les athées). Les appétits du commerce saisonnier sont satisfaits au plan national par une “Saison de Fête” super oecuménique dans laquelle ont été réquisitionnés la Hanoukkah juive, le Ramadan musulman, et ce faux historique qu’est le « Kwanza » (inventé en 1966 pour que les Afro-Américains puissent célébrer leur solstice d’hiver bien à eux). Les Américains se souhaitent timidement une “joyeuse Saison de Fête » et dépensent un argent fou en cadeaux de « Fête ». Pour ce que j’en sais, ils accrochent une “chaussette de Fête” et entonnent des “chants de Fête” autour d’un “arbre de Fête” décoré. On n’a pas encore vu de “Père Fêtard” vêtu de rouge, mais ce n’est sans doute qu’une question de temps.
Que l’on en pense du bien ou du mal, notre culture est historiquement une culture chrétienne et les enfants qui grandissent en ignorant la littérature biblique sont diminués, incapables de saisir des allusions littéraires, aujourd’hui en perdition. Je ne suis pas un amoureux de la Chrétienté et j’exècre l’orgie annuelle faite de gâchis et de dépenses réciproques insensées, mais je dois dire que je vous souhaiterais plus volontiers un « Joyeux Noël » qu’une « Joyeuse Saison de Fête ».
Par bonheur, ce n’est pas la seule alternative : le 25 décembre est l’anniversaire d’un des authentiques grands hommes ayant jamais foulé la terre, Sir Isaac Newton. Ses performances pourront être fêtées à juste titre là où ses vérités tiennent bon. Ce qui veut dire d’un bout à l’autre de l’univers.
Joyeux Jour de Newton !

Richard Dawkins occupe la chaire Charles Simonyi de professeur de compréhension publique de la science à l'université d'Oxford. Il est l’auteur de best-sellers internationaux tels que Le Gène Egoïste, L'Horloger Aveugle, Le Phénotype Etendu, Le Fleuve de la Vie, Climbing Mount Improbable et Les Mystères de L'Arc-en-ciel. Richard Dawkins est un opposant public à l'irrationalisme et au « dessein intelligent ».

26 novembre 2007

Le Tsar, le Patriarche et le Pontife

Un Tsar au Vatican
Le 13 mars dernier, Benoît XVI recevait Vladimir Poutine.
"Cette visite est significative des bonnes relations entre la Fédération russe et le Saint-Siège", soulignait alors sur Radio-Vatican Mgr Antonio Mennini, représentant pontifical à Moscou, espérant qu’elle "porte de bons fruits".
L'Eglise orthodoxe russe a souhaité quant à elle que la rencontre entre le président Poutine et Benoît XVI contribue "au renforcement des valeurs morales traditionnelles en Europe et dans le monde", ainsi qu' "au règlement des conflits internationaux et à la normalisation des rapports ecclésiastiques".
"Les rapports entre la Russie et le Vatican ne peuvent pas être séparés des rapports entre l'Eglise catholique romaine et l'Eglise orthodoxe russe, car il est impossible de séparer le Vatican de l'Eglise catholique romaine", a déclaré l'archiprêtre Vsevolod Chaplin, vice-président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Partiarcat de Moscou.
Pour Nicolas Lossky, prêtre de l'Eglise orthodoxe russe à Paris, "Vladimir Poutine en espère aussi une retombée sur son image et sur celle de son pays en Europe occidentale". "Il cherche à ce que la Russie soit très présente en Europe et il pousse l'Eglise orthodoxe dans cette direction".
Les rapports entre le Vatican et l'Eglise orthodoxe russe sont tendus depuis de longues années, le patriarcat de Moscou accusant les catholiques de prosélytisme en Russie, un reproche que ces derniers rejettent avec constance, comme tous les reproches qui peuvent du reste leur être faits.
Mais le Saint-Siège comme le patriarcat de Moscou mettent l'accent sur la solidité de leurs relations directes, qui se sont nettement améliorées depuis quelques années.
"La restitution en 2004 par Jean Paul II de la célèbre icône de Notre-Dame de Kazan a contribué à faire évoluer les choses dans le bon sens", rappelle Mgr Johann Bonny, membre du conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, l'organe du Vatican en charge des relations avec les orthodoxes.
Surtout, l’élection de Benoît XVI et son souci d’unité avec l’orthodoxie ont aplani bien des difficultés.

Le Mont Athos
Le 9 septembre, Vladimir Poutine effectuait une visite qualifiée d'historique au Mont Athos, dans le nord de la Grèce, car c'était la première d'un chef de l'Etat russe dans ce haut lieu de l'orthodoxie, toujours interdit aux femmes.
Le caractère de cette visite était annoncé comme strictement privé. Poutine est arrivé à bord d'un yacht, protégé par un important dispositif de sécurité. Selon l'agence de presse grecque Ana, la direction collégiale de la communauté a réservé au président russe "un accueil grandiose dans la tradition byzantine"
"La Russie a toujours été unie par des liens puissants au Mont Athos, toutes les sources intellectuelles sont liées avec le Mont Athos, toutes les couches sociales nourrissent un grand respect pour le Mont Athos", a déclaré Poutine, ajoutant qu’"en Russie, nous estimions et nous estimons les hommes qui ont choisi ici la vie monacale".

Dans quelques jours, les élections à la Douma...
Le 19 novembre, Poutine, candidat aux législatives du 2 décembre prochain, s’est à nouveau adressé à l'Eglise orthodoxe. Devant 120 dignitaires religieux réunis au Kremlin, il a déclaré : "La stabilité du pays et la poursuite des changements positifs que nous voyons dans notre vie dépendent directement des résultats des élections législatives. Je suis sûr que les chrétiens orthodoxes feront preuve d'un civisme actif".
Le taux de participation constitue un enjeu important alors que Russie unie, le parti de Poutine, présente ces élections comme un plébiscite en faveur de Vladimir Poutine et qu'un mouvement l'appelant à rester au pouvoir, sous une forme ou une autre, se forme dans le pays.
Vladimir Poutine ne peut théoriquement se présenter à la présidentielle en mars 2008 après deux mandats consécutifs, mais il a assuré qu'il "resterait influent". Il pourrait devenir premier ministre, chef de la majorité parlementaire, certains n'excluant pas qu'il se représente en profitant de failles dans la loi électorale...

Poutine a remis "la chasuble du Christ"
L'Eglise orthodoxe russe, dirigée par le patriarche Alexis II, a beaucoup fait pour asseoir l'autorité de Vladimir Poutine, rappelant la tradition russe selon laquelle le tsar tient son pouvoir de Dieu.
Poutine, ancien agent du KGB, a entrepris en échange, depuis son arrivée au Kremlin en 2000, de redonner à l'Eglise orthodoxe russe l'influence perdue sous le régime soviétique.
Il s'affiche souvent priant dans des lieux saints de Russie ou de simples églises.

Vladimir Poutine a profité de la cérémonie lundi pour remettre devant les caméras à Alexis II une partie de "la chasuble du Christ", "une des reliques les plus importantes pour les orthodoxes", en faisant un signe de croix.
Cette relique, conservée dans le musée du Kremlin, sera désormais exposée dans la cathédrale du Christ Sauveur. Poutine a ainsi expliqué ce geste :
"L'Eglise orthodoxe a joué un rôle important pour le développement de l'Etat, de la culture, de la morale. Nous apprécions hautement son aspiration à faire revivre les idéaux et les valeurs qui ont été des repères spirituels pendant des siècles".

Un "conseil civil pour la moralité"
Le patriarche Alexis II a pour sa part souligné qu'il était "important de guérir les blessures spirituelles à la suite de la politique d'athéisme" de l'époque soviétique, quand l'immense majorité des édifices religieux ont été fermés.
Il a proposé de créer un "conseil civil pour la moralité" pour surveiller les émissions de télévision et de radio qui sont souvent "vicieuses et moralement irresponsables".
Le patriarche a également demandé que soient établis des sursis pour les jeunes appelés qui font des études religieuses, rappelant que "plus de 300.000 prêtres" avaient été fusillés pendant les années de la répression et que l'Eglise souffrait toujours d'un problème de cadres.

Les liens de plus en plus étroits entre l'Eglise et le pouvoir ne sont pas du goût de tout le monde. Une centaine de défenseurs des droits de l'Homme et plusieurs scientifiques russes ont appelé cet été à mettre fin à "la cléricalisation de la société russe", dénonçant "une nouvelle idéologie nationale et religieuse empreinte d'une négation de la démocratie, de xénophobie et du culte du pouvoir".


Avec les dépêches AFP

L'église orthodoxe est devenue une véritable force politique, au service d'une nouvelle idéologie nationale.

Un reportage ARTE INFO du 25/11/2007 :
Voir le reportage

















11 novembre 2007

11 novembre 2007 : l'hommage rendu à Jaurès

Merci au nom de la Fédération de la LP d’être venus pour cette première manifestation pacifiste du 11 novembre à Toulouse, devant la demeure de Jean Jaurès, du temps où il était maire adjoint, enseignant et député socialiste. Nous prenons ainsi notre place dans cette tradition militante de la Libre Pensée qui fait que chaque 11 novembre, notamment devant les monuments aux morts comme celui de Gentioux, nous organisons des rassemblements pacifistes.
Le 11 novembre, Jean Jaurès : il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre et le lien, et le symbole .
D’un côté, la date qui marque la fin de la Première Grande Boucherie Mondiale, de l’autre le nom de celui qui illustre le combat pour la paix au nom de l’internationalisme socialiste jusqu’à son assassinat, à la veille du déclenchement du conflit, le 31 juillet 1914 au Café du Croissant à Paris.
Quelques mois auparavant, au printemps 1914, les élections législatives ont donné une majorité à la gauche, composée des différents courants socialistes français, divisés, mais confrontés à une droite en déroute. Le 27 février, il y avait eu une grande Manifestation contre la guerre à Paris, à l'appel de l'UD de la Seine de la CGT. On est en pleine affaire Caillaux . Joseph Caillaux, un radical, (qui sera de ceux qui voteront les pleins pouvoirs à Pétain en 1940) cède son fauteuil à René Viviani du Parti Républicain Socialiste, parti opposé à la SFIO, ce qu’on appelle « les socialistes indépendants », les Kouchner d’alors.
Le 28 juin, c’est l’attentat de Sarajevo. Les nuages s’accumulent, l’orage gronde.
Jean Jaurès reste encore confiant dans les capacités de la classe ouvrière. Au congrès extraordinaire de la SFIO, le 14 juillet, il brandit l’arme de la « grève générale simultanément et internationalement organisée ».
11 jours plus tard, le 25 juillet, le ton est plus pessimiste. Dans un discours, Jaurès parle du péril des « massacres à venir ».
Le 27 juillet, à l'appel de l'Union des syndicats de la Seine de la CGT, il y a une nouvelle manifestation contre la guerre. Jaurès croit encore pouvoir faire pression sur le gouvernement que le groupe socialiste SFIO soutient. Le 29 et le 30, il est à Bruxelles, où se réunit l’Internationale socialiste.
Le 30 juillet, il y a encore des manifestations ouvrières dans de nombreuses villes françaises, des affrontements avec les forces de l’ordre. Jaurès appelle les prolétaires allemands et français à renforcer la pression. Et dans le même temps, à son retour, il demande et obtient des responsables de la CGT un report au 9 août de la manifestation qui était prévue pour le 2.
Il tient à préserver encore le gouvernement... …qui n’en a cure : René Viviani le reçoit certes, mais lui cache une partie importante de ses informations. Jean Jaurès est abusé.
Le 31 juillet, il apprend que l’Allemagne a décrété « l’état de péril de guerre avancé » et que le gouvernement français s’apprête à son tour à sauter le pas.
Nous nous retrouvons au soir du 31 juillet.
Il prépare un article pour dénoncer les responsables de la situation dramatique qui s’annonce, et notamment les « ministres à tête légère ».
Quand surgit de derrière les rideaux la main armée de Raoul Villain.
Le lendemain de l'assassinat, l'ordre de mobilisation générale est proclamé : la Boucherie mondiale commence.
Le 4 août, lors des obsèques de Jean Jaurès, Léon Jouhaux annonce « le ralliement de la CGT à l'Union sacrée ».
Le groupe parlementaire socialiste vote à l'unanimité les crédits de guerre et l'état de siège restreignant les libertés. Leurs camarades allemands feront de même au Bundestag, à l’exception illustre de Karl Liebknecht qui votera contre.
Le 26 août, les socialistes Jules Guesde et Marcel Sembat entrent dans le gouvernement Viviani « d' Union sacrée ».

Pour paraphraser Lénine évoquant Marx, il arrive aujourd'hui à Jaurès ce qui est arrivé plus d'une fois dans l'histoire aux penseurs révolutionnaires et aux chefs des classes opprimées en lutte pour leur affranchissement. Lénine explique : "Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de "consoler" les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire. On met au premier plan, on exalte ce qui est ou paraît être acceptable pour l’ordre établi. "
Et en effet, tout le monde aujourd’hui cite Jaurès à tout bout de champ, à tort et à travers, tout le monde aujourd’hui s’en réclame, y compris les va-t-en guerre de la « Liberté immuable ». C’est l’assassiner une deuxième fois.
Je voudrais donc profiter de cet hommage pour vous lire quelques extraits de deux textes de Jaurès, et ainsi contribuer tant que faire se peut à lui redonner la place qui est la sienne :
contre l’ordre établi du sabre et du goupillon, avec la classe ouvrière, avec les peuples, avec le socialisme internationaliste, avec nous.

L'Alliance des peuples
L'Humanité du 7 juillet 1905.
D'une guerre européenne peut jaillir la révolu­tion, et les classes dirigeantes feront bien d'y songer mais il en peut sortir aussi, pour une longue période, des crises de contre-révolution, de réaction furieuse, de nationalisme exaspéré, de dictature étouffante, de militarisme monstrueux, une longue chaîne de violences rétrogrades et de haines basses, de repré­sailles et de servitudes.
Et nous, nous ne voulons pas jouer à ce jeu de hasard barbare, nous ne vou­lons pas exposer, sur ce coup de dé sanglant, la certi­tude d'émancipation progressive des prolétaires, la certitude de juste autonomie que réserve à tous les peuples, à tous les fragments de peuples, au-dessus des partages et des démembrements, la pleine victoire de la démocratie socialiste européenne.
C'est pourquoi, nous socialistes français, sans qu'aucune personne humaine puisse nous accuser d'abaisser le droit, nous répudions à fond, aujour­d'hui et à jamais, et quelles que puissent être les conjectures de la fortune changeante, toute pensée de revanche militaire contre l'Allemagne, toute guerre de revanche. Car cette guerre irait contre la démo­cratie, elle irait contre le prolétariat, elle irait donc contre le droit des nations, qui ne sera pleinement garanti que par le prolétariat et la démocratie...
Le monde apaisé sera plus riche de diversités et de couleurs que le monde tumultueux et brutal. C'est la guerre qui est uniformité, monotonie, refoulement: "L'arc de paix" avec toutes ses nuances est plus varié que le violent contraste de la nuée sombre et de l'éclair dans le déchaînement de l'orage.
Quand Nietzsche fait appel pour diversifier le monde et pour relever l'homme à une aristocratie nouvelle, il oublie de se demander sur quelle base économique s'appuierait, dans le monde transformé, cette aristocratie de privilège et de proie. Mais enfin ce n est pas dans l'enceinte de nationalités exclusives et jalouses qu'il prévoit le large développement des individualités humaines. Il affirme sans cesse que l'homme nouveau doit être avant tout "un bon Européen", que l'Europe va vers l'unité, et qu'il faut qu'elle y aille.
Mais comment Nietzsche lui-même pourrait-il nier que c'est l'action du prolétariat socialiste qui est dès maintenant, et qui sera de plus en plus la force décisive d'unification de l'Europe et du monde ?
Pour cette grande œuvre de révolution sociale et morale, le prolétariat allemand et le prolétariat français peuvent beaucoup par leur union, par leur action commune. Notre devoir est haut et clair : toujours propager l'idée, toujours espérer, toujours lutter jusqu'à la définitive victoire de la démocratie socia­liste internationale, créatrice de justice et de paix. "

La paix et le socialisme
l’Humanité, 9 juillet 1905
Il nous reste encore une oeuvre immense d’éducation et d’organisation à accomplir. Mais, malgré tout, dès maintenant, il est permis d’espérer, il est permis d’agir. Ni optimisme aveugle ni pessimisme paralysant. Il y a un commencement d’organisation ouvrière et socialiste, il y a un commencement de conscience internationale.
Dès maintenant, si nous le voulons bien, nous pouvons réagir contre les fatalités de guerre que contient le régime capitaliste.
Marx, quand il parle des premières lois anglaises qui ont réglementé la durée du travail, dit que c’est le premier réflexe conscient de la classe ouvrière contre l’oppression du capital. La guerre est, comme l’exploitation directe du travail ouvrier, une des formes du capitalisme, et le prolétariat peut engager une lutte systématique et efficace contre la guerre, comme il a entrepris une lutte systématique et efficace contre l’exploitation de la force ouvrière.
Pas plus qu’il n’y a une loi d’airain du salaire qu’aucune action prolétarienne ne pourrait assouplir, pas plus qu’il n’y a un mètre d’airain de la journée ouvrière qu’aucune action prolétarienne ne pourrait réduire, il n’y a une loi d’airain de la guerre qu’aucune action prolétarienne ne pourrait fléchir.
Le monde présent est ambigu et mêlé. Il n’y a en lui aucune fatalité, aucune certitude. Ni le prolétariat n’est assez fort pour qu’il y ait certitude de paix, ni il n’est assez faible pour qu’il y ait fatalité de guerre. Dans cette indécision des choses et cet équilibre instable des forces, l’action humaine peut beaucoup. La formidable part d’inconnu n’est pas redoutable seulement pour nous, socialistes. Elle l’est aussi pour ceux qui déchaîneraient témérairement des guerres dont nul aujourd’hui ne peut prévoir les conséquences politiques et sociales et les contrecoups Donc, nous pouvons agir dès aujourd’hui, à quelque degré, sur la marche des événements, et comme nul ne peut déterminer d’avance le degré d’efficacité de notre action, nous devons donner tout notre effort comme si elle était en effet assurée du succès.

En 2007, 11 000 soldats français sont déployés en dehors des frontières et 13 d’entre eux ont été à ce jour tués en Afghanistan. 470 soldats américains ont été tués dans ce même pays, auxquels il faut ajouter les 3859 soldats morts en Irak.
Selon l’étude de la revue « The Lancet », on compte plus de 1 100 000 Irakiens morts depuis la première Guerre du golfe.
13 soldats français tués cela peut paraître dérisoire au milieu de ces dizaines de milliers de cercueils et de familles endeuillées. Mais outre qu’un mort, c’est toujours un mort de trop, toutes les déclarations martiales de Sarkozy et de Kouchner indiquent une amplification du déploiement des troupes dans un avenir proche. Après les menaces de Kouchner contre l’Iran, c’est le président de la République qui aux Etats-Unis explique au Congrès : "Je vous le dis solennellement aujourd'hui : la France restera engagée en Afghanistan aussi longtemps qu'il le faudra, car ce qui est en cause dans ce pays, c'est l'avenir de nos valeurs et celui de l'Alliance atlantique." "Pour moi, l'échec [en Afghanistan] n'est pas une option. Le terrorisme ne gagnera pas parce que les démocraties ne sont pas faibles, parce que nous n'avons pas peur de cette barbarie. L'Amérique peut compter sur la France."
Bush se réjouit : « J'ai un partenaire pour la paix, quelqu'un qui est disposé à prendre des positions dures, pour parvenir à la paix ».

Oui, comme Jaurès nous pensons qu’il est possible d’agir sur la marche des événements, aux côtés des Américains qui manifestent de plus en plus nombreux contre la guerre, aux côtés des peuples de tous les continents qui aspirent à vivre dans la paix et la liberté.
Voilà le sens profond de la campagne lancée lors de notre Congrès de 2006, je veux parler de la lettre ouverte au Premier ministre pour la réhabilitation des Fusillés de 14-18. Nous vous invitons à la contresigner, à la faire connaître tout autour de vous.
En mai 2008, sur le plateau de Craonne, pour célébrer l’anniversaire des premières fraternisations, la Libre Pensée envisage d'organiser une grande manifestation.

Nous voulons regrouper une force, dans l’union la plus large avec tous ceux qui voudront agir avec la Libre Pensée, pour exiger, encore et toujours :
Justice pour les Fusillés,
Réhabilitation des Fusillés pour l’exemple !
Guerre à la guerre !
Vive la Sociale !
Salut et Fraternité à la mémoire de Jean Jaurès !

MESSAGE DE L’ASSOCIATION DE SAINT-MARTIN D’ESTREAUX...

... aux militants pacifistes rassemblés le 11 novembre avec la Libre Pensée
L’Association laïque des Amis des monuments pacifistes de Saint-Martin d’Estreaux et du département de la Loire salue votre rassemblement qui se tient en une période aussi chargée de conflits existants et de menaces de conflits nouveaux. La planète est désormais le théâtre de guerres incessantes produites par la volonté de main-mise sur les sources d’énergie par l’impérialisme américain et attisées par les rivalités entre religions différentes, voire à l’intérieur d’une même tradition religieuse.

Plus que jamais s’impose la vigilance des pacifistes internationalistes qui agissent en quelque sorte comme des guetteurs avertissant l’opinion de ce qui compromet la paix. C’est pour cela qu’ont lieu les rassemblements comme le vôtre et tous ceux qui se tiennent au même moment.

Cette année 2007 marque le quatre vingt dixième anniversaire des mutineries du Chemin des Dames où les fusillés pour l’exemple ont été particulièrement nombreux. La Libre Pensée, vous le savez, a décidé de tout mettre en œuvre pour obtenir leur réhabilitation. C’est un combat qu’elle a initié depuis des années et qui a pris une nouvelle dimension avec la déclaration commune et la démarche conjointe de quatre organisations, la Ligue des droits de l’homme, l’ARAC, l’Union pacifiste et la Libre Pensée. Ensemble, elles ont décidé de s’adresser aux autorités de ce pays pour qu’il soit mis fin à un déni de justice toujours aussi scandaleux qu’à l’origine et même davantage car s’y ajoute le retard à rétablir le droit en réhabilitant la mémoire des victimes de la « rage du militarisme » selon les termes de la délibération d’un conseil municipal en 1922 .

La guerre de 14-18 est en quelque sorte la guerre inaugurale de la période historique dans laquelle nous sommes engagés et en quelque manière de plus en plus englués. Bien entendu les peuples, durant cette période, ne sont pas restés passifs, loin de là, et ils ont par leur mobilisation jeté les bases d’un autre monde possible, un monde de paix, un monde d’humanisme, un monde où la civilisation puisse s’épanouir en utilisant au profit du développement général les conquêtes technologiques.
Bon rassemblement,

Guerre à la guerre
Fraternité entre tous les peuples

Réhabilitation des fusillés pour l'exemple !

Lettre ouverte au premier ministre pour la réhabilitation des fusillés pour l'exemple de l'armée française durant la guerre de 14-18

Monsieur le Premier Ministre

Les libres penseurs réunis en congrès de la Fédération Nationale de la Libre Pensée à Lamoura les 24-25-26 août 2006 ont pris connaissance avec un vif intérêt du fait que le gouvernement britannique allait demander par voie législative la réhabilitation des 306 soldats fusillés pour désertion, mutinerie ou refus de combattre (Le Monde du 18 août 2006) pendant la guerre de 1914 -18.
Le ministre de la défense Des Browne a déclaré à cette occasion : « Bien que cela appartienne à l'Histoire, j'ai conscience de ce que ressentent aujourd'hui les familles de ces hommes ».
La Libre Pensée qui s'honore d'avoir lancé il y a plusieurs années une lettre ouverte interrogeant le président de la République sur ce qu'il comptait faire pour que justice soit rendue aux fusillés pour l'exemple, ne peut que souscrire aux propos du ministre britannique. Il est temps, il est grand temps que cette démarche de réhabilitation soit menée à bien.


De multiples travaux d'historiens français ou étrangers ont été effectués sur le sujet : les uns émanent d'universitaires renommés, d'autres de chercheurs indépendants, et même d'un officier de très haut grade. Tous ont, depuis des années, écrit des livres, organisé des colloques, alimenté des sites internet pour faire la lumière sur ces faits tragiques et d'une criante injustice.

Tous mettent en évidence le déni de justice dont furent victimes les fusillés.

La Fédération Nationale de la Libre Pensée, dont le positionnement pacifiste internationaliste est connu, a évidemment une conviction précise à propos de la guerre de 14-18 mais il n'est pas nécessaire que l'on partage cette conviction pour exiger avec elle la réhabilitation des fusillés pour l'exemple.
Afin de gagner sur cette juste cause, nous nous adressons à l'opinion publique démocratique pour qu'elle soutienne cette démarche.
Nous invitons toutes les associations et personnalités qui se reconnaissent dans cette volonté de justice à nous rejoindre dans cette action.
« La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera » écrivait Emile Zola dans sa célèbre lettre J'accuse à propos du terrible déni de justice subi par le capitaine Dreyfus, il y a plus d'un siècle. Ce qui était vrai pour Dreyfus l'est tout autant pour les fusillés de la première guerre mondiale.
En conséquence, le congrès de la FNLP vous demande solennellement, Monsieur le Premier ministre, de déposer un projet de loi décidant la réhabilitation de tous les fusillés pour l'exemple.


Grande-Bretagne : les 306 fusillés pour l'exemple réhabilités
un article du Monde paru le 18 août 2006 (Marc Roche)
Gertrude Harris, 93 ans, savoure sa victoire après l’annonce de la réhabilitation, à titre posthume, de son père. "Mon calvaire est terminé. Je suis heureuse que la réputation de courage de mon paternel ait été enfin rétablie", a déclaré la fille du soldat Harry Farr, fusillé, à l’âge de 25 ans, pour lâcheté sur le front de la Somme (France) en octobre 1916. Mort pour l’exemple, en état de choc après deux ans dans les tranchées, le soldat Farr faisait partie des 306 militaires exécutés pour désertion, mutinerie ou refus de combattre pendant la première guerre mondiale après être passés en cour martiale.
Le ministre de la défense, Des Browne, avait annoncé, le 16 juillet, un pardon global, par voie législative, au lieu d’examiner, après quatre-vingt-dix ans, les cas individuels. Au départ, le ministère de la défense avait ignoré les demandes répétées de réhabilitation introduites par Gertrude Harris qui entendait restaurer la mémoire de son père. Epaulée par sa fille Janet, la dame a bataillé âprement pour obtenir gain de cause malgré les rejets successifs de sa demande par des gouvernements de droite comme de gauche.

RECONNAISSANCE JURIDIQUE
Les pressions des organisations d’anciens combattants très puissantes outre-Manche et du lobby militaire, le mythe de l’héroïsme des tommies morts au champ d’honneur, l’importance des commémorations de la guerre 1914-1918, ainsi que l’hostilité de la presse conservatrice et de la famille royale étaient autant d’obstacles à la révision des procès.
En France, il aura fallu attendre novembre 1998 pour qu’un premier ministre socialiste, Lionel Jospin, réclame la réhabilitation des 49 mutins fusillés lors de la sanglante offensive du général Nivelle au printemps 1917.


L’Elysée avait jugé cette initiative "inopportune".

Au Royaume-Uni, les esprits ont évolué plus rapidement. Même le Daily Telegraph, quotidien proche des cercles militaires, applaudit cette reconnaissance juridique : "Il ne s’agissait pas de déserteurs agissant avec préméditation et de manière rationnelle, mais de combattants rendus fous par la souffrance. Cette décision reflète un changement bienvenu dans notre attitude vis-à-vis de la vie et de la mort sur le champ de bataille."
Cette décision ne fait toutefois pas l’unanimité comme l’atteste l’hostilité de l’historien militaire Correlli Barnett envers cette réintégration dans la mémoire nationale, "prise en fonction de considérations morales d’aujourd’hui qui ne tiennent pas compte des circonstances sociales et militaires de l’époque".

03 novembre 2007

Bruit de bottes : Kouchner s'en va-t-en guerre...

dimanche 11 novembre
à 10h00
20, rue des Puits Clos à Toulouse,

Hommage
à
Jean Jaurès !

On se souvient des mots du "French soldier", le transfuge nouveau ministre des Affaires étrangères, quand il annonça que «le monde devait se préparer au pire […], à la guerre» avec l’Iran, si les sanctions ne suffisaient pas à convaincre Téhéran de suspendre son programme nucléaire.
«Le ministre n’a fait que dire tout haut ce que tout le monde sait et ses propos ont le mérite d’éveiller les consciences et de lancer le débat pour éviter de se trouver face à une telle hypothèse», a-t-on alors expliqué au Quai d'Orsay devant le scandale qu'il avait soulevé.
«Je ne suis pas un va-t-en-guerre, et tout doit être fait pour éviter la guerre», s'est ensuite repris Kouchner, précisant qu'il fallait «travailler avec nos amis européens à des sanctions crédibles».
Comme le blocus de l'Irak qui fit tant de dégâts parmi la population civile ?

13ème soldat français tué en Afghanistan
Le 21 septembre dernier, la France a pu enregistrer le 13e soldat mort au combat en Afghanistan.
Mais rien n'arrêtera le mentor du French soldier, Nicolas Sarkozy, qui a affirmé sa détermination "à poursuivre la lutte contre le terrorisme".
On croirait entendre du Bush.
Environ 1.100 militaires français sont actuellement présents en Afghanistan, dans Kaboul et sa région.
Une centaine de militaires effectuent des missions d'instruction pour l'Armée nationale afghane (ANA). Le nombre de ces instructeurs, qui forment les forces régulières et les forces spéciales afghanes, doit être porté à environ 200 d'ici décembre.
Six avions de chasse Mirage, engagés dans les opérations aériennes et jusqu'à présent basés à Douchanbé, la capitale tadjike, doivent être redéployés à Kandahar, qui abrite la grande base de l'Otan du sud afghan.
La France a retiré début 2007 - sous Chirac - les unités des forces spéciales déployées en Afghanistan depuis 2003 dans le cadre de l'opération "Liberté immuable" (lancée par les Etats-Unis après le 11 septembre 2001 ).
Apparemment, sous Sarkozy, on change le fusil d'épaule et on va vers un déploiement majeur des forces militaires françaises.

D'autres soldats français bientôt dans le sud de l'Afghanistan...
Hervé Morin, ministre de la Défense, a annoncé lors du sommet de l'Otan à Noordwijk (Pays-Bas) que des troupes françaises allaient être envoyées en 2008 dans la province d'Oruzgan, dans le sud de l'Afghanistan, là où les combats contre les talibans sont parmi les plus durs, pour «former les soldats de l'armée afghane».
Il a ajouté que «le signal que donnerait un pays en réduisant ses forces serait un signe extrêmement négatif pour la totalité des pays engagés en Afghanistan».

En Afrique aussi...
Au Darfour : des militaires français feront partie des quelque 26.000 casques bleus et soldats de l'Union africaine qui vont être envoyés au Darfour "pour protéger les civils".
Interrogé sur RTL, Bernard Kouchner a déclaré droit dans ses rangers : "Il y a un phénomène très nouveau, très important, c'est que les Africains veulent s'occuper des affaires des Africains".

Au Tchad et en Centrafrique : le 25 septembre dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté à l’unanimité la résolution 1778 qui autorise le déploiement d’une présence "multidimensionnelle" dans l’Est du Tchad et le Nord Est de la République Centrafricaine dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations Unies qui autorise l’usage de la force.
Le site du ministère de la Défense indique notamment :
"L’opération européenne EUFOR Tchad / RCA, à laquelle la France participera sera la 5ème opération menée par l’UE.
L’Action commune, adoptée par le Conseil de l’UE le 15 octobre 2007, a officiellement désigné le général irlandais Patrick Nash commandant de l’opération et le général français Jean-Philippe Ganascia commandant de la force.

L’OHQ, état-major de niveau stratégique, situé au Mont Valérien en France a été choisi et activé par l’UE. Le processus de planification européenne suit son cours, sous la conduite du général Nash."

En Côte d'Ivoire...
La force Licorne compte environ 2400 hommes. Elle peut être soutenue par un bâtiment de la marine nationale positionné dans le Golfe de Guinée avec à son bord une force d'appoint.
La principale mission de la force Licorne est "de soutenir l’ONUCI" : la force française constitue une force de réaction rapide "de troisième rang" susceptible d'agir au profit de la force onusienne, "celle-ci intervenant en soutien de l'action des forces armées ivoiriennes".
L'ONUCI dispose d'environ 8000 hommes dont 200 français.


Le capitalisme porte en lui la guerre
comme la nuée porte l'orage.
Jean JAURES

dimanche 11 novembre
à 10h00
20, rue des Puits Clos
à Toulouse,


Hommage
à
Jean Jaurès !

28 octobre 2007

Ce feu souterrain qui circule dans les veines de la planète...


dimanche 11 novembre
à 10h00,
20, rue des Puits Clos
à Toulouse, où il demeura,
la Fédération
de Haute-Garonne
de la Libre Pensée
rendra un
Hommage
à Jean Jaurès
En juillet 1905, Jean Jaurès doit prononcer un important discours pour la paix dans un meeting des socialistes allemands à Berlin. Le déplacement est interdit par le chancelier de l’Empire M. de Bülow. L’Humanité publie le 9 juillet 1905 sur deux pleines pages l’intégralité du discours prévu. Celui-ci débute par l’évocation de la crise marocaine qui vient de manquer de précipiter la France et l’Allemagne dans un nouveau conflit armé.
« Cette alerte redoutable, survenue subitement en pleine tranquillité, en pleine sécurité, rappelle aux peuples et aux prolétaires combien la paix est fragile et précaire dans la société d’aujourd’hui avec les gouvernements d’aujourd’hui. Elle rappelle à toute la classe ouvrière d’Europe, à toute la classe ouvrière du monde son devoir d’union internationale, de vigilance internationale. Il ne faut pas que le prolétariat international soit un mot magnifique et vain. Il ne faut pas qu’il soit une force intermittente et superficielle, se manifestant à intervalles par ses congrès internationaux ou par les circulaires du Bureau socialiste international. Il faut qu’il soit une force constante, toujours avertie, toujours éveillée, toujours en état de contrôler les événements à leur naissance, de surveiller dans leur germe les premiers conflits qui, en se développant, pourraient produire la guerre.
Et il n’y a dans ces paroles, croyez-le bien, aucune fanfaronnade socialiste.
Nous ne sommes pas réunis pour échanger des illusions. Nous savons très bien, les uns et les autres, qu’il y a dans le monde capitaliste des forces formidables de conflit, d’anarchie violente, d’antagonismes exaspérés que le prolétariat universel, au degré insuffisant d’organisation et de puissance politique où il est parvenu, ne peut se flatter encore de maîtriser avec certitude. La concurrence économique de peuple à peuple et d’individu à individu, l’appétit du gain, le besoin d’ouvrir à tout prix, même à coups de canon, des débouchés nouveaux pour dégager la production capitaliste, encombrée et comme étouffée sous son propre désordre, tout cela entretient l’humanité d’aujourd’hui à l’état de guerre permanente et latente ; ce qu’on appelle la guerre n’est que l’explosion de ce feu souterrain qui circule dans toutes les veines de la planète et qui est la fièvre chronique et profonde de toute vie. Il faut bien chercher des clientèles lointaines, des clientèles exotiques et serviles, puisque tout le système, en retirant aux ouvriers une large part du produit de leur travail, restreint la libre consommation nationale. Oui, nous savons cela, et nous savons aussi que la force ouvrière n’est pas encore assez organisée, assez consciente, assez efficace, pour refouler et neutraliser ces forces mauvaises. Ou bien le prolétariat, séduit par une fausse apparence de grandeur nationale, et corrompu par une part dérisoire du butin capitaliste et colonial, ne s’oppose que mollement aux entreprises de la force. Ou bien les classes dirigeantes embrouillent si habilement la querelle née de l’antagonisme économique que les prolétaires n’en démêlent point l’origine. Ou bien, quand leur conscience est mieux avertie, ils ne disposent pas d’une action suffisante sur le mécanisme politique et gouvernemental, et leur opposition est submergée par tous les éléments flottants et inorganisés que le capitalisme met en mouvement aux heures de crise. Ou encore, les travailleurs socialistes de chaque nation, trop séparés encore les uns des autres, s’ignorant les uns les autres, désespèrent de l’utilité d’une action qui, pour être efficace, devrait être internationale ; et n’étant pas sûrs d’être soutenus de l’autre côté des frontières, ils s’abandonnent tristement à la fatalité. Oui, la protestation de la classe ouvrière ne suffit pas encore à dissiper tous les orages. La voix du prolétariat universel, qui commence à s’élever pourtant vibrante et forte au-dessus des nations agitées par une éternelle rumeur d’inquiétude et de guerre, ne peut pas répéter tout ce que dit la cloche de Schiller. Elle peut bien dire : " Vivos voco, mortuos plango ", j’appelle les vivants, et je pleure sur les morts. Elle ne peut pas dire encore : " Fulgura frango ", je brise la foudre. Il nous reste encore une oeuvre immense d’éducation et d’organisation à accomplir. Mais, malgré tout, dès maintenant, il est permis d’espérer, il est permis d’agir. Ni optimisme aveugle ni pessimisme paralysant. Il y a un commencement d’organisation ouvrière et socialiste, il y a un commencement de conscience internationale. Dès maintenant, si nous le voulons bien, nous pouvons réagir contre les fatalités de guerre que contient le régime capitaliste. Marx, quand il parle des premières lois anglaises qui ont réglementé la durée du travail, dit que c’est le premier réflexe conscient de la classe ouvrière contre l’oppression du capital. La guerre est, comme l’exploitation directe du travail ouvrier, une des formes du capitalisme, et le prolétariat peut engager une lutte systématique et efficace contre la guerre, comme il a entrepris une lutte systématique et efficace contre l’exploitation de la force ouvrière. Pas plus qu’il n’y a une loi d’airain du salaire qu’aucune action prolétarienne ne pourrait assouplir, pas plus qu’il n’y a un mètre d’airain de la journée ouvrière qu’aucune action prolétarienne ne pourrait réduire, il n’y a une loi d’airain de la guerre qu’aucune action prolétarienne ne pourrait fléchir. Le monde présent est ambigu et mêlé. Il n’y a en lui aucune fatalité, aucune certitude. Ni le prolétariat n’est assez fort pour qu’il y ait certitude de paix, ni il n’est assez faible pour qu’il y ait fatalité de guerre. Dans cette indécision des choses et cet équilibre instable des forces, l’action humaine peut beaucoup. La formidable part d’inconnu n’est pas redoutable seulement pour nous, socialistes. Elle l’est aussi pour ceux qui déchaîneraient témérairement des guerres dont nul aujourd’hui ne peut prévoir les conséquences politiques et sociales et les contrecoups
Donc, nous pouvons agir dès aujourd’hui, à quelque degré, sur la marche des événements, et comme nul ne peut déterminer d’avance le degré d’efficacité de notre action, nous devons donner tout notre effort comme si elle était en effet assurée du succès. »
Jean Jaurès, " La paix et le socialisme " (extraits), l’Humanité, 9 juillet 1905.

La résurrection du Caudillo

Au moment même où l'Espagne ouvre les charniers de la guerre civile, l'Eglise bénit l'édification d'un monument à la gloire du national-catholicisme cher au Caudillo.
Par sa portée symbolique, le "sanctuaire des martyrs valenciens" apparaît comme une véritable provocation.
« Valence la Méditerranéenne, campée à l'embouchure du Guadalaviar (ou Turia), au cœur de sa merveilleuse huerta... Outre la spectaculaire Cité des arts et des sciences, les touristes pourront prochainement découvrir un nouveau monument dédié aux religieux valenciens assassinés au début de la guerre civile (1936-1939).
C'est au nom de ces martyrs que s'érige un très polémique sanctuaire, dans la ville qui fut le siège du gouvernement républicain, entre novembre 1936 et octobre 1937. Temple 'design' de 3000 m2, confié à deux prestigieux architectes, Ordura et Aloy, l'édifice sera recouvert de carreaux de faïence multicolores et pourra accueillir près de neuf cents fidèles. Il sera visible depuis le fleuve, le front de mer et le futur circuit de Formule 1.
Pour ce qui est du financement et de ses ramifications, on ne peut qu'annoncer pour l'instant une note corsée. Les nombreux opposants à ce projet dénoncent une collusion entre l'ultra-conservateur archevêque de Valence, Agustin Garcia-Gasco, qui semble avoir voulu réaliser un coup d'éclat avant son départ à la retraite, et la mairie - aux mains des conservateurs du Parti populaire - qui a cédé des terrains pourtant hautement convoités par les promoteurs immobiliers.
»

Encore mieux …
Aujourd’hui, dimanche 28 octobre, L'Eglise catholique béatifie en grande pompe au Vatican 498 "martyrs" des "persécutions religieuses" de la guerre civile espagnole ! Cette béatification de masse - la plus importante de toute l'histoire de l'Eglise - survient trois jours avant le vote par le parlement espagnol d'une loi de réhabilitation des victimes du franquisme voulue par le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero.
L'Eglise espagnole a démenti tout rapport entre les deux évènements ! La béatification des "martyrs" dont le procès s'est ouvert en 1987 "n'a rien à voir avec un quelconque agenda politique", a déclaré le secrétaire général de la conférence épiscopale, Mgr Juan Antonio Martinez Camino.
L'initiative "ne naît pas du ressentiment, mais de la réconciliation", a encore assuré la conférence épiscopale.
La quasi-totalité des évêques espagnols et plusieurs dizaines de milliers de fidèles feront le voyage pour participer à la messe de béatification place St-Pierre présidée par le préfet de la congrégation pour la cause des saints, le cardinal José Saraiva Martins.
Le pape Benoît XVI devrait adresser un message aux pèlerins.
Cette cérémonie déroge à la règle pourtant voulue par Benoît XVI selon laquelle les béatifications (permettant le culte local du bienheureux) se proclament dans le pays des intéressés, le Vatican se réservant les canonisations des saints offerts à la dévotion de tous les catholiques.
Le pontificat de Jean Paul II, décédé en avril 2005, a déjà connu onze séries de béatifications de "martyrs" de la guerre civile espagnole, pour un total de 471 victimes.
Celle de dimanche compte deux évêques, 24 prêtres, 462 religieux, trois diacres ou séminaristes et sept laïcs, la plupart tués en 1936, au début des affrontements qui déchirèrent l'Espagne après le soulèvement des "nationalistes" du général Francisco Franco contre le gouvernement de Front populaire.
Plusieurs milliers de religieux et religieuses espagnols, selon les historiens, ont été tués par les sympathisants républicains avant et pendant la guerre civile (1936-1939) qui fit plus de 500.000 morts dans les deux camps.
Après la défaite des Républicains, 50.000 d'entre eux ont été exécutés par les forces nationalistes et des dizaines de milliers d'autres ont été incarcérés.
A son arrivée au gouvernement, Zapatero, petit-fils d'un capitaine républicain fusillé par les troupes de Franco, avait suscité l'espoir des associations des victimes du franquisme et promis à ses électeurs une grande loi sur le sujet.
Après des mois de tractations délicates, son projet de loi mécontente à la fois les conservateurs du Parti populaire (PP) et les indépendantistes de la gauche catalane.

Concilier l'inconciliable ?
Le 15 octobre, Zapatero a exprimé son "profond respect" pour l'initiative de l'Eglise.
Et il a demandé, au nom de la "maturité" démocratique, le même respect pour sa loi.
Le rapporteur du projet de loi, Jose Torres Mora, assistera à la messe de béatification et le gouvernement sera représenté par le ministre des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos.

En Italie, plusieurs journaux de gauche se sont indignés de cette béatification spectaculaire de victimes du camp franquiste.
Le journal en ligne américain National Catholic Reporter a relevé dans la liste le nom du religieux Gabino Olaso Zabala, qui se serait rendu coupable de tortures alors qu'il était missionnaire aux Philippines.

d'après AFP

27 octobre 2007

Derrière l'hypocrisie du "Grenelle de l'Environnement"...

...l'annonce d'un désastre sanitaire en Martinique et en Guadeloupe
Le 17 septembre dernier, le Professeur Dominique Belpomme, cancérologue réputé à l’hôpital Georges Pompidou à Paris, annonçait "un désastre sanitaire aux Antilles" à la une du Parisien, évoquant une "affaire plus grave que le sang contaminé".
En cause : le chlordécone, un pesticide employé pour le traitement des bananiers dans la lutte contre le charançon, pesticide très utilisé en Martinique et en Guadeloupe jusqu’en 1993 alors qu’il était interdit aux Etats-Unis depuis 1976 et que dès 1979 la communauté scientifique internationale en connaît la toxicité.
Dans les bananeraies antillaises, les nappes phréatiques ont été polluées par l’insecticide, transmettant le poison aux fruits et légumes-racines cultivés et consommés localement.
Le Professeur Belpomme, dans un rapport rédigé pour l’Assemblée Nationale, établit une relation entre la pollution au chlordécone et de nombreux cas de cancer. Dans Le Figaro (17/09/07), tout en précisant que les scientifiques n’ont pas encore la preuve épidémiologique du lien entre ces cancers et le chlordécone, il explique qu’on a en revanche pu démontrer scientifiquement la contamination au chlordécone de toutes les femmes enceintes et de tous les nouveaux-nés en Guadeloupe.

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a quant à elle insisté sur le fait qu’il n’existait "pas de lien scientifique" entre les pesticides et les problèmes de santé des Antillais et appelé à la "plus grande précaution" pour les produits ne provenant pas des circuits commerciaux (production de jardins familiaux ou prélèvements d’eau de source) recommandant "de ne pas les consommer plus de deux fois par semaine". De fait, les pouvoirs publics cherchent à minimiser l'impact du rapport. Une campagne de dénigrement du Pr Belpomme, visant à le faire passer pour un charlatan, est méticuleusement orchestrée et soigneusement relayée. On trouvera ci-après un article paru dans Libération et un Droit de réponse du Pr Belpomme suite à un article publié sur le site cdurable.info.

« Le rapport du Pr Dominique Belpomme était fort attendu. Pas tant son contenu, qui reprend une littérature abondante - publiée depuis trente ans ! - sur la pollution endémique des Antilles par un pesticide (le chlordé­cone), utilisé par les planteurs de bananes. Mais plutôt la forme employée par ce cancérologue de l’hôpital Pompidou, qui s’y connaît en agitation médiatique. Son interview, la veille dans le Parisien, évoquant une «catastrophe sanitaire» , a suffi à semer la panique au sein du gouvernement.
Il s’y était pourtant préparé. En août, après avoir pris connaissance des éléments de son enquête, la trop peu connue Mission interministérielle et interrégionale chlordécone, manifestement plus soucieuse de protéger les décideurs publics que les consommateurs antillais, donnait le ton de la riposte : «Attaquer D. Belpomme sur son manque de rigueur, ses approximations et affirmations sans preuve pouvant aller jusqu’à l’imposture, quand il affirme le contenu purement scientifique de son rapport, pourrait n’être pas de bonne politique, vu la notoriété du personnage et sa capacité de prendre le public à témoin si on le martyrise. La réponse devra donc être indirecte […]. Elle ne doit pas venir de l’Etat mais des chercheurs et instituts attaqués, au risque d’alimenter la thèse qu’ils sont à la botte
Diable… Belpomme, dont l’expertise privée a été commandée par une association, Puma (Pour une Martinique autrement), ne méritait pas tant d’honneur. Pour l’essentiel, il réaffirme ce que tout le monde sait déjà : les eaux et les sols antillais sont pollués pour des siècles et des siècles.
Record. Reste l’essentiel : les produits contaminés (légumes, crustacés…) sont-ils dangereux pour l’homme ? Faute d’études épidémiologiques, nul ne le sait à ce jour. Belpomme lui-même se garde d’établir un lien de causalité entre le chlordécone et le record du monde du cancer de la prostate enregistré en Guadeloupe : «Rien ne le prouve», avant toutefois d’ajouter que «cette flambée de cancer n’est pas le fruit du hasard»…
Là, réside peut-être le scandale. «On nous dit d’attendre le résultat des enquêtes épidémiologiques, ça fait trente ans qu’on les attend, peste Harry Durimel, chef de file des Verts en Guadeloupe, auteur d’une plainte pénale pour empoisonnement. Si c’était en métropole, on aurait recherché depuis longtemps les conséquences sur la santé humaine.»
Comble. Le rapport Belpomme a dopé les politiques. Christian Estrosi, ministre des Dom-Tom, a illico annoncé un énième voyage aux Antilles, avec journalistes embarqués, histoire de démontrer par l’image qu’il prend le problème à bras-le-corps. Comble de l’absurde, il se dit favorable à une commission d’enquête parlementaire sur la pollution aux Antilles, alors qu’il avait promis, dans le sillage du cyclone Dean il y a un mois, un plan d’indemnisation des planteurs de bananes, leur permettant de repolluer.
Cette histoire d’enquête parlementaire tourne au gag. L’Assemblée nationale s’était déjà saisie du sujet en 2005 ; son rapport, lavant les pouvoirs publics de tout soupçon, louant le «contrôle vigilant des services compétents». C’était une mission d’information et non une commission d’enquête : le ministère de la Santé avait pu envoyer paître les députés. Un «rapport de camouflage», tonne Victorin Lurel, député-maire de Guadeloupe. En août, il réclamait, au nom du PS, une vraie commission d’enquête.
La garde des Sceaux Rachida Dati vient d’écrire au président de l’Assemblée : une enquête pénale étant en cours, le Parlement ne saurait empiéter sur la justice. «Chef» revendiqué du parquet, elle s’oppose pourtant à la recevabilité des plaintes pour empoisonnement déposées par des associations, jusqu’à se pourvoir en cassation. Au concours du plus tartuffe, Dati écrase Estrosi.
»


Pesticides aux Antilles : Lettre ouverte du Pr. BELPOMME
En tant que médecin, je suis soumis au serment d’Hippocrate, et donc à un devoir de prévention des maladies et d’information du public.
C’est dans cet esprit que j’ai coordonné le Rapport d’expertise et d’audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique.
Après la récente polémique qui a eu lieu autour de ce rapport - dont le contenu est resté totalement inchangé depuis sa parution en juin 2007 -, certains prétendent que je serais revenu sur mes déclarations initiales en expliquant qu’il n’existe pas de lien scientifiquement établi entre le chlordécone et le cancer de la prostate. Or, mon discours est toujours resté constant, même si on peut regretter que des raccourcis malheureux aient pu laisser faire croire le contraire.
En page 38, le rapport s’interroge en effet sur la pertinence de l’étude épidémiologique Karu-prostate, qui a pour objectif de montrer s’il existe ou non un lien associatif entre une contamination par le chlordécone et l’apparition des cancers de la prostate en Guadeloupe : « Pourquoi s’être fixé comme seule cause possible aux cancers de la prostate, le chlordécone, alors que la cartographie réalisée en Martinique montre qu’il n’existe aucune relation géographique entre le zonage de la pollution par le chlordécone (très intense dans la partie Nord-Est de l’île), et l’incidence élevée des cancers de la prostate (surtout décelés dans le Sud), autrement dit, que les cancers de la prostate sont plus fréquents dans des régions qui n’apparaissent pas être particulièrement polluées par le chlordécone ? »
Des études toxicologiques ont démontré le caractère CMR (cancérigène, mutagène et/ou reprotoxique) du chlordécone, qui est très fortement suspecté d’être impliqué notamment dans l’apparition de myélomes (leucémie des os) dans le Nord de la Martinique. Mais en ce qui concerne les cancers de la prostate, il serait nécessaire d’étudier au moins une quinzaine d’autres pesticides et leurs métabolites pour comprendre pourquoi les Antilles sont si lourdement touchées : la Guadeloupe est le territoire où l’incidence de ces cancers est la plus élevée dans le monde, alors que l’incidence est de même très élevée pour la Martinique, mais on ne peut savoir ce qui en est aujourd’hui faute de mise à jour du registre des cancers depuis 2000.
En ce sens, l’ARTAC a soumis aux différentes instances locales concernées et va soumettre aux pouvoirs publics nationaux une proposition de programme de recherche chiffrée, visant à réaliser une étude de biomonitoring portant sur les tissus adipeux et des dosages sanguins des personnes touchées par le cancer de la prostate ou du sein, qui seront mis en parallèle avec les résultats obtenus à partir de personnes témoins. En outre, des études de toxicogénomique devraient permettre de mieux connaître l’impact de différents pesticides sur les gènes humains, et en particulier de vérifier s’il existe un lien de causalité entre la contamination par le chlordécone et l’augmentation de fréquence des myélomes en Martinique.
Les subventions attendues pour la réalisation de ces études permettraient de rémunérer les différentes équipes de recherche impliquées, notamment les laboratoires spécialisés dans ce type d’analyses. Notre objectif est avant tout d’apporter des réponses scientifiques permettant d’expliquer l’incidence excessivement élevée des cancers, en particulier de la prostate, aux Antilles afin d’en améliorer la prévention et le traitement.
Lorsqu’à sa demande j’ai rencontré M. le Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, M. Christian Estrosi, je lui ai indiqué que le rapport était incontournable du point de vue scientifique, qu’il n’y avait aucun « catastrophisme » dans mon discours, et qu’il était de sa responsabilité de contribuer à la mise en ouvre le plus rapidement possible d’un plan d’action global impliquant de façon transversale les aspects environnementaux, sanitaires et agricoles, afin de remédier aux problèmes actuels, cela dans l’intérêt des antillais. J’ai également indiqué au Secrétaire d’Etat qu’un tel plan pouvait être mis en place sans nuire aux intérêts socio-économiques des Antilles, mais que la sécurité sanitaire des antillais, y compris des générations futures, est prioritaire.
Un récente réunion avec le Directeur-adjoint du cabinet de la Ministre de la Santé, Mme Roselyne Bachelot, ainsi que des responsables de la gestion des alertes sanitaire, m’a également permis d’insister sur la nécessité de mener des études de biomonitoring et de toxicogénomique, afin d’identifier les causes exactes de cette épidémie de cancers.
Nous attendons donc des représentants de l’Etat et des autorités locales la mise à disposition de moyens suffisants permettant de faire face à la crise actuelle et de faire réaliser les études annoncées dans les plus brefs délais.
Je me dois enfin de remercier l’ensemble de mes confrères et consoeurs médecins qui se mobilisent localement pour faire émerger la vérité.

Pr. Dominique BELPOMME Cancérologue, Président de l’ARTAC

21 octobre 2007

Vatican : la grande tantouse serait une petite balance...

« On dirait de lui: Ah! oui, la grande tantouse?
Très bien, je sais qui c'est »
(Sartre, Le Mur)
Scandale à l'ombre de Saint Pierre”, titre la presse italienne.
Les autorités vaticanes ont suspendu de sa charge et soumis à une procédure disciplinaire un prélat, Mgr Tommaso Stenico, haut responsable d’un des plus importants portefeuilles pontificaux : la Congrégation pour le Clergé, le "ministère" pontifical dirigé par le cardinal préfet Claudio Hummes, qui supervise, entre autres, la gestion d’environ 400 000 prêtres présents dans tous les diocèses du monde et la formation religieuse des séminaristes et des catéchistes…

"Superviser", pour ne pas dire "fliquer". Car Claudio Hummes est membre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, la plus ancienne des congrégations pontificales (1542). Et pour cause, puisqu'il s'agit de la descendante de la "Sainte, Romaine et Universelle Inquisition", de sinistre mémoire. La police du Vatican, en quelque sorte.

Mais revenons à notre brebis galeuse, Mgr Tommaso Stenico. Responsable de la catéchèse au sein de la Congrégation pour le clergé, célébrant la messe matinale sur la chaîne de télévision catholique italienne Telepace, animateur d’un site internet à son nom, Mgr Tommaso Stenico, 60 ans, est entré au service du Saint-Siège en 1980. Il est aussi grand Aumônier de l’Ordre souverain et militaire de Malte et commandeur de l’Ordre des chevaliers du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Au sein de la Congrégation pour le clergé, en outre, le prélat était membre de la commission chargée de traiter les causes de dispenses de l’obligation du statut clérical pour les prêtres et les diacres.

Qu'est-ce qui lui a valu les foudres pontificales ? Une sorte de "coming out" un peu curieux : le 1er octobre, visage flouté mais devant la bien reconnaissable porte de la Congrégation, il déclare à une chaîne de télévision privée, La7, dans le cadre d'une émission sur les prêtres homosexuels, qu'il "en est" et "actif" qui plus est. Filmé par une caméra cachée alors qu’il accueillait dans son bureau un jeune qui souhaitait avoir une relation homosexuelle, Mgr Tommaso Stenico déclarait « ne pas se sentir en état de péché », mais qu'il devait agir caché à cause de la doctrine de l’Église. Identifié , il a été suspendu de ses fonctions le temps d’une enquête canonique.
Le cardinal Julian Herranz, président de la Commission disciplinaire de la Curie romaine, a affirmé dans un entretien à La Repubblica que le Saint-Siège était « le premier intéressé à faire le ménage chez lui ». Dans le cas de Mgr Stenico, il a souhaité que les autorités compétentes puissent travailler « sereinement, loin de la clameur des médias, car les procès ne doivent pas se faire dans les journaux ». Ainsi, à ses yeux, les enquêteurs pourront faire toute la lumière sur cette histoire et réaliser un procès équitable.
Avec un sérieux tout papal, le cardinal Herranz a évoqué "la tristesse de l’Église lorsqu’un haut prélat était accusé de graves délits ou d’avoir cédé à ses pulsions sexuelles", mais il a insisté sur le fait qu’il s’agissait de cas « exceptionnels », et même « uniques » (sic !) à tel point que la Commission disciplinaire qu’il dirige est « presque sans travail ».

Le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi, a souligné samedi la nécessité de se montrer sévère face à "un comportement incompatible avec le ministère sacerdotal et avec la mission du Saint-Siège".

Selon un journaliste de la revue italienne Panorama, Mgr Tommaso Stenico a "rédigé un dossier détaillé" sur les prélats homosexuels au Vatican "avec une liste de noms et de circonstances" mettant en cause des prêtres et des évêques de la Curie. Le prélat aurait également adressé à son supérieur, le cardinal Claudio Hummes, un mémoire qui dénonce "la dégradation morale de la Curie" et qui "pourrait faire trembler" le palais du Vatican.

Aujourd'hui, Mgr Tommaso Stenico se défend donc d’être homosexuel. Il soutient avoir agi en "service commandé" pour "démasquer" ceux qui sont homosexuels au Vatican. Un sacré de bon sang de bon dieu de challenge.

Avec des méthodes dignes de l'Inquisition.

13 octobre 2007

Subsidiarité et participation...

...sont les deux mamelles d'un ordre juste.

Patrick Menucci, l'un des mentors de la candidate à l'élection présidentielle Ségolène Royal, a publié un livre au titre court : "Ma Candidate". Tout simplement. Comment le comprendre ce « Ma Candidate » ? « Ma Chose » ? Ça vous a un petit côté Pygmalion pas piqué des hannetons. « Ma Dame » ? On penche alors plus du côté du servant pas forcément courtois. Il y a certainement des deux à la fois dans ce « Ma ».
En tout cas, une chose est sûre : Menucci-Pygmalion a sans doute été d’une importance primordiale dans l’art de la communication de la candidate. Il raconte lui-même à Libération : «Un jour, je dis à Ségolène : "Untel est un con." "Ah bon, un con ?" Elle raccroche. Cinq minutes plus tard, elle me rappelle : "Untel est un con. Tu vois, Patrick, je le répète... Il ne faut plus le dire." ».
Menucci explique que "sa" candidate est le fruit d'un croisement entre le catholicisme social et les valeurs socialistes : « Elle est la synthèse entre le mouvement ouvrier qu’elle a rencontré au PS et le catholicisme social qui est la base de sa personnalité. Cela donne un réformisme tranquille » (Le Monde du 13/10/07).
Pour tout dire, on s'en doutait un peu plus qu’un peu.
Le problème dans ce type de croisement, c'est qu'il existe des incompatibilités majeures entre les souches et que ce qu'il en sort en général se rapproche plutôt de l’aberration. Mais Patrick Menucci ne peut voir cela : « Patrick Menucci confesse (sic !) que finalement il ne comprend pas ce qui se passe avec sa candidate ». A genoux, mécréants ! On est face au Mystère ! « Il ne peut que constater qu’à chaque fois un lien étrange (re-sic !) se noue avec les gens qu’elle approche ». Menucci nous fait son petit Bad Godesberg.
Et comme il reste, à l’instar de Bernadette Soubirou, sans voix devant l’Apparition et le Mystère, le Menucci « ne sait pas dire grand-chose d’autre qu’un ébahissement devant ce charisme qu’aucun dirigeant socialiste n’a eu depuis des décennies ». Il fallait oser l’écrire. Michel Samson du Monde a osé, avec la bénédiction de Menucci.
Lequel espère peut-être figurer un jour dans le calendrier, mais saint Patrick, c’est déjà pris par le patron des brasseurs (d’air ?)…
Il est clair que la campagne présidentielle a suscité des vocations.
Il faut dire que brandir le programme de « l’ordre juste » de la candidate Royal revenait à brandir l’encyclique « Deus caritas est » (Dieu est amour) de Benoît XVI qui fait de l’ordre juste un thème central et confie aux laïcs le soin de prendre en charge l'avènement de cet « ordre juste ». Dans cette encyclique, le pape écrit que " l'ordre juste de la société et de l'Etat est le devoir essentiel du politique ". Le concept d'"ordre juste" trouve sa racine dans la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, au XIIIe siècle. Pie XII l'avait repris en 1953.
Le concept d'"ordre juste" est repris bien évidemment par le catholicisme social et la droite dans toute son amplitude s'y réfère constamment.
Elle n’est plus seule.
Le vocabulaire devient commun d’un bout à l’autre de l’échiquier politique, et derrière les mots, on trouve les programmes entre lesquels il n'y a même pas l'épaisseur d'une hostie. On vient de voir ce qu’il en était pour le concept « d’ordre juste ».
En plat de résistance et en sucrerie, nous vous offrons les origines de « SUBSIDIARITE » et de « PARTICIPATION ».

LA SUBSIDIARITÉ
« La doctrine de l'Église a élaboré le principe dit de subsidiarité. Selon celui-ci, "une société d'ordre supérieur ne doit pas intervenir dans la vie interne d'une société d'ordre inférieur en lui enlevant ses compétences, mais elle doit plutôt la soutenir en cas de nécessité et l'aider à coordonner son action avec celle des autres éléments qui composent la société, en vue du bien commun" »
(CA Centesimus Annus (Centenaire de Rerum Novarum); Jean-Paul II, n. 48; cf. QA, nn. 184-186).
« Dieu n'a pas voulu retenir pour Lui seul l'exercice de tous les pouvoirs. Il remet à chaque créature les fonctions qu'elle est capable d'exercer, selon les capacités de sa nature propre. Ce mode de gouvernement doit être imité dans la vie sociale. Le comportement de Dieu dans le gouvernement du monde, qui témoigne de si grands égards pour la liberté humaine, devrait inspirer la sagesse de ceux qui gouvernent les communautés humaines. Ils ont à se comporter en ministres de la providence divine.Le principe de subsidiarité s'oppose à toutes les formes de collectivisme. Il trace les limites de l'intervention de l'État. Il vise à harmoniser les rapports entre les individus et les sociétés. Il tend à instaurer un véritable ordre international. »
(CEC Catéchisme de l'Église Catholique, nn. 1883-1885)

« De même qu'à l'intérieur de chaque communauté politique, les rapports des pouvoirs publics avec les citoyens, les familles et les corps intermédiaires doivent être régis et équilibrés par le principe de subsidiarité, ainsi est-il juste que le même principe régisse les rapports de l'autorité publique universelle avec les autorités publiques de chaque nation. Le rôle de cette autorité universelle est d'examiner et de résoudre les problèmes que pose le bien commun universel en matière économique, sociale, politique ou culturelle. C'est la complexité, l'ampleur et l'urgence de ces problèmes qui ne permettent pas aux gouvernants de chaque communauté politique de les résoudre à souhait. Il n'appartient donc pas à cette autorité universelle de limiter ni de réclamer pour elle les actes qui sont propres aux pouvoirs publics des autres communautés politiques. Elle doit au contraire tâcher de susciter sur toute la terre un état de choses dans lequel non seulement les pouvoirs publics de chaque nation, mais aussi les individus et les corps intermédiaires, puissent avec une plus grande sécurité accomplir leurs tâches, observer leurs devoirs et exercer leurs droits. »
(Pacem in Terris, nn. 140-141)

« Qu'il soit entendu avant toute chose que le monde économique résulte de l'initiative personnelle des particuliers, qu'ils agissent individuellement ou associés de manières diverses à la poursuite d'intérêts communs. »
(Mater et Magistra, n. 51)
« Mais il faut toujours rappeler ce principe : la présence de l'État dans le domaine économique, si vaste et pénétrante qu'elle soit, n'a pas pour but de réduire de plus en plus la sphère de liberté de l'initiative personnelle des particuliers, tout au contraire elle a pour objet d'assurer à ce champ d'action la plus vaste ampleur possible, grâce à la protection effective, pour tous et pour chacun, des droits essentiels de la personne humaine. Et il faut retenir parmi ceux-ci le droit qui appartient à chaque personne humaine d'être et demeurer normalement première responsable de son entretien et de celui de sa famille. Cela comporte que, dans tout système économique, soit permis et facilité le libre exercice des activités productrices. »
(Mater et Magistra, n. 55)

« A ce sujet, Rerum Novarum montre la voie des justes réformes susceptibles de redonner au travail sa dignité d'activité libre de l'homme. Ces réformes supposent que la société et l'État prennent leurs responsabilités surtout pour défendre le travailleur contre le cauchemar du chômage. Cela s'est réalisé historiquement de deux manières convergentes : soit par des politiques économiques destinées à assurer une croissance équilibrée et une situation de plein emploi ; soit par les assurances contre le chômage et par des politiques de recyclage professionnel appropriées pour faciliter le passage des travailleurs de secteurs en crise vers d'autres secteurs en développement....L'État doit contribuer à la réalisation de ces objectifs directement et indirectement. Indirectement et suivant le principe de subsidiarité, en créant les conditions favorables au libre exercice de l'activité économique, qui conduit à une offre abondante de possibilités de travail et de sources de richesse. Directement et suivant le principe de solidarité, en imposant, pour la défense des plus faibles, certaines limites à l'autonomie des parties qui décident des conditions du travail, et en assurant dans chaque cas un minimum vital au travailleur sans emploi. »
(Centesimus Annus, n. 15)


LA PARTICIPATION
« La double aspiration vers l'égalité et la participation cherche à promouvoir un type de société démocratique. Divers modèles sont proposés, certains sont expérimentés ; aucun ne donne complète satisfaction et la recherche reste ouverte entre les tendances idéologiques et pragmatiques. Le chrétien a le devoir de participer à cette recherche et à l'organisation comme à la vie de la société politique. Être social, l'homme construit son destin dans une série de groupements particuliers qui appellent, comme leur achèvement et comme une condition nécessaire de leur développement, une société plus vaste, de caractère universel, la société politique. Toute activité particulière doit se replacer dans cette société élargie et prend, par là même, la dimension du bien commun. »
(Octogesima Adveniens, n. 24)

« Il est pleinement conforme à la nature de l'homme que l'on trouve des structures politico-juridiques qui offrent sans cesse davantage à tous les citoyens, sans aucune discrimination, la possibilité effective de prendre librement et activement part tant à l'établissement des fondements juridiques de la communauté politique qu'à la gestion des affaires publiques, à la détermination du champ d'action et des buts des différents organes, et à l'élection des gouvernants....Les gouvernants se garderont de faire obstacle aux associations familiales, sociales et culturelles, aux corps et institutions intermédiaires, ou d'empêcher leurs activités légitimes et efficaces ; qu'ils aiment plutôt les favoriser, dans l'ordre. Quant aux citoyens, individuellement ou en groupe, qu'ils évitent de conférer aux pouvoirs publics une trop grande puissance ; qu'ils ne s'adressent pas à eux d'une manière intempestive pour réclamer des secours et des avantages excessifs, au risque d'amoindrir la responsabilité des personnes, des familles et des groupes sociaux. »
(Gaudium et Spes, n. 75)