31 décembre 2006

Vendredi 9 février : premier hommage à Giulio Cesare VANINI

Programme du vendredi 9 février :
18h30 :
rassemblement place du Salin

20h30 :

Conférence
de Didier FOUCAULT
salle Duranti-Osète,
6, rue du Lieutenant-Colonel Pélissier (clic ici pour accès au plan)
Professeur agrégé, docteur en histoire et maître de conférences à l'Université de Toulouse-Le Mirail, Didier Foucault est l'auteur de "Un philosophe libertin dans l'Europe baroque - GIULIO CESARE VANINI (1585-1619)" (éd. Honoré Champion - 2003).

Dans les Annales manuscrites de l’Hôtel de Ville de Toulouse, à l'année 1619, on trouve l'information suivante :
« (...) le samedi neuvième du mois de février (…) fut donné arrêt au rapport de M. de Catel, conseiller au parlement, par lequel il [Vanini] fut condamné à être traîné sur une claie, droit à l’Eglise Saint-Etienne, où il serait dépouillé en chemise, tenant un flambeau ardent en main, la hart [ la corde avec laquelle on étranglait les criminels.] au col, et, tout à genoux devant la grande porte de la dite église, demanderait pardon à Dieu, au roi, à la justice, et de là (…) serait conduit à la place du Salin où, assis sur un poteau, la langue lui serait coupée, puis serait étranglé, son corps brûlé et réduit en cendres ; ce qui fut exécuté le même jour. »
Guillaume de Catel, le conseiller dont il est question dans ce texte, est considéré comme le premier historien de la ville de Toulouse pour son "Histoire des Comtes de Toulouse".
Mais ce que l'on sait moins, c'est que Catel est le principal persécuteur de Vanini. Quand on lit sa dédicace au Duc de Montmorency,dans son "Histoire des Comtes de Toulouse", on saisit vite avec quel triste sire nous avons affaire :
"Monseigneur,
M'étant laissé porter de donner au public l'Histoire des Comtes de Toulouse, dont la mémoire était comme perdue dans le cours de trois ou quatre siècles entiers, j'ai cru vous la devoir offrir, à cause de l'intérêt que vous avez en cet ouvrage. Vos célèbres Majeurs ayant assisté généreusement le Roi Louis en la Croisade qu'il fit pour purger cette Province de l'Hérésie des Albigeois, et même le sujet de ce Livre n'étant autre que de ce qui est advenu dans le Languedoc (...)".
A l'époque, le Duc de Montmorency, Duc pair et Amiral de France, Gouverneur et Lieutenant général du Roi au pays de Languedoc, est fort bien en cour. Ce n'est pas encore le conspirateur qui sera décapité à Toulouse neuf ans plus tard, en 1632, pour crime de lèse-majesté après avoir comploté contre Richelieu.

En 1619, Catel parvient donc à convaincre le Parlement de Toulouse de la culpabilité de Vanini et met tout en oeuvre pour obtenir sa mise à mort dans les souffrances que l'on sait. Le décret de condamnation précise que le conseiller perçut seize écus pour ce travail. Mais bien sûr, là n'est pas l'essentiel pour le conseiller Catel. A 59 ans (il mourra à 66 ans), la renommée frappe à son huis et quatre ans après l'affaire, il s'enhardit bien humblement, dans sa dédicace au prince, à revendiquer somme toute une certaine forme de parenté avec les illustres aïeux du Duc de Montmorency, grands pourfendeurs d'hérétiques devant l'Eternel. A défaut d'être une parenté par le sang qui coule dans nos veines, Monseigneur, n'est-ce pas une parenté par le sang que nous avons sur les mains, moi le conseiller Catel, et vous les Montmorency ?

Trois ans après avoir écrit cette dédicace et publié son "Histoire des Comtes de Toulouse", le conseiller Catel meurt, persona grata de la Cité.
Aujourd'hui encore le buste de Catel trône parmi les Illustres au Capitole de Toulouse. A quel titre ? Celui de premier historien de la ville de Toulouse ? Mais la place revient plutôt à Nicolas Bertrand qui un siècle plus tôt publia une histoire des Toulousains, "Les gestes des Toulousains et d'autres nations de l'environ".
Au titre de principal persécuteur de Giulio Cesare Vanini alors ? Il faut bien le croire, car sur le socle de son buste, haut perché dans le passage menant à la salle des Illustres proprement dite, est gravée une inscription en latin précisant que Guillaume Catel est célèbre pour son rapport et tous les jugements qui permirent de traîner dans les flammes de la damnation Vanini, l'impie athée - « Guilelmus Catel, .... vel hoc uno memorandus quod, eo relatore, omnesque judices suam in sententiam trahente Licilius Vanini, impius atheus, flammis damnatus fuerit ».
Le buste du conseiller Catel n'a pas sa place parmi les Illustres de la ville de Toulouse.
La fédération de la Haute-Garonne de la Libre Pensée demande que ce buste soit retiré.

Elle lance également une campagne pour que place du Salin, là où Giulio Cesare Vanini fut torturé et brûlé, soit érigé un monument en hommage à Vanini et à tous ceux, pionniers de la Raison et des Lumières, qui furent persécutés pour leurs idées philosophiques et scientifiques, victimes de l'obscurantisme religieux.





29 décembre 2006

Education nationale ou Instruction publique ?

UNE CONFERENCE DE MICHEL ELIARD
















Lepeletier ou Condorcet ?

Faut-il opposer instruction et éducation ?
Cela nous renvoie aux débats sur la réorganisation de l’école des premières années de la Révolution française.
Pas moins de 25 projets ont été présentés.
Les plus célèbres sont les deux nommés.
On les a souvent opposés au moyen de ces deux objectifs : « instruction et éducation » alors que ces deux révolutionnaires les ont réunis, quoique de manière différente.
Tous deux d’origine noble, l’un marquis (Condorcet), l’autre comte (Lepeletier), ils se sont rangés du côté du peuple et ont combattu pour que la République instruise tous les enfants et les éduque pour en faire des citoyens.
Tous les deux ont été présidents de l’Assemblée nationale, Lepeletier de la Constituante en 1790, Condorcet de la Législative en 1792.
Lepeletier était montagnard, Condorcet était proche de la Gironde ; Lepeletier mourra assassiné pour avoir voté la mort du roi, Condorcet mourra sur la guillotine dans le tumulte de la Terreur.
La différence essentielle réside dans le fait que pour Condorcet l’instruction est à la base de l’éducation et constitue son seul fondement, alors que pour Lepeletier c’est par l’éducation qu’il faut commencer.
Condorcet a d’abord écrit les "Cinq Mémoires sur l’instruction publique" qui vont servir de base au rapport qu’il présente en 1792 à la Législative, Rapport et projet de décret sur la réorganisation de l’enseignement public.
Voici un résumé des propositions de Condorcet, 5 points essentiels :
a- Une instruction égale, universelle et complète.
b- Une instruction égale pour les filles et les garçons.
c- Une instruction égale sur tout le territoire national : une école pour tout groupement de 400 habitants.
d- Une instruction permanente à tous les âges.
e- Une école républicaine et laïque
La grande préoccupation de Condorcet était d’armer l’individu par les savoirs fondamentaux pour lui permettre de se soustraire à la dépendance, de s’émanciper, de séparer rigoureusement savoirs et opinions et en particulier les croyances religieuses, de créer les conditions d’une République de citoyens.

L’Ecole de Condorcet est une institution publique gratuite et laïque (pas d’obligation) avec des instituteurs payés par l’Etat, des manuels, des programmes nationaux et répartie de manière égale sur tout le territoire national, égale pour les enfants des deux sexes. Elle reste cependant hiérarchisée et non égalitariste.

Lepeletier considère comme acquis les principes adoptés par le Comité d’instruction publique qui a travaillé en 1792-93 sur la base du rapport Condorcet, mais il considère qu’il y manque l’essentiel, à savoir l’éducation et qu’il faut commencer par là.
Pour ce faire et pour aboutir à une société égalitaire qui était sa grande préoccupation et à un pays régénéré, il a proposé que tous les enfants sans exception, riches ou pauvres, soient retirés à leur famille et internés dans des Maisons d’éducation de 5 à 12 ans.
La description de la vie dans ces établissements est assez spartiate :
- Mêmes vêtements, même nourriture, même régime ceci pour égaliser.
- Coucher à la dure, règles de discipline très austères, éducation physique prioritaire.
- Travail manuel pour tous sur les routes, dans les champs, à la production dans des ateliers.
- Education différente entre garçons et filles.
- Aide aux vieillards et handicapés ;
- Un conseil de 52 pères, chacun résidant là une semaine par an pour assurer la surveillance.
«Ainsi se formera une race renouvelée, forte, laborieuse, réglée, disciplinée et qu’une barrière impénétrable aura séparée du contact impur des préjugés de notre espèce vieillie »
C’est l’éducation d’Etat avec ses fêtes civiques les jours de repos qui enrôlent autour de la nation.
Cela ferait peut-être un peu de bien à notre école d’aujourd’hui. Liliane Lurçat a raison de mettre l’accent, dans la réédition de son livre "La destruction de l’enseignement élémentaire et ses penseurs", sur le fait que si on veut restaurer un véritable apprentissage du savoir à l’école primaire, il faut une discipline comme condition à la socialisation.
L’opposition entre les deux plans ne se situe pas au niveau où on la situe habituellement. Ils ne traitent pas de la même chose.
Marx a critiqué l’éducation du peuple par l’Etat dans la "Critique du programme de Gotha" de Lassalle :
« Une éducation par le peuple par l’Etat est chose absolument condamnable. Déterminer par une loi générale les ressources des écoles primaires, les aptitudes exigées du personnel enseignant, les disciplines enseignées, etc., et, comme cela se passe aux Etats-Unis, surveiller à l’aide d’inspecteurs d’Etat, l’exécution de ces prescriptions légales, c’est absolument autre chose que de faire de l’Etat l’éducateur du peuple ! Bien plus, il faut proscrire de l’école au même titre toute influence du gouvernement et de l’Eglise. Bien mieux, dans l’empire prusso-allemand… c’est au contraire l’Etat qui a besoin d’être éduqué d’une rude manière par le peuple ».
Aucun de ces plans ne fut appliqué réellement.
Quand le plan de Condorcet fut présenté à l’assemblée le 21 avril 1792, Louis XI est venu déclarer la guerre à l’Autriche.
Le plan Lepeletier a été présenté par Robespierre en 1793. Mais la révolution n’eut ni le temps ni les moyens de réorganiser complètement l’Ecole et d’édifier un système complet d’instruction publique.
Est-ce à dire que rien n’a été fait si l’on en croit certains historiens comme FURET et OZOUF qui affirment : "malgré ses professions de foi, la Révolution n’a rien fait pour transformer l’école élémentaire ?"
Ce n’est pas l’avis de Jaurès qui rétorquait le 3 mars 1904 au député Lerolle, au moment d’un débat sur la séparation, que la Révolution n’avait pas pu accomplir tout son programme scolaire parce qu’elle devait faire face à la conjuration des noblesses européennes, mais qu’elle avait déraciné les congrégations ;
La révolution avait fait des professions de foi, très républicaines et jeté les bases de ce que les républiques ultérieures reprendront et édifieront. En particulier :
Le 30 mai 1793, la Convention décrète que chaque localité ayant entre 400 et 1500 habitants devra posséder au moins une école (Condorcet).
Le droit à l’instruction devient constitutionnel dans l’article 22 de la nouvelle Déclaration des droits et placé en tête de la constitution du 24 juin 1793.
La loi du 19 décembre 1793 établit l’obligation et la gratuité, salarie les instituteurs (fin de l’écolage) et fixe les programmes : lecture, l’écriture, l’arithmétique, la morale .
La constitution de 1795 confirme et pourvoit au logement des instituteurs.

Les démolisseurs :

La question qui se pose est celle-ci :
sommes-nous en face d’un processus de réformes s’efforçant d’adapter l’école au monde moderne, mais pour lesquelles il manquerait des moyens ? Ou bien sommes-nous en face d’une démolition délibérée et pourquoi ?
Nous sommes face à d’énormes mystifications.
Un exemple :
Les taux de réussite au baccalauréat.
Quel paradoxe ! Les conditions d’enseignement se dégradent et il y aurait de plus en plus de lycéens capables d’entrer à l’université ?
Mais on parle moins de l’autre face de la médaille : il y a de plus en plus de bacheliers qui entrent à l’université avec un minimum de connaissances et de plus en plus d’élèves qui entrent dans l’enseignement secondaire sans savoir lire et écrire correctement.

J’ai publié en 1984 "L’école en miettes ?". Cet ouvrage n’a eu aucun succès dans le milieu universitaire. En revanche des militants y ont trouvé des arguments pour résister. On m’a reproché une vision catastrophiste, parce que l’analyse mettait en évidence des tendances encore non réalisées mais assez clairement tracées et inquiétantes pour l’avenir de l’enseignement public. Je ne pensais pas, à ce moment-là, que ce processus destructeur se développerait aussi vite.
J’écrivais en particulier en résumant le programme des « réformateurs » :
« L’Ecole publique devrait cesser d’être la même pour tous, délivrant des diplômes nationaux, pour éclater en autant d’établissements autonomes avec leurs projets pédagogiques propres, cherchant progressivement leurs sources de financement local, s’ouvrant aux réalités de leur région, de leur quartier, au nom d’un prétendu respect des différences qui masque un objectif inavoué de renforcement de la ségrégation sociale.
Si de tels objectifs se réalisaient le résultat serait, à coup sûr, une Ecole en miettes. »
Il y avait peu de livres qui allaient dans le même sens.
Aujourd’hui il y en a des centaines.

A. La démolition est programmée depuis longtemps. En voici les preuves :
1- La société éducative a été programmée aux USA et reprise par les ministres de l’Education Nationale européens dès après 1968 .
La Commission de Bruxelles n’a pas inventé la fameuse « société éducative » et «l’enseignement tout au long de la vie». Il y a une trentaine d’années j’avais trouvé une communication faite à un Colloque à Naples qui s’appelait "L’idée d’une société éducative" (1972). On y lisait :
« L’enseignement scolaire aux Etats-Unis est très inefficient et les énormes ressources dont il dispose (et qui augmentent an par an) ont besoin d ‘être orientées, à présent, en d ‘autres directions...
Il est évident que la culture ne peut pas continuer à être confinée à l’intérieur des salles de classe et que l’étudiant continue à s’instruire après avoir quitté l’école. On acquiert des connaissances dans un grand nombre de milieux- à la maison, dans les groupes de même condition sociale, dans 1’église, à l’atelier, dans la communauté…
Dans la société éducative de l’avenir (bien distincte de la société du présent, instruite dans les salles de classe), l’école ne figurera probablement que comme l’une des nombreuses institutions responsables de l’éducation et du bien-être des jeunes et des vieux également ».
Ce texte est inspiré d’un rapport de La Rand corporation(Rand= Recherch and development), fondée par l’US Air Force en 1945 et dépendant de Douglas Aircraft Company pour la recherche spatiale. Elle est devenue indépendante en 1948 et s’est occupée de toute une série de domaines dont la jeunesse, l’éducation, la santé. Son budget annuel actuel : 160 millions de dollars ! Il est intéressant de savoir que parmi ses administrateurs il y a eu Franck Carlucci, président du groupe Carlyle, Condoleeza Rice et Donald Rumsfeld.
Voilà pour l’inspiration étatsunienne de la politique européenne en matière scolaire.
J’ai constaté en Californie que ce programme était en marche avec le Home schooling. Un nombre croissant d’enfants ne se rendent plus à l’école. Ils apprennent à la maison, par ordinateur ou avec des parents du quartier qui échangent leurs connaissances. On assiste à une espèce de retour au troc et à une forme d’enfermement des enfants dans le quartier ou dans le communautarisme.

2- Les organisations internationales - OCDE, Banque mondiale, Omc, UE - ont systématisé sa mise en place contre l’instruction publique
Vous connaissez sûrement cette extraordinaire proposition des technocrates de l’Union européenne :
« Pour rapprocher l’offre de formation du niveau local, il faudra aussi réorganiser et redéployer les ressources existantes afin de créer des centres appropriés d’acquisition des connaissances dans les lieux de la vie quotidienne où se réunissent les citoyens -non seulement les établissements scolaires, mais aussi les cercles municipaux, les centres commerciaux, les bibliothèques et musées, les lieux de culte, les parcs et les places publiques, les gares ferroviaires ou routières, les centres médicaux et complexes de loisirs ainsi que les cantines des lieux de travail ».
Nul doute qu’en faisant la queue le samedi soir au cinéma, qu’en attendant son tour chez le médecin ou son train, qu’entre deux prières, “l’apprenant” fera son plein de connaissances !
Cette idée intéressante pour contribuer à l’équilibre budgétaire est l’application du traité de Maastricht. Ce sont deux professeurs d’université qui le disent dans un livre intitulé "La république n’éduquera plus : la fin du mythe Ferry". D’après eux la forme scolaire actuelle est obsolète et il faut rapprocher l’école de l’entreprise, abandonner la séparation de l’enseignement public et de l’enseignement privé. Et ils osent affirmer que la décision de décréter l’obligation scolaire en 1882 était une erreur. Autrement dit, il aurait fallu laisser les parents libres d’envoyer ou non leurs enfants à l’école comme l’avait fait, selon eux, Condorcet. Il y a là une véritable imposture, car si Condorcet, l’auteur du "Rapport sur l’instruction publique" en pleine révolution de 1789, n’a pas proposé l’obligation scolaire c’est qu’il pensait qu’il suffisait de construire des écoles partout pour que tous les enfants soient scolarisés. Il ne pouvait prévoir que les nouveaux rapports sociaux issus de la révolution bourgeoise en décideraient autrement.


Les parlementaires

On lit dans le journal Le Monde du 20 avril 2005 :
« Le rapport d’une mission parlementaire considère que l’approche par disciplines est sclérosante ». Le journal indique que ce rapport a été adopté avec l’accord des députés UMP, UDF et PS. Il préconise de ne plus raisonner en terme de transmission des connaissances. L’essentiel c’est « l’apprentissage des technologies de l’information et de la communication non pas dans une optique de connaissance des techniques usuelles à des fins utilitaristes professionnelles, mais comme un moyen de développer l’aptitude à rechercher, valider, trier l’information ».
En gros, utiliser Internet !

On ne nous parle aujourd’hui que de modernisation de l’Ecole, d’adaptation au monde moderne. Ce mensonge ne résiste pas à un examen sérieux qui nous amène à dire que ce qui a été patiemment construit est livré aux démolisseurs .En voici quelques indices[1] :
Lorsque le ministère de l’EN a procédé, en 2002, à une évaluation des élèves de 5ème (2ème année de collège) on a eu ceci : en calcul on a posé une question simple :
"Pierre a choisi un nombre, il le divise par 5, il trouve 8 et il lui reste 3".
4 élèves sur 10 n’ont pas su trouver que 43 est égal à 5 fois 8 plus 3.
6 sur 10 n’ont pas su diviser 3978 par 13.
Les connaissances en français et en orthographe de la moyenne des élèves sont d’un niveau médiocre, à tous les niveaux et si on regarde le niveau à l’entrée à l’université on constate que 1 bachelier sur 3 (grosso modo) ne sait pas écrire correctement en français.
Comment expliquer cela alors que nous savons que la grande majorité des instituteurs et des professeurs font bien leur travail ?

Il y a donc depuis des dizaines d’années, à l’échelle internationale, une politique organisée de déscolarisation. Les recommandations de ces institutions sont traduites par les gouvernements nationaux en réformes régressives qui parviennent à s’imposer grâce à la collaboration des syndicats majoritaires des enseignants et qui, par leur multiplication, organisent le désordre pédagogique. Et il faut y ajouter le rôle des théoriciens de la pédagogie.
En particulier l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, ont organisé l’illettrisme (Foucambert).
La lecturisation : une illustration concernant la fameuse méthode globale : l’enfant n’apprend pas à lire en construisant les mots et les phrases à partir des lettres. Il devine à partir des signes, des images. Un instituteur va jusqu’à dire : si vous montrez une chaussure à un élève et qu’il vous dit « godasse », c’est qu’il a compris ! (cf. Liliane Lurçat, La destruction de l’enseignement élémentaire et ses penseurs. Contre Foucambert, Charmeux, etc) .
Il existe dans les universités françaises et sans doute ici aussi, un secteur qui s’est beaucoup développé, c’est celui des Sciences de l’éducation. On y fait des recherches sur l’école qui ont un intérêt scientifique sans doute, mais l’idéologie qui domine dans ces disciplines, c’est en résumé : 1- On peut étaler les apprentissages fondamentaux tout au long de l’enseignement élémentaire.
2- Ce n’est plus la transmission des savoirs qui est l’essentiel : il faut mettre l’élève dans une situation d’auto-apprentissage.
3- Les enseignants doivent lutter contre l’ennui des élèves, communiquer avec eux, plutôt que de s’acharner à leur inculquer les mathématiques par exemple.
4- L’école devient alors un « lieu de vie » au lieu d’être un lieu d’apprentissage. L’enseignement doit s’y dérouler dans un climat de plaisir, de jeu. Il faut faire appel à la spontanéité de l’élève et non l’obliger à apprendre. Il faut donc supprimer la discipline.
Or, que l’enfant éprouve du plaisir à apprendre quelque chose est indéniable, mais l’idée qu’il y aurait un mouvement spontané de la plupart des élèves à se mettre en situation d’apprentissage sans discipline est une idée fausse, démagogique et funeste.
5- La formation des enseignants doit s’adapter à ce nouveau fonctionnement de l’école. Ainsi un professeur de mathématiques de l’université de Lille, formateur à l’IUFM de Lille raconte qu’on explique aux stagiaires qu’ils ont moins besoin d’apprendre des mathématiques que d’apprendre à les enseigner.
Et le recteur de l’Académie explique cyniquement : « Il ne s’agit plus de transmettre des connaissances, il s’agit de faire réussir les élèves ». C’est absurde mais c’est une réalité : il faut faire réussir les élèves coûte que coûte, c’est-à-dire même s’ils ne savent rien.
En 1991, le mathématicien Laurent Schwartz avait écrit dans Le Monde de l’éducation :« Si le développement des IUFM se poursuit comme il a commencé, il mènera l’enseignement secondaire à un désastre sans précédent dans son histoire ».
C’est fait ! La nouvelle formation des enseignants est venue aggraver ce que les contre-réformes ont produit depuis un demi-siècle.
Alors comment arrive-t-on à 80% de réussite au baccalauréat ?
- D’abord on additionne tous les bacs : généraux, technologiques et professionnels.
- On introduit dans la notation une part de contrôle continu et on manipule les coefficients. Par exemple, dans les bacs technologiques, on attribue un coefficient 6 aux dossiers collectifs, plus élevé que pour les matières générales.
Comme on a commencé plus bas, au brevet des collèges, il faut continuer cette politique de baisse de niveau : 200 points pour le contrôle continu, 120 pour l’examen. Pour l’orthographe, on ne compte pas les fautes, on donne des points à ce qui est correct.
On organise l’ignorance et ça permet de dire qu’on ne peut pas enseigner à des millions d’élèves, qu'il faut faire autre chose. Mais est-ce que les enfants d’aujourd’hui seraient plus bêtes que ceux d’hier ? Bien sûr que non !
Est-ce qu’il serait impossible d’instruire correctement tous les élèves d’un pays développé ? Si c’est cela, alors il faut expliquer comment la République a fait à la fin du 19ème siècle.
Condorcet écrivait dans "L’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain" :
« Nous ferons voir que, par un choix heureux, et des connaissances elles-mêmes et des méthodes de les enseigner, on peut instruire la masse entière d’un peuple, de tout ce que chaque homme a besoin de savoir pour ne point dépendre aveuglément de ceux à qui il est obligé de confier le soin de ses affaires ou l’exercice de ses droits ».

B- Alors pourquoi cet immense gâchis ?
Tous ces projets destructeurs de la civilisation se sont accélérés avec la construction de l’Union européenne dont l’une des préoccupations essentielles est de faire baisser le coût du travail en s’attaquant aux diplômes. Le memorandum sur l’éducation de la Commission européenne écrit :
"l’éducation formelle (...) débouche sur l’obtention de diplômes et de qualifications reconnus", "l’éducation non formelle (...) n’aboutit pas à l’obtention de certificats officiels et bien sûr, encore moins la formation informelle..."

L’explication se situe au niveau de l’économie, du fonctionnement du capital aujourd’hui avec ses conséquences au niveau de l’emploi.
Il s’agit donc de marginaliser les formations débouchant sur des qualifications reconnues dans les conventions collectives au profit de vagues compétences décelées à l’occasion du travail selon le bon vouloir de l’employeur.
Le mémorandum donne quelques exemples de compétences :
"les compétences sociales : confiance en soi, indépendance et aptitude à prendre des risques jouent un rôle croissant (..) Les compétences relatives à l’esprit d’entreprise se traduisent à la fois par la capacité de l’individu à se dépasser au plan professionnel et par son aptitude à diversifier les activités d’une entreprise." Malheur aux salariés qui n’auront pas l’esprit d’entreprise !
Pierre Naville, un des principaux fondateurs de la sociologie de l’éducation et du travail disait : «sans l’éducation et le travail, une société périrait en une génération ».
Nous n’en sommes peut-être pas tout à fait là, mais partout dans le monde le droit à l’instruction et au travail sont brutalement remis en question, ce qui menace directement tous les acquis de la civilisation.
L’explication de tout cela se résume dans l’objectif d’abaisser le coût du travail, la valeur de la force de travail, pour être plus précis en abaissant les niveaux de formation, en liquidant les diplômes, en détruisant les programmes. Peut-on empêcher cela ?
Oui, en sachant résister
Oui, en eegardant ce que l’histoire nous enseigne : Révolution française, 1848, la Commune de Paris, le combat pour la 3ème république.
C'est indéniable : sauver ce qui reste de l’instruction publique et la reconstruire exige un nouveau soulèvement populaire !
[1] Source : Fanny CAPEL, Qui a eu cette idée folle un jour de casser l’école ? Ramsay, 2004, p.41.

24 décembre 2006

24 décembre...


Certains animaux ne virent pas d'étoile, mais, à des signes certains ils connurent que les temps étaient proches...

Pax americana

23 décembre 2006 :

3 307 militaires américains tués
dont 2 953 en Irak.

Une organisation non gouvernementale irakienne, Iraqiyun, chiffrait à plus de 120 000 le nombre de morts civiles en Irak depuis le jour de l'invasion jusqu'en juillet 2005.

La revue médicale britannique The Lancet a indiqué, dans son numéro du 11 octobre dernier, qu'une enquête universitaire indépendante avait calculé, selon une méthode statistique d'échantillonnage, qu'environ 650 000 Irakiens étaient morts en conséquence de la guerre depuis mars 2003. Ses auteurs précisent que l'estimation citée se situe à mi-chemin entre une fourchette qui va de 390 000 à 940 000.

Le commandant des forces multinationales en Irak, le général George Casey, a réagi à l'article du Lancet lors d'une conférence de presse tenue au Pentagone le 11 octobre : « Ce chiffre de 650 000 semble être bien au-delà de ceux que j'ai vus. Je n'ai jamais vu de chiffre supérieur à 50 000. Aussi, je ne lui accorde guère de crédibilité. »
En décembre 2005, le président Bush, répondant à une question que lui posait un journaliste, avait déclaré : « Combien de civils irakiens sont morts dans cette guerre ? Je dirais que 30 000 personnes, plus ou moins, sont mortes par suite de l'incursion initiale et de la violence continue contre les Irakiens. »
Concernant les militaires américains en Irak, le cap des 1 000 morts a été franchi le 8 septembre 2004, celui des 2 000 morts le 25 octobre 2005. Le cap des 3 000 morts sera certainement franchi dans les semaines qui viennent, puisqu'au 23 décembre on comptait 2 953 décès.
Un dessin de Oliphant
Mars : "Qui attendais-tu ?"
Le petit personnage (coin inférieur gauche) :
"un gros type, la barbe, costume rouge".

18 décembre 2006

Un article de Didier FOUCAULT : la première biographie de VANINI

les hommes du Saint-Office, J-P. Laurens - 1889
Vendredi 9 Février
à 18h30, la Fédération de la Haute-Garonne de la Libre Pensée organisera pour la première fois un

rassemblement

place du Salin à Toulouse pour honorer la mémoire de

Giulio Cesare VANINI

exécuté à cet endroit-même pour «athéisme et blasphèmes» le 9 février 1619.

Ce rassemblement sera suivi d'une

conférence de Didier FOUCAULT à 20h30

salle Duranti-Osète, 6, rue du Lieutenant-Colonel Pélissier (clic sur l'adresse pour accès au plan)

Professeur agrégé, docteur en histoire et maître de conférences à l'Université de Toulouse-Le Mirail, Didier Foucault est l'auteur de "Un philosophe libertin dans l'Europe baroque - GIULIO CESARE VANINI (1585-1619)" (éd. Honoré Champion - 2003).


Nous reproduisons ici, avec l’aimable autorisation de l'auteur et d’Alain MOTHU, responsable de la Rédaction de "La Lettre Clandestine", un article de Didier FOUCAULT consacré à la première biographie connue de Vanini, parue l'année de son exécution.

Cet article a été publié dans "La Lettre Clandestine", n° 4 - 1995, réédition Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1999, p. 493-507.

ROSSET (François de), « De l’execrable docteur Vanini, autrement nommé Luciolo : de ses horribles impietez, et blasphemes abominables, et de sa fin enragee », Les histoires mémorables et tragiques de ce temps où sont contenues les morts funestes et lamentables de plusieurs personnes, arrivées par leurs ambitions, amours desreiglées, sortilèges, vols, rapines, et par autres accidens divers, Paris, Pierre Chevalier, 1619, pp.185-213.

Histoire veritable de l’execrable docteur Vanini, autrement nommé Luciolo Bruslé tout vif ce quaresme dernier par Arrest de la Cour de Parlement, pour ses horribles impietez et blasfemes contre Dieu, et nostre Seign. Iesus-Christ, Paris, André Soubron, 1619, 13 p.

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Si l’on excepte le canard intitulé : Histoire veritable de tout ce qui s’est faict et passé depuis le premier janvier 1619 jusques à present, tant en Guyenne, Languedoc, Angoulmois, Rochelle, que Limosin et aultres lieux circomvoisins, fidellement rapportee par tesmoins qui ont veu et esté sur les lieux, Paris, N. Alexandre, [mai ?] 1619 (autre édition : Poitiers, J. Thoreau, 1619), qui contient un récit du supplice de Vanini, la cinquième Histoire tragique de Rosset est la première biographie imprimée du philosophe italien. Il s’agit donc d’une source historique qui mérite attention.
C’est également un texte rare, car vite supprimé et longtemps considéré comme perdu.

L’auteur et l’édition parisienne de 1619 des Histoires tragiques

De la vie de François de Rosset (1570-1619), on sait peu de choses. Ce polygraphe, qui publia une trentaine d’ouvrages, parmi lesquels des recueils de poésies et des traductions (Arétin, Cervantès, Boiardo...), fut, grâce à sa production romanesque, un auteur à succès. Ses Histoires tragiques, eurent une longue fortune éditoriale, à défaut de recueillir l’estime des écrivains du premier XVIIe siècle (Sorel, Balzac, Maynard — Camus faisant exception) et des spécialistes ultérieurs de la littérature. Cependant, depuis une quinzaine d’années, ce genre mineur et baroque, très prisé en son temps, a retrouvé la faveur de la critique. Maurice Lever, Sergio Poli ou Anne de Vaucher Gravili ont ainsi contribué à réhabiliter Rosset qui en fut un maître.

Parmi les nombreuses éditions des Histoires tragiques (une trentaine), une seule contient la chronique consacrée à Vanini : celle imprimée à Paris en 1619 (le privilège royal est daté du 21 août 1619, soit six mois après son exécution)(1). Connu de quelques curieux — Guy Patin par exemple — ce texte disparut de la circulation et fut ignoré de bien des spécialistes jusqu’à Adolphe Baudoin, au début du siècle :


« J’ai cherché six ans cette édition qui fut supprimée presque aussitôt qu’elle eut paru. M. Charles Barry [...] l’a trouvée en Angleterre. Son exemplaire [...] provient de la bibliothèque de Jean, duc de Rutland [...]. J’apprends qu’un autre exemplaire [...] se trouve à la bibliothèque de Chartres(2)».
Le volume découvert par Ch. Barry a été acquis, plus tard, par la Bibliothèque Nationale (Rés. G.2962 et microfiche m. 5362). Quant à celui conservé à Chartres, il aurait été détruit lors de l’incendie provoqué par un bombardement en 1944. Les autres exemplaires connus sont à la Bibliothèque municipale de Châlons-sur-Marne (gt 11044) et dans les universités américaines de Yale et du Michigan.

Peu de chercheurs intéressés par Vanini ou son entourage ont, semble-t-il, utilisé directement l’histoire de Rosset. Frédéric Lachèvre, dans son étude sur le comte de Cramail, cite longuement les extraits se rapportant au protecteur toulousain du philosophe(3). En revanche, la version reproduite par Émile Namer(4) n’est qu’une copie partielle du canard : l’Histoire véritable de l’exécrable docteur Vanini..., conservé à la bibliothèque de l’Arsenal (8° H 27 887). Cette brochure est un plagiat du texte du romancier : beaucoup plus courte, elle ne contient pas les passages où des personnes marquantes de l’entourage de Vanini sont signalées ; elle introduit des noms fantaisistes (le prétendu village natal de Pietrosanto), parfois à la place de noms véritables (le conseiller de Bertrand devient “de Terlon”)...

Les pressions des hauts personnages cités ou, simplement, la crainte des éditeurs de les compromettre en révélant leurs liens avec un athée, alors que les dévots et le pouvoir monarchique engageaient une vigoureuse offensive anti-libertine, sont-elles à l’origine des coupures opérées dans le canard, puis de la disparition de cette histoire particulièrement choquante ? L’hypothèse a été avancée, elle est très recevable, mais rien de tangible ne l’atteste à ce jour.

Intérêt et fiabilité de cette source biographique

Rosset a-t-il connu Vanini ? À la lecture attentive du texte, rien ne permet de l’affirmer. Les deux écrivains ont, cependant, à l’époque de Concini, fréquenté les mêmes milieux parisiens, notamment un des proches du favori de la régente, le maréchal de Bassompierre, à qui ils ont, l’un et l’autre, dédicacé des oeuvres (le De admirandis Naturæ Reginæ Deæque Mortalium Arcanis, pour Vanini).

Quoi qu’il en soit, Rosset a disposé rapidement d’informations assez sûres, puisqu’il est le premier a révéler publiquement que le mystérieux “Luciolo” — en fait Pompeo Usciglio —, jugé pour blasphèmes et athéisme à Toulouse, n’était autre que Vanini. La trace de l’auteur du De Admirandis s’était, en effet, perdue après la condamnation du livre par la Sorbonne, le 1er octobre 1616, et le philosophe, sous un faux nom, se prétendait médecin dans la capitale du Languedoc.

Pour évoquer la jeunesse et de la formation de Vanini, Rosset a, de toute évidence, brodé à partir de quelques données très vagues tirées du De Admirandis. Vanini s’y qualifie de Napolitain, l’auteur évoque la Campanie, alors que le philosophe est né dans une autre région du Royaume de Naples, les Pouilles. D’un passage sur sa famille maternelle, d’origine ibérique — les Lopez de Noguera — découle probablement la relation d’un séjour en Espagne, sur lequel on ne dispose d’aucune autre information, et qui — surtout — ne cadre pas du tout avec ce que l’on sait de sa vie étudiante. En revanche, rien n’est dit sur son appartenance au clergé (il était Carme), ni sur ses apostasies (passage du catholicisme à l’anglicanisme, puis à nouveau au catholicisme), ni sur les péripéties de son séjour en Angleterre (hôte de marque de l’archevêque de Canterbury, avant d’être emprisonné, de s’évader et de se réfugier à Paris auprès du nonce Ubaldini), etc.

L’intérêt de ce document réside surtout dans le fait qu’il apporte des informations sur les milieux qui accueillirent Vanini. Il a déjà été question de Bassompierre, Rosset précise que c’est probablement par l’intermédiaire de la famille de Saint-Luc qu’il est entré en relation avec le maréchal. À Toulouse, ce texte confirme que le prétendu médecin s’est, sans difficulté, introduit dans plusieurs grandes maisons de la ville, mais il serait hasardeux de citer, à l’exemple d’A. Baudoin, des noms de parlementaires. Toutefois, les allégations — invérifiables dans le détail — liant Vanini à Adrien de Montluc, comte de Cramail, rejoignent d’autres témoignages (Richelieu, Tallemant des Réaux) ; il faut pourtant tenir en suspicion les passages dédouanant le comte, dont la réputation de libertin est bien avérée, et que Rosset ne pouvait mettre en cause. Les conditions de l’arrestation ainsi que l’instruction du procès sont — si l’on se fie aux documents des archives toulousaines — entâchées d’inexactitudes et semblent être rapportées à partir de témoignages indirects. Par contre, le déroulement de l’exécution et surtout l’attitude provocatrice du condamné, qui clame publiquement son athéisme, recoupent des sources d’origines variées. Enfin, l’anecdote du prêtre grec est, fort probablement, un effet littéraire de Rosset visant à introduire sa conclusion — édifiante, selon la loi du genre.

Les idées et propos prêtés au philosophe — la magie et la sorcellerie exceptées — concordent avec ce que l’on peut lire dans le De Admirandis. Constatons, cependant, qu’il s’agit de lieux communs — les “trois imposteurs”, par exemple — très en vogue alors parmi les cercles libertins que Rosset avait certainement fréquentés. Leur énoncé, même suivi d’une pieuse et vertueuse dénégation, n’est d’ailleurs pas dépourvu d’ambiguïté — cela devait pas forcément déplaire à tous les lecteurs des Histoires tragiques !

Bibliographie sommaire
Sur Rosset, deux publications récentes permettent de connaître l’auteur, le sens de son oeuvre et contiennent des indications bibliographiques étendues :
ROSSET (F. de), Histoires tragiques, Paris, Le Livre de Poche, 1994 (éd. d’A. de Vaucher Gravili, orthographe modernisée et notes sur Vanini basées sur la biographie ancienne et dépassée d’A. Baudoin).
RIEGER (D.), « Histoire de loi - Histoire tragique. Authenticité et structure de genre chez F. de Rosset », XVIIe siècle, 1994, p. 461- 477.
Sur Vanini :
NAMER (É.), La vie et l’oeuvre de J.C. Vanini, Paris, Vrin, 1980.
FOUCAULT (D.), « Giulio Cesare Vanini (1585-1619), un libertin martyr à l’âge baroque. Mise au point bio-bibliographique », Bulletin de la société d’Histoire moderne et contemporaine, à paraître.
VANINI (G.C.), OEuvres philosophiques, traduites par X. Rousselot, Paris, Ch. Gosselin, 1842.
VANINI (G.C.), Opere, a cura di G. Papuli e F.P. Raimondi, Galatina (Lecce, It.), Congedo Ed., 1990.


Didier FOUCAULT
La cinquième Histoire Tragique de Rosset
Établissement du texte
Le texte reproduit celui des Histoires tragiques de Rosset. L’orthographe et la ponctuation ont été respectées. Les passages entre [ ] signalent les parties du texte absentes du canard. Les notes renvoient aux variantes méritant d’être signalées (pour ne pas alourdir, il n’a pas été tenu compte des variantes orthographiques, des changements de prépositions ou de temps, etc.). La pagination est indiquée de la manière suivante : de <185> à <213> pour le recueil de Rosset, de <3> à <13> pour le canard.
Didier FOUCAULT

<185> <3>(1) [O siecle le plus infame de tous les siecles, et la sentine où toutes les immondices du temps passé se sont ramassees.] Est-il possible que [nous voyons](2) naistre tous les iours(3), et mesme parmy ceux qui ont esté regenerez par le Baptesme, des Impies, dont la bouche puante et execrable fait dresser d’horreur les cheveux à tous ceux qui ont quelque sentiment de la Divinité ? Si nous vivions parmy l’Idolatrie, treuverions nous ces exemples prodigieux [? <186> Nous qui vivons](4) parmy le culte du vray Dieu, et la cognoissance de la verité ? Ie ne le croy pas, puis que les Payens mesmes ont [tellement] abhorré l’impieté, [que les plus idolatres d’entr’eux crient](5) tout haut, que grandes et rigoureuses peines sont establies aux Enfers pour la punition des impies. A peine venoit on de faire le iuste chastiment de certains execrables, dont l’un se disoit le Pere, et l’autre le Fils, et l’autre le sainct Esprit. [Un equitable Senat](6) venoit de purger par le feu, et exterminer ces ames infernales, lors qu’à la [ville de Tholose](7) l’on vit paroistre une autre ame endiablee, et telle que le recit de ceste Histoire fera peur à ceux qui <4> prendront la peine de la lire. En fin ce ne sont pas des contes forgez à plaisir, comme ceux que l’on invente ordinairement pour amuser les hommes. L’Arrest de ce iuste Parlement prononcé [depuis peu de iours contre un Athee](8), et tant de milliers de personnes qui ont assisté au supplice de cét abominable, tesmoigneront la verité de l’Histoire, que i’ecriray naïfvement de la sorte
[Aux champs riches et delicieux de <187> la Campanie, et dans un grand bourg proche de ceste belle et gentille ville, à qui jadis Parthenope donna son nom, et que l’on appelle auiourd’hui Naples, l’on voit une famille, nommee les Vaninis](9). De ceste race sont sortis des hommes gens de bien, et bons catholiques, et notamment de sçavants personnages. Mais comme parmy les fleurs il y a souvent des espines, et parmy le bon bled des chardons, et de l’ivroye [ : l’on a veu de ceste race un si meschant et si execrable Vanini,qu’il rendra desormais ce nom remply d’horreur et d’infamie. C’est celuy de qui nous descrivons l’Histoire, et qui](10) au grand des honneur de sa patrie, et au grand scandale de la France, [mourant sur un infame Theatre, taschoit de donner vie à l’impieté mesme].(11) Ce Vanini fut envoyé en son ieune aage par ses parents aux meilleures Académies de l’Italie. Il y profita si bien, que tous ceux qui le cognoissoient, faisans un bon iugement de son bel esprit, croyoient qu’un iour il seroit l’honneur de son pays. Mais que les hommes sont subiect à s’abuser en leurs iugements !
<188>[Il n’est rien plus divers que le coeur des humainsEt nul autre que Dieu ne peut sonder les reins.]
Comme ce Vanini eust long temps estudié à Bologne, et à Padoüe, il luy prit envie d’aller en Espagne, et de voir Salamanque. Apres avoir fait sa Philosophie <5> et sa Theologie en ceste celebre Université, il s’y arresta quelques temps. Sa curiosité, outre l’Astrologie(12), luy fit mettre encores le nez dans la noire Magie, de sorte que c’estoit un marchand meslé en toutes sciences. [Folle curiosité, le premier degré de l’orgueil qui cause tant de mal au monde. Nous devrions tousiours nous ressouvenir de ce que nous conseille une grande lumiere de l’Eglise, qu’il faut que l’humaine temerité se contienne, et qu’elle ne recherche iamais ce qui n’est pas, autrement elle rencontrera ce qui est en effect. Si le Docteur Vanini eust esté sage, il ne se fust iamais amusé à des choses vaines et execrables, et par mesme moyen il n’eust point esté delaissé de la grace de celuy, qui nous confere tousiours plus que nous ne luy sçaurions demander.] Enfin enflé de son sens charnel, et de sa science, il voulut scavoir que <189> c’estoit que de l’Atheisme, que l’on lit couvertement en ceste mesme ville : et dans peu de temps il eust une telle creance, que bannissant de son ame tout ce qui la pouvoit rendre glorieuse, il creust qu’il n’y avoit point de Dieu : que les ames meurent avec les corps : et que nostre Seigneur Iesus-Christ, eternel fils de Dieu, et lequel nous a rachetez de la mort eternelle, estoit un imposteur.
Non content d’avoir ceste maudite et damnable creance, qui le conduisoit au profond des Enfers, il la voulut communiquer à d’autres, afin d’avoir des compagnons en sa perte. [C’est pourquoy il ne cessoit parmy ceux qui le hantoient familierement, de mesdire des escrits de Moyse, de nommer fables et iustement comparables à la Metamorphose d’Ovide, tant de mysteres sacrez, et tant de miracles qui sont contenus au Genese et en l’Exode. Et comme l’impieté n’a que trop de sectateurs, parce que d’abord elle est plaisante et agreable, et qu’elle introduict la liberté parmy les hommes, cét abominable ne manquoit pas de disciples. Mais pour perdre mieux ceux qui ne bouchoient point les oreilles à ceste Sirene tromperesse, il](13) <190> fit revivre sourdement ce meschant, et abominable livre, de qui l’on ne peut parler qu’avec horreur, et que l’on intitule, Les trois Imposteurs. Ie ne peux point inserer icy les raisons diaboliques [contenuës dans ce pernicieux et detestable livre, que l’on imprime à la veuë, et au grand scandale des Chrestiens](14). Les oreilles [chastes et fidelles](15) ne les sçauroient souffrir. Contentez vous que ce meschant homme quittant le nom de Vanini, se faisoit appeller Luciolo. Ie ne vous sçaurois bien dire si son nom estoit Lucius. Neantmoins i’estime qu’il avoit emprunté ce nom infame pour l’amour qu’il portoit à Lucian, qui iadis fut le plus grand Athee de son siecle.
Tandis que cét execrable abreuve de son <6> poison venimeux les esprits qui sont destinez à la perdition, la crainte d’estre saisi des Inquisiteurs de la foy, luy fait quitter Salamanque, et se retirer à Ossune, ville renommee de l’Andalusie. L’on ne sçauroit dire combien d’ames disposes à recevoir la nouveauté y furent perduës par ce meschant et execrable Athee. [Il s’insinuoit dans la maison des grands, ou ordinairement l’on voit toute sorte de licence, <191> les abbreuvoit de vive voix de son opinion, et leur donnoit mesme des escrits, qui avec leur autheur meritoient cent et cent fois le feu.] Il fit encore un voyage à la Court d’Espagne, mais il ne s’y arresta gueres ; parce qu’ayant esté descouvert, il y eust bien tost receu le iuste salaire de ses impietez, s’il ne s’en fust enfuy. Voyant doncques qu’il couroit fortune de la vie, il resolut de voir la France, et particulierement la ville de Paris, où l’on ne trouve que trop de complices en toutes sortes de meschancetez.
[Il s’embarqua donc à Bayonne, et ayant pris port à Roüen, il se rendit puis apres dans peu de temps à Paris. Comme il ne manquoit pas d’artifice, ny de sçavoir pour s’insinuer dans la maison des grands de la Court : un certain Escossois homme sçavant, et qui avoit servy de Precepteur à Monsieur l’Abbé de Rhedon, à present Evesque de Marseille, et frere de Monsieur de sainct Luc, luy donna entree chez ce digne Prelat. Monsieur l’Evesque de Marseille qui ayme les hommes sçavans, ayant gousté le Docteur Vanini, lequel estoit meslé en toutes sortes de <192> sciences, il le retint dans sa maison, et luy donna une honneste pension et sa table. Estant de la maison d’un tel Seigneur, il avoit par mesme moyen l’entree de toutes les meilleures maisons de la Court, et particulierement celle de Monsieur de Bassompierre, beau frere de Monsieur de sainct Luc. Ce dangereux et execrable Athee dissimula pour quelques jours son impieté, ne laissant pas pourtant de faire tousiours couler quelque petit mot, au des honneur du grand Dieu, de son fils nostre Seigneur Iesus-Christ, et des mysteres de la foy. Ceux qui l’entendoient parler de la sorte n’y prenoient pas garde au commencement, et attribuoient plustost à une certaine liberté de parler, que l’on pratique en France ce qu’il disoit, qu’à quelque malice cachee. Mais quand il eust acquis un peu de reputation parmy une infinité de personnes qu’il frequentoit, il se mit à publier l’Atheisme, et mesme en ses predications (car il preschoit quelques fois en des Eglises renommees) ceux qui sont versez aux controverses, et aux mysteres des Chrestiens, remarquoient tousiours quelque traict d’impieté. Et de fait, ayant un iours presché à <193> sainct Paul, sur le commencement de l’Evangile de sainct Iean, où le plus haut des mysteres est contenu, il fut accusé puis aprés de damnable opinion. Cela le descria de telle sorte, que ceux qui ont la charge des ames luy deffendirent la chaire.
Toutes ces circonstances fascherent l’ame de Monsieur l’Abbé de Rhedon, lequel a este nourry
Dans le branlant berceau du laict de pieté :
Et desormais il ne fit plus si grand compte de Vanini qu’il faisoit auparavant. L’Athee voulut pourtant r’habiller sa faute, et contrefit l’homme de bien durant l’espace de quelques mois, si bien qu’il parla plus sobrement que de coustume. Mais si la langue se retint, sa main eust bien tost produit des fruicts de son execrable impieté. Il composa un livre des causes naturelles, et le dedia à un Cavalier, dont le merite ne se peut descrire en peu d’espace : Ce fut à Monsieur de Bassompierre, que Mars et les Muses honorent également. Dans ce livre il avoit inseré mille blasphemes et mille impietez, comme celuy qui donnoit à la nature, ce qui n’appartient proprement qu’au Createur de l’Univers, <194> et de la nature mesmes. Aussi ce meschant livre fust bien tost censuré. La Docte Sorbonne de Paris, arbitre des matieres de la Foy, ayant veu ce livre, le declara pernicieux, et le condamna au feu. L’execution publique en fut faicte par la main du bourreau : de sorte que son autheur, qui meritoit encores d’estre ietté dans le feu, ayant receu cét affront, et se voyant estre mal avec Monsieur de Marseille, qui abhorre tels impies, resolut de quitter Paris, et de faire un voyage à Tholose](16).
Le renom de ceste grande ville fleurissante en beaux et rares esprits, le conviant de la voir [, il part doncques de la capitale ville du Royaume, et arrive à deux lieuës pres de Tholose quinze iours apres](17). Outre la Philosophie et la Theologie, et autres pareilles sciences, il avoit fort bien estudié en droict, de sorte qu’il ne [pouvoit](18) long temps [demeurer] sans party. [Mais comme il estoit prest d’entrer dans Tholose, deux ieunes et braves Gentils hommes qui avoient passablement estudié, passerent par une petite ville où Vanini s’estoit arresté, et allerent loger au logis de ce Docteur. Ayant recognu à table quelques traicts <195> de son scavoir, ils deviserent privemment dans une chambre apres disner avec luy, et furent si satisfaicts de cét homme, qu’ils luy offrirent leurs maisons, et promirent de le recompenser dignement, s’il vouloit prendre la peine de leur lire quelques mois les Mathematiques. Vanini qui n’estoit pas alors des plus accommodez ainsi que nous avons desia dit, accepta ceste condition, et s’en alla avec eux. L’un de ces Gentils-hommes avoit une maison extremement delicieuse, environnee de ruisseaux, et de petites fontaines. Quand ces Cavaliers estoient lassez de l’estude des lettres, ils alloient à la chasse, ou bien soubs un arbre planté aux bords d’une eau claire et coulante. Ils s’entretenoient de la lecture de quelque bon livre, et tousiours Vanini estoit avec eux. Lors que le temps luy eust acquis leur familiarité, ce dangereux homme, qui avoit caché son venin, commença de l’espandre sur ceste ieunesse. Il les entretenoit à toute heure de l’eternité du monde, des causes naturelles, et leur preuvoit par des raisons damnables que toutes choses avoient esté faites à l’aventure. Que ce qu’on nous racontoit de la Divinité <196> n’estoit que pour retenir les hommes soubs une forme de Police, et par consequent que les ames mouroient avec les corps. Ces Gentils-hommes croyoient au commencement que leur Docteur proferoit ces paroles pour exercer son bel esprit. Mais quand ils recogneurent que son coeur estoit conforme à sa langue : eux qui avoient succé le laict de pieté dans le berceau, luy tesmoignerent bien tost qu’ils ne prenoient pas gueres de plaisir d’entendre ces blasphemes, et principalement ceux qu’il vomissoit contre l’Eternel fils de Dieu. Ce cauteleux renard voyant qu’il ne pouvoit rien gagner sur ces ames religieuses, tourna puis apres en risee tout ce qu’il avoit dit de la Divinité. Et neantmoins peu de temps apres il leur demanda congé pour aller à Tholose. Ces deux Cavaliers le luy accorderent fort volontiers, comme ceux qui ne desiroient rien tant que de se deffaire de la compagnie d’un si pernicieux homme. Si tost](19) qu’il fut arrivé à Tholose, un ieune Conseiller le logea chez luy, par l’entremise d’un Docteur Regent qu’il estoit allé voir. Le bruit de son sçavoir s’espandit incontinent par toute ceste <7> ville renommée, <197> si bien qu’il n’y avoit fils de bonne mere, qui ne desirast de le cognoistre. Le premier President mesme, dont le sçavoir et la pieté ont acquis un renom qui ne mourra iamais, le voyoit de fort bon oeil. Mais parmy ceux qui en faisoient de l’estat, Monsieur le Comte de Cremail admiroit le sçavoir de cét homme, et le loüoit publiquement. Et ceste loüange n’estoit pas peu honorable à Luciolo, puis que ce brave Comte est sans flatter, l’honneur des lettres aussi bien que des armes.
Au commencement cét hypocrite dissimuloit son impieté, et contrefaisoit l’homme de bien : mais si sa bouche proferoit paroles bonnes, et dignes d’estre ouyes, son coeur remply de malice parloit autrement. Cependant monsieur le Comte de Cremail, croyant de cét Athee tout autre chose qu’il n’estoit pas, luy fit par quelque sien amy offrir le gouvernement de l’un de ses neveux, avec une honneste pension. Luciolo [accepta ceste condition](20), et commença d’instruire ce ieune Seigneur, au contentement de son oncle, en s’acquittant assez dignement de sa charge. Il entretenoit bien souvent le Comte, qui est un <198> esprit extremement curieux, et par ses artifices acqueroit tous les iours de plus en plus son amitié. Comme il se vit aymé d’un tel Seigneur, et appuyé de beaucoup d’amis, le destestable recommença petit à petit à semer sa doctrine diabolique : toutesfois ce ne fut pas tout à coup ouvertement, mais par maniere <8> de risee. Iamais il ne se trouvoit en bonne compagnie, qu’il ne iettast quelque brocard contre la Divinité, et particulierement contre l’humanité du fils de Dieu, nostre seule et asseuree reconciliation envers son Pere eternel. Comme la licence de parler n’est que trop grande en France, par la liberté qu’on y a introduite, chacun qui entendoit ces paroles execrables, attribuoit plustost à une certaine bouffonerie d’esprit, ce qui procedoit d’un coeur remply de toute malice. Et par ce moyen ce venimeux serpent glissa peu à peu dans l’ame de plusieurs, ausquels il prescha clairement l’Atheisme quelque temps apres, et quand il vit qu’ils estoient disposés de recevoir son poison.
[Ie me suis estonné cent fois, comme il se trouve des esprits, qui de gayeté de coeur, et de malice deliberee, osent blasphemer le nom de Dieu, et nier son essence. <199> Il faut bien dire qu’ils ont esté bien gaignez par les artifices de Sathan. Car quelque raison qu’ils alleguent, qu’il n’y a point de Divinité, leur conscience les accuse de mensonge, et, par les effects ils font cognoistre que ce n’est qu’une pure malice, iointe à une ostentation, et à un bruit de vaine gloire qu’ils veulent acquerir. C’est pourquoy les Chrestiens doivent soigneusement prendre garde de ne se laisser point encores attraper dans les pieges de Sathan. Nostre ancien adversaire ne manque iamais de nous tendre ses fils. Il se transforme bien souvent pour le sujet en Ange de lumiere, afin de nous perdre. Il sçait ceux qui sont enclins aux plaisirs de la chair, ou aux delices de la bouche, et ne cesse de verser son poison aux uns et aux autres en diverses manieres. Il a pareillement cognoissance des hommes vains, et superbes, comme le Docteur Vanini, et par consequent il remplist l’ame de telles personnes de vent et de fumee. Mais la malice de ce Docteur execrable se descouvre encores, en ce qu’avant qu’il preschast l’Atheisme, il lisoit à Salamanque la Magie, invoquoit les demons, et conferoit ordinairement avec <200> eux. Et iugez maintenant, si sçachant qu’il y avoit des demons, il ne sçavoit pas encores qu’il y avoit un Dieu, qui exerce sa iustice sur Sathan, et sur ses sectateurs.
Mais sans doute estoit-il seduit de telle sorte par cét ennemy du genre humain, que comme l’execrable Prestre de Marseille(21), il se figuroit qu’un iour apres sa mort il seroit un de ces esprits diaboliques : Et avoit encore ceste creance, que les demons ne souffrent aucune peine, puis qu’ils ont la liberté d’aller d’un costé et d’autre (ainsi que disent ces esprits damnez à ceux qu’ils veulent perdre) et qu’ils sont possesseurs de tous les thresors du monde. Opinion trompeuse, qui abusant les ames disposees à les croire, fait naistre puis apres ces martyrs du diable. Car Sathan, qui comme un singe imite les ouvrages de Dieu, ne manque pas de martyrs : selon le tesmoignage mesme du vaisseau d’élection.]
Tandis qu’il tasche de perdre les ames par sa detestable [doctrine](22), Monsieur le Comte de Cremail, de qui le clair iugement ne se trompe iamais, et à qui la nature, et le maniement des affaires ont <201> donné la cognoissance de toutes choses. Ce prudent et sage Seigneur, dis ie, recognut bien tost l’intention de Luciolo, et apprit en peu de temps ce qu’il avoit dans l’ame. Neantmoins il dissimula quelques iours ce qu’il en pensoit, et sceut si bien tirer le ver du nez de ce meschant homme en devisant privement avec luy, qu’il s’eclarcist entierement de sa doute. Cét execrable luy confessa librement qu’il croyoit que tout ce qu’on nous dit de la Divinité, et qui est contenu dans les escrits de Moyse, n’est que fable, et que mensonge : Que le monde est eternel, et que les <9> ames des hommes et celle des bestes n’ont rien de different, puis que les uns et les autres meurent avec le corps. Et pour nostre Seigneur Iesus-Christ, que tous ses faicts n’estoient qu’imposture, de mesme que ceux de Moyse. O bonté de Dieu que vous estes grande, de souffrir si long temps cét abominable ! ô iustice divine ! où est vostre foudre ! ô terre ! que ne t’ouvres-tu pour engloutir cét esprit d’enfer ?
Monsieur le Comte fut fort scandalisé de ce discours, et ceste ame non moins religieuse que genereuse, s’efforça de reduire par de vives et pressantes raisons, <202> que les bornes de ce recit ne peuvent contenir, ce mal-heureux Athee. Mais tout cela ne servit de rien, puis qu’il traictoit avec un esprit le plus impie que l’on ayt veu iamais parmy les hommes, et d’autant plus remply d’impieté, qu’il ne pechoit point par ignorance, ains resistoit ouvertement au sainct Esprit, ainsi que nous verrons en la suitte de ceste Histoire. Ce que voyant ce Seigneur, et ialoux du nom de celuy, qui pour nous sauver prit nostre chair humaine, et nasquit d’une Vierge, il tesmoigna bien tost à Luciolo le desplaisir qu’il sentoit de sa perte, et le regret qu’il avoit de luy avoir baillé la charge d’instruire son nepveu. Et comme il estoit prest de le luy oster, de peur que ceste ieune plante abbreuvee d’une si dangereuse doctrine, n’en retint quelques mauvaise odeur, la Court de Parlement de Tholose deputa deux de ses Conseillers vers le mesme Comte. Ce iuste et Religieux Senat <10> ayant esté informé, que Luciolo non content de mesdire publiquement de l’Eternel fils de Dieu, avoit des sectateurs en ses execrables opinions, luy eust desia fait mettre la main sur le collet ; mais auparavant elle vouloit sçavoir du Sieur Comte <203> s’il avoüoit un si meschant homme. Les deux Conseillers ayants exposé leur commission au Seigneur de Cremail, Ils eurent telle satisfaction de luy, que le lendemain Luciolo fut saisi, et mené en la Conciergerie.
Le sieur de [Bertrand](23) Conseiller en ladite Court de Parlement de Tholose, fut Commissaire pour interroger cét Athee, sur certains points dont il estoit accusé. La premiere chose qu’il luy demanda, apres s’estre informé de son nom, et de ses qualitez, et autres formes ordinaires, S’il ne croyoit point en Dieu : Luciolo avec une effronterie la plus grande que l’on ne sçauroit imaginer, luy respondit, Qu’il ne l’avoit jamais veu, et par consequent qu’il ne le cognoissoit nullement. Ledit sieur Conseiller, repart et dit, que quoy que nous ne le voyons point nous ne laissons pas de le cognoistre, tant par ses ouvrages, que par les escrits des Prophetes, et des Apostres. A quoi Luciolo repliqua, que tout ce qu’on nous publioit de la creation du monde, n’estoit que mensonge, et invention, et que tous ces Prophetes avoient esté atteints de quelque maladie d’esprit, qui leur avoit faict escrire des extravagances : et <204> qu’en fin le monde estoit de toute eternité, et dureroit eternellement. Ledit sieur Commissaire estonné des raisons <11> damnables de cét Athee, poursuivit, et luy demanda ce qu’il croyoit de Iesus Christ : Ie crois (repart cét execrable) qu’il estoit un imposteur, et que pour aquerir du renom il se disoit Fils de Dieu. Mais (dit le sieur Conseiller) nous avons tant de miracles qu’il a faits, et qu’il fait encores tous les iours, tant de predictions, et tant d’autres tesmoignages, que quiconque les nie, nie sans doute la clarté du Soleil. Enfin Luciolo se mocquoit de toutes ces paroles, et en riant les tenoit pour fables. Et mesmes estans tombez sur le discours des tourmens que nostre Seigneur souffrit, quand il se livra à la mort pour nous, ce mal-heureux, cét exeecrable, et plus impie que l’impieté, se mit à proferer une parole que l’enfer mesme n’oseroit proferer. Ie ne la veux point icy inserer, parce qu’en y pensant seulement la plume me tombe de la main, et les cheveux m’en dressent d’horreur. Que ceux qui liront ceste Histoire se contentent de sçavoir, que ceste peste vouloit dire, que lors que nostre Seigneur estoit prest d’aller souffrir la <205> mort ignominieuse de la Croix, il suoit comme un [homme sans courage](24), et luy ne suoit nullement, quoy qu’il vist bien qu’on le feroit bien tost mourir.[ Et sur cela il usoit de termes les plus impies et les plus detestables que l’on puisse imaginer.] O iustice de Dieu, pouvez-vous bien souffrir ces blasphemes, et ces outrages ? Le sieur Conseiller fut tellement scandalisé des paroles abominables de cét Athee, que sans le vouloir plus entendre, il commanda qu’on l’enfermast dans un profond cachot, tandis qu’il alla faire son rapport à la Court de ce qui s’estoit passé entre luy et Luciolo. <12>
[Cependant on ne manqua pas de tesmoins pour la preuve de son impieté, qu’il vouloit de premier abord aucunement nier. Les deux Gentils-hommes, a qui il avoit appris la Philosophie, le neveu du Comte, et plusieurs autres personnes honorables, deposerent contre luy, et lors qu’il luy furent presenté en iugement, il ne voulut plus dissimuler sa detestable impieté, ains la soustint ouvertement. Ce venerable Senat curieux de sauver ceste ame damnee, n’avoit point envie de proceder à son <206> iuste iugement, sans avoir premierement tasché de le reduire à salut : de grands Predicateurs pour ce sujet le virent souvent dans sa prison, et y apporterent le soin que l’on peut apporter en des actions si necessaires. Mais quoy ? leur travail estoit inutile, puis qu’outre la possession que le diable avoit prise de cét esprit infernal, il estoit de ceux, qui abandonnants les vertus, veulent que l’on croye qu’ils ignorent Dieu, et sa Maiesté souveraine.Ils pensent acquerir de la gloire, et faire une grande oeuvre, lors qu’ils soustiennent que ceste machine du monde, qui demeure tousiours en mesme estat, est eternelle. Et par mesme moyen ils ressemblent proprement à ceux qui destournent leur veuë de quelque belle et agreable peinture, et iettent leurs regards sur des images prodigieuses.
Quand l’equitable Parlement de Tholose vit que le salut de ce pernicieux homme estoit desesperé, il ne voulut plus differer sa condemnation. Il se resouvint que Dieu et le Roy luy ayant mis la balance à la main, il estoit obligé de la tenir sans pancher ny d’un costé, ny d’autre. C’est pourquoy apres avoir](25) meurement digeré une action autant execrable pour <207> son impieté, que digne de punition pour la consequence, il donna bien tost un Arrest memorable. [Car apres les auditions, depositions et confessions, retractations, et secondes confessions volontaires de cét abominable esprit infernal, et autres choses contenuës au procés, qui le rendoient coupable des crimes qu’on luy imposoit, il le declara](26) atteint et convaincu de crime de leze Majesté divine [et humaine] au premier chef : et pour reparation [d’iceux] le condemna d’estre [livré entre les mains de l’executeur, pour estre conduit et mené par tous les carrefours accoutumez, et au devant de la porte de l’Eglise Metropolitaine, pour y faire amende honorable, teste nuë, et pieds nuds, la hart au col, et tenant un flambeau ardent en ses mains, et là demander pardon à Dieu, au Roy, et à la Iustice, et puis estre mené à la place de S.Estienne, où l’on punit les malfaicteurs, pour](27) là avoir la langue coupee, et [y] estre [ars, et] bruslé tout vif, [iusques à la consommation de ses ossements, dont les cendres seroient iettees au vent].(28)
Quand on commença d’executer ce iuste Arrest, et qu’on luy voulust faire demander pardon à Dieu, il dit tout haut qu’il ne <208> sçavoit que c’estoit que Dieu, et par consequent qu’il ne demanderoit jamais pardon à une chose imaginaire. [Les Ministres de la iustice le presserent neantmoins de le faire, de sorte qu’en fin il tint ce discours, Et bien, ie demande pardon à Dieu, s’il y en a. Et lors qu’il fallust aussi qu’il demandast pardon au Roy, il dit qu’il luy demandoit puis qu’on le vouloit, et qu’il ne croyoit pas estre coupable envers sa Maiesté, laquelle il avoit tousiours honoree le mieux qu’il avoit peu : mais pour Messieurs de la iustice, qu’il les donnoit à trente mille chartees de diables. Et nous voyons par ce dernier discours comme ce miserable se prenoit luy-mesme par ses propres paroles. Il nie tantost qu’il n’y a point de Dieu, et maintenant il avoüe qu’il y a des diables. Choses qui sont du tout contraires, puis que l’un presuppose l’autre. Or il falloit bien que cét homme fut extremement possedé de Sathan, puis que ces horribles blasphemes sortoient de sa bouche, et qu’il resistoit si ouvertement au sainct Esprit. Il falloit bien encores (ainsi que nous avons desja dit) que les amorces de cét adversaire, ou le desir de vaine gloire, et d’estre renommé <209> aprés sa mort, comme celuy qui brusla le temple de Diane, et le portast à des vanitez rares et inouyes.
Cependant apres qu’on eust fait toutes ces ceremonies, et actes de iustice, il fut mené à la place, où on luy avoit destiné son supplice. Estant monté sur l’eschaffaut](29) il ietta les yeux d’un costé et d’autre, et ayant veu certains hommes de sa cognoissance [parmy la grande foule du peuple, qui attendoit la fin de cét execrable, il leur tint ce langage] : Vous voyez (dit il tout haut) quelle pitié, un [miserable](30) Iuif est cause de que ie suis icy. Or il parloit de nostre Seigneur IESUS-CHRIST le Roy des Roys, et Seigneur des Seigneurs, dont ce chien enragé taschoit de deschirer la divine Maiesté, au grand scandale d’une infinité de peuple, qui crioit qu’on exterminast cét execrable blasphemateur [ : car il usoit encores d’autres termes que ie ne sçaurois escrire sans horreur, et sans offencer les oreilles de ceux qui prendront la peine de lire ceste Histoire.
Enfin on voulut arracher la langue à ce martyr du diable : mais quelques constance qu’il tesmoignast en ses paroles, comme celuy qui se disoit plus constant <210> et plus resolu que le Fils de Dieu, il descouvrit bien tost qu’il luy faschoit de mourir. On ne peut du premier coup que luy emporter le bout de la langue parce qu’il la retiroit. Mais au second coup on y mit bon remede, qu’avec les tenailles on luy arracha toute entierement avec la racine. Ce fait,](31) son corps fut jetté <13> dans le feu, et ses cendres au vent, tandis que son ame alla recevoir aux enfers le iuste chastiment de ses horribles(32) blasphemes, et impietez.
C’est l’histoire de l’execrable Docteur Vanini, que i’aye [descrite sommairement afin de n’exceder point les bornes que i’aye accoustumé de garder en mes histoires Tragiques](33). Il reste [maintenant] de considerer combien la patience de Dieu est grande, de souffrir ces [abominables](34) blasphemes, et ces [execrables] impietez. Ie m’estonne comme son iugement redoutable n’a desia fait sentir aux mortels les effets de son iuste courroux. [Ie m’en estonne, dis-je, puis que Vanini ne manque point de compagnons en ses blasphemes.
Un de mes amis qui assista à l’execution de l’Arrest de cét execrable, me racontoit dernierement une chose estrange. <211> Estant à Castres ville du Languedoc, et renommee pour la Chambre de l’Edit que le Roy y a restablie, y vit un certain Prestre Grec, que i’aye moy-mesme veu à Paris chez le Prieur du Convent des Iacobins, il y a environ quatre ou cinq années. Le Prestre disoit la Messe en Grec et les Conseillers Catholiques de la Chambre de l’Edit entendirent sa Messe, et apres luy donnerent chacun de l’argent pour l’assister en ses voyages.Ce mal-heureux allant de Castres à Tholose, se mit en la compagnie de deux honnestes hommes. Or en devisant du Docteur Vanini, qui tout fraischement avoit esté executé pour ses impietez, ce detestable Prestre se mit à proferer ces paroles : C’est à tort qu’on a fait mourir un si sçavant homme : il n’a iamais rien creu, que ie ne croye autant, et il n’y a homme de sain iugement qui ne soit tousiours de mon opinion. Toutes les loix que l’on nous figure de Dieu ne sont qu’inventions humaines, pour retenir les hommes en crainte, et que les plus puissants ont imposez aux plus foibles, afin de se conserver. Car à la verité il n’y a point de doubte que toutes choses n’aillent à l’avanture, que le monde <212> ne soit eternel, et que les ames ne meurent avec les corps.
Le discours de cét hypocrite rendit fort esbahis ces honnestes hommes, qui rapporterent puis apres dans Tholose sa damnable opinion. La iustice le fit chercher pour luy mettre la main dessus, mais on ne le peut iamais apprehender. Et puis faictes des aumosnes à telles gens, qui sous pretexte de requerir l’assistance des gens de bien pour la redemption des captifs, vont de Province en Province abbreuver de leur poison ceux que la credulité laisse emporter à ces maudites impietez.] Voyant des exemples si execrables, il ne faut point douter que la fin du monde ne soit prochaine [, et que Dieu n’extermine bien tost ceste grande Machine, pour en former une autre d’une matiere plus noble et plus pure].
Heureux [cependant], qui faisant proffit de telles choses rares et inouyes, ne se separe iamais de la priere, le premier fondement du salut [. Bien heureux, dis-je, celuy] qui n’ayant autre desir d’acquerir la gloire(35) qui procede de la douce servitude de IESUS-CHRIST, tasche d’honorer ce nom, soubs qui tout genoüil <213> flechit, et à qui toutes les choses qui sont au Ciel, en terre, et sous la terre rendent hommage. Cependant [il faut que nous implorions sa misericorde, et la requerions de](36) reduire à sa vraye cognoissance ces ames desesperees [. Que ce debonnaire Sauveur daigne oster d’entre nous ces scandales, et changer la langue de ces blasphemateurs.] Ou bien [si les impies perseverent en leur abominables meschancetez, et infections de leurs bouches puantes,] qu’il permette que la justice qu’il a establie en terre y tienne si bien la main, que ces martyrs du diable soient exterminez à la confusion de Sathan, à la ioye des iustes [, et à l’honneur de celuy de qui procede toute loüange, et toute gloire].

11 décembre 2006

Appel des Etats Généraux de la Laïcité réunis à l’initiative de la Libre Pensée à Paris le samedi 9 décembre 2006

« La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte »
(Article 2 de la loi du 9 décembre 1905)

10 milliards de fonds publics détournés au profit de l’Eglise catholique !
10 milliards volés chaque année à la République laïque !

10 décembre 2005 : 12 000 libres penseurs, laïques, syndicalistes, militants ouvriers, francs-maçons, démocrates et républicains, dans l’union la plus large à l’occasion du centième anniversaire de la loi de 1905, ont battu, le pavé parisien pour exiger la défense et la promotion de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Lors du meeting de clôture de cette manifestation, ils décidaient d’organiser les inventaires laïques pour faire l’état exact des violations du principe de laïcité qui fait que la religion doit être strictement d’ordre privée et que les fonds publics ne doivent aller qu’à la seule Ecole publique.
2006 : à l’initiative des fédérations départementales de la Libre Pensée, les laïques et les républicains ont fait l’inventaire détaillé des budgets des communes, des départements, des régions et de l’administration pour faire l’état des lieux exacts de la situation antilaïque dans notre pays.
9 décembre 2006 : réunis dans des Etats généraux de défense de la laïcité dans la grande salle de la Bourse du Travail à Paris, lieu symbolique de l’union de la classe ouvrière et de la démocratie républicaine, les représentants des libres penseurs et des laïques de tous les départements ont centralisé le fruit de la collecte de leurs enquêtes. Un constat s’impose :

La laïcité est bafouée !

Le résultat des enquêtes laïques est édifiant et consternant. L’Etat verse 8,2 milliards d’euros, les communes donnent 530 millions d’euros, les départements et régions subventionnent à hauteur de 499 millions d’euros l’enseignement privé essentiellement catholique, soit un total de 9,2 milliards détournés des fonds publics pour financer l’école de quelques uns contre l’Ecole de tous. Ceci représente le budget de plus de 200 000 postes (charges sociales comprises) volés à l’Education nationale avec tout le budget de fonctionnement et d’investissement y afférant.
Tous les domaines de la vie publique sont pillés pour financer les religions. 242 millions d’euros sont aussi détournées par le biais de dérogations fiscales avantageuses pour les cultes, pour les subventions des associations familialistes, par la compensation du régime de Sécurité Sociale des Cultes. Près de 100 millions d’euros sont versés indûment pour des travaux d’entretien n’incombant pas aux départements, communes et régions. Dans toute la France, le logement des 16 000 prêtres diocésains est financé par les collectivités territoriales pour un budget estimé à 54 millions d’euros.
Les statuts cléricaux d’exception d’Alsace Moselle et des TOM représentent une dépense indue antilaïque de plus de 72 millions d’euros. Plus de 2 000 prêtres sont financés sur les fonds publics pour enseigner la religion à l’Ecole Publique. Voici ce que touche mensuellement un évêque en Alsace : 4 484,57 € (29 418, 8 F), un prêtre : 2 703,99 € (17 738,2 F), un pasteur dirigeant : 3 150€ (17 738,2 F), un Grand Rabbin : 2 916,07€ (19 129,4F). Et ils sont des milliers à émarger sur le budget des fonds publics de l’Etat payé par les citoyens.
La circulaire dite de la Martinière (1966) permet aux associations cultuelles d’avoir des activités commerciales sonnantes et trébuchantes. La Cathédrale Notre-dame de Paris vend ainsi pour plus de deux millions d’euros de cierges chaque année sans acquitter toutes les taxes pour l’Etat. Manque à gagner pour les finances publics : 660 000 euros !

Plus de 10 milliards volés à la République laïque !

Nous avons saisis à plusieurs reprises les ministres du gouvernement (Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé – Ministres du budget) pour leur demander de nous indiquer le montant des sommes manquantes au budget de l’Etat par des mesures d’aides fiscales dérogatoires pour les cultes religieux. Nous n’avons reçu aucune réponse. Nous avons notamment alerté les pouvoirs publics sur les démarches de la télévision privée catholique KTO qui délivre des reçus fiscaux illégaux pour bénéficier des réductions d’impôts. Là aussi, nous n’avons reçu aucune réponse. A croire que les voyous ne sont que dans les banlieues et jamais dans les évêchés !
Tous ces dispositifs antilaïques ont été crée par la loi de Pétain du 25 décembre 1942. Il faut que nos concitoyens sachent que les lois antilaiques de Pétain (05/02/1941, 08/04/1942, 25/12/1942), n’ont jamais été abrogées depuis la Libération. Elles continuent à faire jurisprudence. Paris, en ce domaine, vit toujours à l’heure de Vichy.
Il faut que les citoyens sachent aussi que l’impôt sur les revenus des personnes imposables représente la somme annuelle de 49 milliards d’euros par an et que la dette annuelle de l’Etat s’élève à 42 milliards.
En clair, en France, on verse l’équivalent de plus de 20% de l’impôt sur le revenu et du quart de la dette annuelle à l’Eglise catholique !

L’heure est à la mobilisation laïque !

Le 9 décembre 2006, avec la Fédération nationale de la Libre Pensée, des centaines de délégués départementaux des libres penseurs, de laïques, de syndicalistes, de militants ouvriers, de francs-maçons, de démocrates et de républicains, venus de tout le pays, se sont rassemblés pour réunir les Cahiers de doléance laïque pour défendre la République, une et laique.

Ont notamment pris la parole :
Gabriel Gaudy, secrétaire général de l’Union départementale de la CGT-FO de Paris ; Joachim Salamero, président de la Fédération nationale de la Libre Pensée ; Jean-Michel Ducomte, Président de la Ligue de l’Enseignement ; Daniel Morfouace, Grand Maître Adjoint du Grand Orient de France ; Hubert Raguin, Secrétaire fédéral de la FNECFP-FO pour la CGT-Force Ouvrière ; Gérard Cambussat, Président de Laïcité-Liberté ; Philippe Foussier, Président du Comité-Laïcité-République ; Jean-Marc Schiappa, Président de l’Institut de Recherche et d’Etudes sur la Libre Pensée ; Yves-Henri Saulnier, Secrétaire national du SNETAA-EIL ; Etienne Pion, Secrétaire général du Mouvement Europe et Laïcité, Claude Champon, Vice-président de l’Union des Athées ; Roger Lepeix, membre du Comité Exécutif de l’Union Internationale Humaniste et Laïque (IHEU) ; Christian Eyschen, Secrétaire général de la Libre Pensée.
Le CNAL avait tenu à s’excuser de son absence et a invité la Libre Pensée à l’ensemble de ses différentes réunions.

Ensemble, les 500 délégués ont décidé :

1- de publier le Livre noir des atteintes à la laïcité, recensant le fruit des inventaires laïques et le compte-rendu des Etats généraux de défense de la laïcité du 9 décembre 2006 et de le diffuser largement dans l’opinion publique.
2- de faire des délégations au Président de l’Assemblée nationale et aux Présidents des Groupes parlementaires pour déposer les pétitions pour l’abrogation de la loi du 25 décembre 1942.
3- de saisir tous les candidats à l’élection présidentielle et aux législatives pour leur demander d’abroger les lois de Pétain.
4- de rendre publics, dans tous les départements, le résultat des inventaires laïques.
5- de faire signer massivement l’appel du Congrès national de la Libre Pensée de Lamoura pour défendre l’instruction publique, condition indispensable de la défense de la démocratie et de l’égalité des citoyens devant l’Instruction.



Pour la défense de la laïcité :
Fonds publics à la seule Ecole publique !



Paris le 9 décembre 2006

10 décembre 2006

Laïcité : Le Grand Orient et plusieurs associations font front commun

PARIS, 8 déc 2006 (AFP) - Le Grand Orient de France et plusieurs associations, dont la Libre Pensée et la Ligue de l'enseignement, ont redit vendredi leur attachement fondamental à la laïcité et s'apprêtent à interpeller les candidats aux élections à ce sujet.

Pour le président du Grand Orient, Jean-Michel Quillardet, «la laïcité n'est pas un principe qui vient du passé, qui serait obsolète. C'est au contraire un principe moderne qui permet le "vivre ensemble". En défendant la laïcité nous ne sommes pas dans la réminiscence mais dans l'action», a-t-il dit au cours d'une conférence de presse.

Les participants ont exprimé leur inquiétude au sujet du rapport Machelon sur l'évolution de la loi de 1905 de séparation de l'Etat et des cultes, estimant que plusieurs des idées qu'il contient «risquent de germer». Pour eux, l'Etat n'a pas à accompagner l'évolution des sensibilités religieuses et il n'a pas à réformer la loi de 1905 en prenant prétexte qu'elle n'a pas un caractère constitutionnel.

Ils contestent aussi l'article 89 de la loi de décentralisation de 2004 qui permet aux communes de financer les écoles privées (à 97% catholiques).

Les représentants de la Ligue de l'Enseignement et de la fédération des Associations familiales laïques participaient à la réunion, de même que le Mouvement Europe et laïcité, la Libre Pensée, l'Union rationaliste, l'Union des familles laïques, l'Association Chevalier de la Barre, le comité Laïcité-République et l'association Laïcité-Liberté.

La Libre Pensée tient ce week-end un colloque sur la laïcité et y présente un «livre noir» sur les multiples financements publics des religions. Elle va demander aux candidats aux législatives leur position sur l'abrogation de trois lois du régime du maréchal Pétain sur le financement des cultes.

Les uns et les autres sont favorables à l'abrogation du statut clérical et scolaire de l'Alsace-Moselle.

Le Grand Orient, a indiqué Jean-Michel Quillardet, ne donne pas de consigne de vote pour la présidentielle, sauf celle de ne pas voter pour l'extrême droite.

07 décembre 2006

samedi 9 décembre : Etats généraux de la laïcité à Paris

(clic sur les images pour agrandir et lire l'article)

Religion-laïcité-anniversaire

La Libre Pensée fait l'inventaire du financement public des religions (AVANT-PAPIER)
par Laurence CHABERT

PARIS, 7 déc 2006 (AFP) -
L'association de La Libre Pensée organise samedi à Paris des états généraux de la laïcité où elle présentera un Livre noir, dénonçant les multiples financements publics des religions qu'elle évalue à quelque dix milliards d'euros, soit plus de 20% de l'impôt sur le revenu.

Ces états généraux se tiendront à la Bourse du Travail, avec la participation de la Ligue de l'enseignement, du Grand Orient de France, de FO et d'associations laïques : 500 délégués sont attendus, a expliqué à l'AFP le secrétaire général de l'association, Christian Eyschen.

La Libre Pensée veut ainsi célébrer le centenaire des "inventaires" des biens des églises après le vote de la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat. Elle va parallèlement présenter aux députés une pétition pour l'abrogation des "lois pétainistes" de 1941-42 qui ont amendé la loi de 1905.

L'organisation, qui affiche pour slogan "Ni Dieu, ni maître, à bas la calotte et vive la sociale", compte 5.000 cotisants. C'est la plus vieille association laïque, avec une histoire qui remonte à 1847 et des figures comme Jules Ferry ou Victor Hugo.

"Nous avons enquêté dans les municipalités, les conseils généraux, etc., pour voir où on en était du financement public des religions", explique M. Eyschen. "L'addition se monte à plus de dix milliards d'euros par an, soit 20% de la collecte de l'impôt sur le revenu. Le gros morceau, c'est le financement de l'enseignement catholique (97% de l'enseignement privé)", a-t-il affirmé.

Selon lui, l'Etat et les collectivités locales versent à l'enseignement catholique 9,2 milliards d'euros au total. S'y ajoutent "plus de 200 millions d'euros par an d'aides fiscales", c'est-à-dire les taxes non perçues sur des activités commerciales exercées par les associations cultuelles.

"Notre-Dame de Paris, par exemple, vend pour 2 millions d'euros par an de cierges, ce qui représente une évasion fiscale de 660.000 euros", relève-t-il. A la cathédrale de Paris, fréquentée chaque année par treize millions de visiteurs, on confirme le montant de la vente de cierges tout en précisant que la TVA est payée dessus.

Sur sa liste, la Libre Pensée ajoute "40 M EUR d'aide des salariés du régime général pour assurer les pensions et la sécurité sociale du régime spécial des cultes", la Cavimac, plus 54 M EUR d'aide des collectivités territoriales au logement des prêtres, plus quelque 90 M EUR d'aides qu'elle juge abusives pour l'entretien des lieux de culte.

La loi de 1905 attribuait la propriété des bâtiments religieux existant aux communes, qui en assurent l'entretien sans que cela comprenne le chauffage ou le mobilier, dit M. Eyschen.

Et dans les régions toujours soumises au Concordat de 1801, l'Alsace-Moselle, comme dans les territoires régis par l'ordonnance de Charles X de 1828 et les décrets Mandel de 1939 (Guyane, Wallis et Futuna, Saint Pierre et Miquelon, Polynésie française, Nouvelle Calédonie), l'Etat prend en charge les dépenses du culte.

"L'évêque de Strasbourg est à l'indice 1.015 de la fonction publique, donc touche un traitement mensuel de 4.400 euros", explique-t-il. "C'est l'Etat qui paie les charges et il est assuré pour tous les risques... sauf celui d'accident du travail".