24 avril 2007

L'ordre de la "Société juste" contre "l'Europe apostate"

2) LA SOCIETE JUSTE
"Nous, chrétiens en Europe, considérons que cet espace de paix, de prospérité et de solidarité que visait l'établissement de la Communauté Economique Européenne en 1957 est désormais globalement réalisé, mais l'aboutissement du projet en une véritable Union politique est toujours en souffrance. Seule une telle Union nous permettra de relever les défis nouveaux auxquels nous sommes confrontés. Beaucoup craignent qu'elle ne se réduise à une simple autorité de régulation des marchés. En effet, les gouvernements des Etats membres se comportent pour l'instant en rentiers, vivant sur cet extraordinaire héritage, mais tardent à tracer de nouvelles perspectives pour l'Europe."
Déclaration du Groupe IXE, mars 2007


Qu'est-ce que le Groupe IXE ?
En mai 2000, les Semaines Sociales de France et le Comité Central des Catholiques Allemands, le ZdK, signaient un Manifeste pour une conscience européenne. Leurs objectifs ?
- Constituer un lieu d'observation critique de l'évolution de la construction européenne,
- être un lieu de réflexion en référence aux principes de la pensée sociale de l'Eglise pour s'exprimer et faire des propositions,
-mobiliser pour contribuer au succès de grandes manifestations à dimension européenne.
Depuis juin 2002, ce réseau est animé par un Groupe de Travail composé des représentants de douze pays européens et de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (COMECE) et a pris le nom d' "Initiative de Chrétiens pour l'Europe" (IXE).

Michel CAMDESSUS , Président du Fonds monétaire international de 1987 à 2000, Gouverneur Honoraire de la Banque de France en est un membre éminent, et même l’épine dorsale. Sa seule présence donne tout le poids politique de l’IXE et en fait un réseau plus qu’influent.
En 1905, l’Eglise a été chassée des affaires publiques par la grande porte grâce à la République, aujourd’hui elle revient par la fenêtre grâce à l’Union européenne.
L’IXE fait un constat, suite à la victoire du NON de mai 2005 :
"Au lendemain de l'élargissement de l'Union européenne de 2004 qui aurait dû être porteur d'espoir, l'Europe est aujourd'hui confrontée au doute et à la peur. Les difficultés du contexte international, le vieillissement démographique et la montée de l'individualisme et des égoïsmes nationaux fragilisent cette construction."
"A la veille du 50ème anniversaire du Traité de Rome, que constatons-nous ? La dynamique européenne est bloquée. L'adoption de l'euro a été un succès mais la réunification historique qu'a réalisée l'Union européenne avec l'adhésion de douze nouveaux Etats membres n'a pas été accompagnée par les réformes institutionnelles nécessaires à son bon fonctionnement, réformes pourtant en chantier depuis 15 ans.
Pourquoi une telle situation ? Le projet européen dispose dans certains pays de moins de soutien et d'adhésion des citoyens. Leur désenchantement à l'égard de l'Europe s'exprime presque partout dans la faible participation aux derniers scrutins européens et constitue la cause majeure du rejet du Traité constitutionnel par deux des États fondateurs - la France et les Pays-Bas - et, au-delà, de la crise actuelle.
"

L’IXE a ses exigences :
"Au-delà des adaptations institutionnelles, nous attendons des chefs d'Etat et de gouvernement qu'ils définissent une véritable Ethique de la gouvernance européenne :
- en préparant les opinions publiques à vivre dans un nouveau cadre institutionnel et à s'approprier les enjeux de l'Europe réunifiée,
- en renouvelant la coexistence dynamique entre les institutions européennes et les gouvernements nationaux pour éviter la renaissance des souverainismes,
- en réapprenant la subsidiarité, ce qui suppose une responsabilisation des acteurs, notamment au niveau régional, local, et de la société civile.
La transformation des consciences à l'égard de l'Europe suppose une réhabilitation du politique et une mobilisation des tous les acteurs potentiels d'une communication positive (…). Nous pensons que ce changement des mentalités ne dépend pas seulement de nos dirigeants politiques. A leur niveau, les acteurs de la société civile doivent aussi prendre des initiatives.
"
Ce qui est étonnant, c’est la similitude, pour ne pas dire les « copier-coller » entre ce texte de l’IXE et le Livre Blanc sur la Gouvernance de l’Union européenne paru en 2001.

Crise de la protection sociale ou crise du modèle social européen ?
Les dernières Semaines Sociales de France, qui se sont tenues à Paris les 24 et 25 novembre derniers, nous donnent les clefs, non pas de Saint Pierre, mais de ce mystère. Le bientôt nouveau président des Semaines Sociales de France, Jérôme Vignon, qui succèdera en 2007 à Michel Camdessus, y fait une conférence intitulée "Crise de la protection sociale ou crise du modèle social européen ? La conscience chrétienne peut-elle nous aider à répondre aujourd’hui à la question « qu’est-ce qu’une société juste ? »"
Jérôme Vignon, issu de Polytechnique – X = IXE ! -, est haut fonctionnaire à la Commission européenne. Il a été conseiller au secrétariat général de la Commission européenne sur les réflexions concernant la gouvernance européenne et il a donc été le chef de l'équipe Gouvernance qui a préparé le Livre Blanc. De 1974 à 1978, il préside le MCC (Mouvement Chrétien de Cadres et dirigeants). C’est un fidèle-fidèle de Jacques Delors : il est membre de son cabinet quand il est ministre des finances du gouvernement Mauroy, puis il devient en 1984 son collaborateur à la Commission de Bruxelles. Il est actuellement directeur à la Commission européenne chargé de la protection sociale et de l'intégration. Il préside les Assises chrétiennes de la mondialisation (ACM) qui regroupent les mouvements laïcs chrétiens français.
Voici donc quelques extraits de cette conférence édifiante. Qui veut, comme dirait Rabelais, « rompre l'os et sucer la substantifique moelle » de cet exposé, y retrouvera sans peine les arômes et les saveurs non seulement du Livre Blanc sur la Gouvernance de l’Union européenne, mais encore des déclarations des différentes institutions vaticanes sur le sujet et enfin des positions de certain(e)s candidat(e)s aux plus hautes fonctions de l’Etat. La parole est au Révérend père Vignon, "homme de gauche" et (très) haut fonctionnaire de l'Union européenne :
"Quelle contribution attendre des Chrétiens à l'orientation vers une société de justice, dans le contexte de "crise du modèle social" qui est le nôtre ? La démarche consistera à situer les Chrétiens comme partie prenante à un débat sur la justice qui ne nous a pas attendu. Nous devons en prendre acte pour mesurer où notre engagement est requis, où les Chrétiens pourraient apporter une "contribution", nourrie de l'esprit des Béatitudes. Pour faire simple, la démarche que je propose distingue entre la question d'une société juste(qui est l'expression en démocratie pluraliste d'un socle de principes communs normatifs, un peu comme un socle constitutionnel) et celle d'une société bonne qui prend parti, au-delà des principes communs, sur les actions concrètes qui donnent vie à ces principes, au nom d'une orientation morale.
Le modèle social européen construit au cours de 150 ans d’histoire industrielle et économique a été forgé par la nécessité d’établir la paix sociale en réponse à la question sociale issue de la condition ouvrière.
Dans ce modèle, la dimension de justice se manifeste particulièrement par :
- L'étendue des droits sociaux (droit à un travail ; droit à une protection en cas de perte ou d'absence de travail ; droit à une représentation collective)
- La dynamique du contrat de travail qui lie de façon réciproque le salarié et l'employeur.
On note au passage la résonance très forte entre la doctrine sociale de l'Eglise, depuis l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII et ce modèle social européen aux valeurs fortes :
le travail n’est pas une marchandise, les corps intermédiaires préviennent l’inégalité des contrats, le faible voit sa survie garantie par la solidarité de la protection sociale."

La « flexicurité » influence désormais la conception des politiques sociales et d'emploi.
"Par "flexicurité", il faut comprendre (...) une vision qui concerne l'ensemble des personnes constituant la population en âge de travailler dans la perspective du cycle de vie : étant admis que ce cycle comportera davantage de changements et donc davantage de transitions (c'est l'aspect flexibilité), comment donner à chacun davantage de maîtrise de son parcours grâce au ressourcement professionnel et familial, grâce aux revenus de remplacement, grâce aux "accompagnements personnalisés" ( c'est l'aspect sécurité)...
Tony BLAIR, social-démocrate, par ailleurs anglican engagé et très sensible à la foi catholique, un défenseur farouche de la thèse de la responsabilité, est-il moins chrétien que Romano PRODI, chrétien social qui reste très attaché à l'appui que chacun doit continuer de trouver dans des solidarités de voisinage et auprès des partenaires sociaux ? (...)

Comment la conscience chrétienne nous oriente-t-elle dans ce contexte en pleine effervescence de créativité sociale ?
Dans des situations de plus en plus complexes, la manière compte autant que la finalité ou l'objectif. Récemment, à l'occasion d'une confrontation d'expérience, que nous avions organisé à Bruxelles sur les processus de réforme des systèmes de santé, j'ai été touché par un échange de vues entre des praticiens suédois, luxembourgeois, espagnols, portugais et lettons. L'enjeu était le contrôle de la qualité en vue de la maîtrise des dépenses de santé, dans le secteur hospitalier. Ici transparaissait non pas l'organisation, mais la manière suédoise, faite d'une interaction continue et réciproque, entre un organe central qui émet des normes de qualité et d'efficience pour certains protocoles coûteux et les 21 districts suédois gérés de manière décentralisée. L'organisation, c'était dans ce cas la décentralisation, comme c'est de plus en plus la règle pour des situations complexes. Mais la manière, ce qui a suscité le plus de questions et d'échange, c'était l'interaction entre les niveaux géographiques, entre les responsabilités médicales et gestionnaires, une manière ouverte au dialogue et où la décision se rattache à une évaluation. Cette distinction entre "organisation" et "manière", entre structures et modalités suggère que le charisme chrétien, si on peut ainsi le nommer ne se situe pas dans le vent violent des réformes et de leurs annonces, mais dans la brise légère de la mise en oeuvre concrète, longanime. de leur application. Pour qu'une société soit juste, il faut certainement d'abord que les principes normatifs collectifs qui inspirent ses règles et ses lois soient justes. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi que ces règles soient habitées par des justes."
La situation française
"Notre pays est certes plus laïc, mais sans doute moins profondément sécularisé que d'autres. Ce que nous perdons en visibilité institutionnelle (les Eglises ne font pas partie de l'appareil public), nous le gagnons en tant que composante chrétienne d'un pluralisme laïc. Les chrétiens font en France partie du corps social ; ils ont joué un rôle très actif dans la formation des institutions du social de notre pays. Souvenons-nous de l'extraordinaire discours de Martine AUBRY, à Lille en Septembre 2004, à l'occasion du centième anniversaire [des SSF], avec cette véritable litanie des réalisations pionnières en matière de prévoyance sociale, initiée en France par les militants sociaux chrétiens.
Nous serions bien mal venus, surtout nous exprimant comme Chrétiens, de céder au pessimisme, ou de rentrer dans la diatribe entre "décliniste' et partisans acharnés du "modèle français". Les Français, comme le montre le rapport qui vient d'être soumis par Jacques DELORS, président du CERC, au Premier Ministre intitulé "une France en transition", montre que les Français ont l'intelligence des changements nécessaires et qu'ils ont été d'importants ajustements de leur système social. Je pense particulièrement à la réforme récente des retraites, qui s'est attaquée au cœur de la difficulté à savoir l'allongement de la durée de vie au travail et l'inégalité de l'espérance de vie après le départ en retraite. Même la CGT, souvent citée comme bloc monolithique, est aujourd'hui le lieu d'un débat profond sur ce que constituent vraiment les intérêts matériels des travailleurs.
Je note ainsi qu'à Bruxelles, CGT, CFDT et CFTC font partie d'une même Confédération syndicale européenne, ce qui n'était pas le cas il y a 5 ans."

Ite missa est.

22 avril 2007

Onfray fraye avec le "grand fauve" et feint l'effroi...

Figaro
J’étais né pour être courtisan
Suzanne
On dit que c’est un métier si difficile !
Figaro
Recevoir, prendre, et demander, voilà le secret en trois mots.
Beaumarchais - Le Mariage de Figaro - acte II scène 2

"Tout fait signe. Les deux héros sont assis de trois-quarts, (ni face-à-face, ni dos-à-dos, ni côte-à-côte), sur deux chaises du mobilier national, elles-mêmes rapprochées sur un tapis circulaire (métaphore évidente de l’isolat intellectuel où nos deux grands esprits se sont rejoints, dépassant dans la méditation et l’échange leurs conflits initiaux). "
Blog "Modernes Persaneries"
Le 20 février dernier, Michel Onfray était reçu par Nicolas Sarkozy dans le cadre d’une initiative lancée par PHILOSOPHIE MAGAZINE.
Une idée follement amusante : l’intello emblématique de la gauche libertaro-altermondialiste qui appelle un jour à voter pour l’un, le lendemain pour l’autre et le surlendemain pour un autre encore, va discuter philo avec Sarko le postfacho ! What a scoop !
Qu’on se le dise, et si on ne se le dit pas, Onfray nous l’explique en long, en large et en travers dans son blog ; il a accepté cette entrevue pour une et une seule raison, il aime, que voulez-vous, il ADORE approcher les « grands fauves ».
Rien que d'y songer, maman, quels frissons !
A tel point qu’il aurait même accepté l’inimaginable – rencontrer, oui, RENCONTRER l’horrifique Le Pen :
« j’aurais même consenti à Jean-Marie Le Pen tant l’approche de l’un de ces animaux politiques m’intéressait comme on visite un zoo ou un musée des horreurs dans une faculté de médecine. »
Notre Onfray n'a pas que des neurones, il a aussi une sacrée paire de cacahuètes !
Mais comme faute de grives, on mange des merles, faute de Le Pen, notre philosophe dût se contenter de Sarkozy.
Néanmoins, Sarko, c’est tout de même un bien gros merle, si gros même que dans l’antichambre, notre gentil philosophe est propulsé des années en arrière, dans ses frayeurs infantiles, et devient le Petit Chaperon Rouge (« rouge », ho-ho-ho !) : « Je me trouvais donc dans l’antichambre du bureau de la fameuse grand mère Sarkozy, place Beauvau (…) » .
En guise de galette et de petit pot de beurre, le petit Onfray a apporté au grand méchant Sarko quatre cadeaux très mutins, joliment emballés s’il vous plaît, car il y a quatre loups dans l’animal :
« Au ministre de l’intérieur adepte des solutions disciplinaires : Surveiller et punir de Michel Foucault ; au catholique qui confesse que, de temps en temps, la messe en famille l’apaise : L’Antéchrist de Nietzsche ; pour le meurtre du père, le chef de la horde primitive : Totem et tabou de Freud ; pour le libéral qui écrit que l’antilibéralisme c’est « l’autre nom du communisme » ( il dit n’avoir pas dit ça, je sors mes notes et précise le livre, la page…) : Qu’est-ce que la propriété ? de Proudhon. Comme un enfant un soir de Noël, il déchire avidement. Il ajoute : « j’aime bien les cadeaux ». Puis : « Mais je vais donc être obligé de vous en faire alors ? »… Comme prévu. »
« Comme prévu » ! Il est maléfique, notre Onfray, il avait tout calculé ! Ha ! Quand la puissance de l’esprit l’emporte sur la force brute ! Chaque mot, chaque geste fait par le grand méchant Sarko est en réalité anticipé par les petites cellules grises du Petit Chaperon Rouge. Au tour du grand méchant Sarko de redevenir enfant – mais enfant comblé et non terrorisé -, et au tour d’Onfray de prendre le rôle du père – mais du père Noël et non du père Fouettard.
Le Philosophe a maté la Bête ! Le Philosophe est un dompteur émérite, car le début de cet entretien laissait craindre un affrontement de Titans :
« Grand Fauve blessé, il a lu mes pages de blog et me toise – bien qu’assis dans un fauteuil près de la cheminée. Il a les jambes croisées, l’une d’entre elles est animée d’un incessant mouvement de nervosité, le pied n’arrête pas de bouger. (…) Plus il en rajoute dans la nervosité, plus j’exhibe mon calme. »
« Premier coup de patte, toutes griffes dehors, puis deuxième, troisième, il n’arrête plus, se lâche, agresse, tape, cogne, parle tout seul, débit impossible à contenir ou à canaliser.
La force affichée masque mal la faiblesse viscérale et vécue. Aux sommets de la République, autrement dit dans la cage des grands Fauves politiques, on ne trouve semble-t-il qu’impuissants sur eux-mêmes et qui, pour cette même raison, aspirent à la puissance sur les autres. Je me sens soudain Sénèque assis dans le salon de Néron »
« Et je voyais là, dans le regard devenu calme du Fauve épuisé par sa violence, un vide d’homme perdu qui, hors politique, se défie des questions car il redoute les réponses, et qui, dès qu’il sort de son savoir faire politicien, craint les interrogations existentielles et philosophiques car il appréhende ce qu’elles pourraient lui découvrir de lui qui court tout le temps pour n’avoir pas à s’arrêter sur lui-même.Les soixante minutes techniquement consenties s’étaient allongées d’une trentaine d’autres. (…) Je trouvais l’heure venue pour offrir mes cadeaux. »
« Dans l’entrebâillement de la porte de son bureau, la tension est tombée. Qui prend l’initiative de dire que la rencontre se termine mieux qu’elle n’a commencé ? Je ne sais plus. Il commente : « Normal, on est deux bêtes chacun dans notre genre, non ? Il faut que ça se renifle des bêtes comme ça… ». Je suis sidéré du registre : l’animalité, l’olfaction, l’odorat. Le degré zéro de l’humanité donc. Je le plains plus encore. Je conçois que Socrate le plongerait dans des abîmes dont il ne reviendrait pas… Du moins : dont l’homme politique ne reviendrait pas. Ou, disons le autrement : dont l’homme politique reviendrait, certes, mais en ayant laissé derrière lui sa défroque politique pour devenir enfin un homme. »

C’est la fin de l’entretien. Somme toute, les deux hommes sont dans le même registre animalier : à l’un « l’approche des grands Fauves », à l’autre « les bêtes qui se reniflent ». C’est certes plus trivialement dit chez Mère-Grand Sarko.
Mais enfin, cette heure et demie passée à « se renifler » avait apparemment un petit goût de reviens-y, car
« Rendez-vous fut donc pris pour une seconde séance. Elle eut lieu au même endroit le Jeudi 1° mars. (…) Apparemment, Nicolas Sarkozy n’avait pas prévu que je revienne accompagné et m’attendait pour un petit déjeuner en tête à tête …
Nous ne parlons pas de sujets qui fâchent – politique, gaullisme, libéralisme, religion, présidentielles, ministère de l’intérieur- et commençons de plain pied avec Sénèque qu’un ami – probablement de qualité…- lui a conseillé de lire au moment de sa traversée du désert après l’aventure du soutien à Edouard Balladur.
Je conçois que ce livre puisse produire les meilleurs effets sur un homme du commun, mais sur un homme qui évolue dans les couloirs des officines les plus élevées de la République, je suis curieux de l’effet.
»
Notre Philosophe vient donc toujours en scientifique, qu’on ne s’y trompe pas. Il connaît tous les effets de la lecture de Sénèque sur le vulgum pecus. Sa grande curiosité intellectuelle l’amène à l’observation d’un « Grand » :
« Car on oublie cette vérité élémentaire que, derrière l’icône médiatique, la caricature journalistique, la réduction de l’image publique, les clichés qui constituent l’occasion d’une réputation, bonne ou mauvaise, les images qui amplifient l’amour des conquis ou développent la haine des opposants, il existe un homme de chair et d’os, d’âme et de peur, d’angoisses et de faiblesses, de fragilités et de névroses, un être qui entretient avec les fantômes de son enfance et les spectres de sa mort, ou de celle des êtres qui comptent pour lui, une relation intime dans laquelle tout est dit, mais codé, transfiguré par un inconscient qui enterre tout cela, ne laissant dépasser de temps en temps que des morceaux d’os et des fragments d’âme. »
Quand le Grand Méchant Loup a lu ces lignes, il a dû fondre en larmes et bêler comme l’agneau qui vient de naître. Sacré Onfray ! Comme il vous a disséqué le monstre sacré sans avoir l’air, en l’espace de deux séances ! Et il y va de son conseil, à la Sénèque (qui a éduqué le terrible Néron) :
« En politique, il n’y a que des alliances opportunistes, des amitiés de tactique, des liaisons de stratégie aussi vite conclues que dénoncées. Dans cet univers vipérin, chacun cache une dague dans sa manche et l’on n’est jamais poignardé que par ses plus proches – ici comme ailleurs. Faire de la politique pour être aimé est une étrange démarche, car, dans ce bassin de murènes, on récolte bien plus souvent la haine, le mépris, la détestation dans ce monde ci que dans d’autres où, pourtant, les passions tristes font aussi la loi. Je ne crois donc pas Nicolas Sarkozy quand il avance cette idée écran : la politique pour être aimé…. A l’évidence, quelque chose d’autre se cache derrière ce paravent. »
Mais comment ne pas entendre ce cri d’amour qui veut transpercer le paravent : « C’est moi, ton Ami ! ». Seul le Philosophe peut entendre l’immense solitude du grand Fauve !
« Sentant probablement mon accord avec lui sur la jubilation dans l’exercice de ces vitesses existentielles, il me demande : « vous êtes comme ça vous aussi, non ? ». J’acquiesce. Il ajoute : « Je m’en doutais. J’ai le regret de vous dire qu’on pourrait partir en vacances ensemble ! (…) Je sens que cette idée de vacances est un piège, non qu’il me le tende à dessein, - du moins je ne le crois pas, je l’imagine sincère à ce moment…- mais parce que cet entretien, si Philosophie magazine conserve ce moment-là, ne sera probablement vu et lu que par le prisme de cette invite en forme de boutade. Je me réveille un peu, n’étant guère du matin. Le rêve des vacances devenu cauchemar m’a sorti du brouillard… Dehors les bruits de la ville, l’activité du monde, la rumeur de Paris. Le petit déjeuner se poursuit dans le calme. Finies la nervosité et l’agressivité des premiers moments de la semaine précédente, finis les gestes qui trahissaient la contrariété, l’agressivité, l’agitation. Dans ce bureau du ministre de l’intérieur, dans cet emploi du temps de candidat aux présidentielles, de patron d’une formation politique de droite majoritaire, nous parlons de Cohen et Rabelais, de Céline et Schopenhauer, de Sénèque et Shakespeare… Inattendu. »
Onfray-Sénèque et Sarkozy-Néron dans les ors de l’Elysée ! Le Fauve Philosophe et le Fauve Politique, péripatéticiens modernes devisant dans les jardins somptueux du palais sous les regards impavides des gardes républicains...
Avant une prochaine visite, Onfray devrait relire le Britannicus de Racine, ça le ramènerait peut-être sur terre. A l’acte IV de cette pièce, Néron s’explique :
« J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer » . C’est ce que dans d’autres termes on appelle « le baiser de l’araignée » ou encore « l’étreinte mortelle ».
Mais il est vrai que
« Un bon courtisan peut, quand il est de race,
D’avance quinze jours flairer une disgrâce
»
Alexandre Dumas - Stockholm, Fontainebleau et Rome - Prologue

14 avril 2007

L'ordre de la "Société juste" contre "l'Europe apostate"


1) L'EUROPE APOSTATE
Au cours de la semaine du 25 mars, date anniversaire de sa signature, les 50 ans du Traité de Rome ont été fêtés avec pompes de Bruxelles jusqu'au Vatican.
Rien de tel qu'un anniversaire pour essayer une fois encore de faire oublier la monumentale claque de 2005 contre le Traité constitutionnel européen, ce clone du Traité de Maastricht.
Alors, tant qu'à faire, Joseph Ratzinger alias Benoît XVI, a choisi de faire une petite piqûre de rappel sur l'identité chrétienne de l'Europe lors de son discours devant un congrès européen réuni par la Commission des Conférences Episcopales de l'Europe sur le thème "Valeurs et perspectives pour l’Europe de demain" .
Il a expliqué en substance qu'on ne lui ferait pas manger sa tiare sur cette question fondamentale et qu'il avait les moyens de jouer les trouble-fêtes, car il a des alliés dans la place. Ratzinger n'y est pas allé avec le dos de l'encensoir : il a parlé du "risque d'apostasie de l'Europe" et appelé les responsables politiques chrétiens à "l'objection de conscience".
Voici quelques extraits de son discours :
"... on ne peut pas penser édifier une authentique "maison commune" européenne en négligeant l’identité propre des peuples de notre continent. Il s’agit en effet d’une identité historique, culturelle et morale, avant même d’être géographique, économique ou politique ; une identité constituée par un ensemble de valeurs universelles, que le christianisme a contribué à forger, acquérant ainsi un rôle non seulement historique, mais fondateur à l’égard de l’Europe. Ces valeurs, qui constituent l’âme du continent, doivent demeurer dans l’Europe du troisième millénaire comme un "ferment" de civilisation".
"... il apparaît toujours plus indispensable que l’Europe se garde d’adopter un comportement pragmatique, aujourd’hui largement diffusé, qui justifie systématiquement le compromis sur les valeurs humaines essentielles, comme si celui-ci était l’inévitable acceptation d’un prétendu moindre mal. "
"... lorsque s’ajoutent à ce pragmatisme des tendances et des courants laïcistes et relativistes, on finit par nier aux chrétiens le droit même d’intervenir en tant que tels dans le débat public ou, tout au moins, on dévalorise leur contribution en les accusant de vouloir sauvegarder des privilèges injustifiés. A l’époque historique actuelle, et face aux nombreux défis qui la caractérisent, l’Union européenne, pour être le garant valide de l’Etat de droit et le promoteur efficace de valeurs universelles, ne peut manquer de reconnaître avec clarté l’existence certaine d’une nature humaine stable et permanente, source de droits communs à toutes les personnes, y compris celles-là mêmes qui les nient. Dans ce contexte, il faut sauvegarder le droit à l’objection de conscience, chaque fois que les droits humains fondamentaux sont violés."

Ce discours est un acte politique en direction des responsables de l'Union européenne et en même temps un véritable rappel à l'ordre.
Angela Merkel (fille de pasteur...) a dès le lendemain donné raison au pape, s'excusant presque de ne pouvoir aller plus vite dans le sens de la reconnaissance des racines judéo-chrétiennes de l'Europe à cause "des profondes traditions séculières de séparation de l'Eglise et de l'Etat " qui existent en Europe.
Le président du Parlement européen et compatriote du pape, Hans-Gert Pöttering, le président polonais Lech Kaczynski sont bien entendu en parfaite osmose avec le discours prononcé le 24 mars à Rome.
Romano Prodi n'est pas resté les deux pieds dans le même sabot, puisqu'il a aussitôt réagi en proposant que soit "donné aux Eglises un rôle de consultation", car "en ces temps d'intégrisme, les Eglises sont un des éléments les plus stables de notre société".
A Rome, lors de ce congrès catholique, qui a aussi entendu Mario Monti, ancien commissaire européen, et Michel Camdessus, président des Semaines Sociales de France, des réseaux catholiques militants se sont fédérés : le ZDK (Centre des catholiques allemands), les intellectuels du groupe ZNAK en Pologne, les Semaines Sociales de France, l'Action Catholique Italienne, les Intellectuels Catholiques de Croatie et quelques autres.
A l'issue de leurs travaux, les 400 participants au congrès ont adressé aux chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres de l’Union européenne, au président du Parlement européen et au président de la Commission européenne une résolution dans laquelle il est notamment écrit :
"Il a fallu plus de cent ans à nos ancêtres pour construire une cathédrale pour quelques-uns; en cinquante ans, nous avons bâti une nouvelle « cathédrale » pour tous les Européens."
"Nous suivons avec attention le dialogue entre les chefs d’Etats et de gouvernements, le président du Parlement européen et le président de la Commission européenne afin d’envisager une solution commune qui permette de dépasser l’actuelle période de réflexion en Europe. Nous souhaitons que la solution institutionnelle qui sera atteinte sauvegarde la dignité humaine et les valeurs qui en dérivent, comme la liberté religieuse dans toutes ses dimensions, les droits institutionnels des Eglises et des communautés religieuses, et qu’elle reconnaisse explicitement l’héritage chrétien de notre continent."
"Nous demandons que l’UE soit guidée par les valeurs et les principes qui ont inspiré l’unification européenne depuis ses débuts. Il s’agit de la dignité humaine, l’égalité entre homme et femme, la paix et la liberté, la réconciliation et le respect mutuel, la solidarité et la subsidiarité, l’Etat de droit, la justice et la recherche du bien commun. Ils sont indispensables, en particulier dans un contexte de résurgence dans nos pays, de tendances nationalistes, racistes, xénophobes ainsi que des égoïsmes nationaux. Les institutions européennes devraient agir dans les domaines relevant de leur compétence, et non pas dans ceux qui relèvent des compétences nationales. C’est pourquoi nous appelons les Etats membres à respecter, dans le cadre de leurs législations démocratiques, la vie, de la conception à son terme naturel, et à promouvoir la famille en tant qu’union naturelle entre homme et femme dans le cadre du mariage. Le respect des droits civils et légaux des individus, ne doit pas porter atteinte à l’institution du mariage et à la famille comme fondement de la société."
Et pour conclure :
"Nous, chrétiens, nos communautés, nos associations et mouvements contribuerons par notre engagement à soutenir les initiatives qui respectent authentiquement la nature humaine créée à l’image et dans la ressemblance de Dieu, telle que révélées en la personne de Jésus-Christ et qui, dans cette optique, œuvrent de manière authentique en faveur de la réconciliation, de la paix, de la liberté, de la solidarité, de la subsidiarité, de la justice. Dans le processus d'intégration du continent, comme l’a rappelé le pape Jean-Paul II: « Il est capital de prendre en compte le fait que l'Union n'aurait pas de consistance si elle était réduite à ses seules composantes géographiques et économiques, mais qu'elle doit avant tout consister en une harmonisation des valeurs appelées à s'exprimer dans le droit et dans la vie. » (Ecclesia in Europa, 110).
Que le Seigneur bénisse l’Europe et que la Vierge Marie la protège."

31 mars 2007

saint Poldeux

DEUX ANS après la mort du pape, son procès en canonisation, ouvert par Benoît XVI quarante et un jours après sa mort, bat tous les records de vitesse. Lundi 2 avril, dans la cathédrale de Rome, le jour anniversaire de sa disparition, s'achèvera la première phase de ce procès en canonisation. Du niveau local, l'instruction passera à l'échelon supérieur. Elle arrivera aux mains de la congrégation pour la Cause des saints. À charge pour la « fabrique » des saints du Vatican de faire de Karol Wojtyla le quatre-vingt-septième pape bienheureux ou saint de l'Église catholique.
Il faut faire vite, car selon son ancien secrétaire, le cardinal Stanislaw Dziwisz, un danger plus grave pèserait sur le procès. La chasse aux anciens collaborateurs du régime stalinien dans le clergé polonais serait aussi « une manière de faire obstacle » à sa canonisation. Il a donc demandé à Benoît XVI de presser le mouvement.

C'est donc parti ! On nous annonce en faisant résonner hautbois et musettes que la béatification de Karol Wojtyla alias Jean Poldeux est en bonne voie (impénétrable bien sûr, comme toutes les voies du Seigneur). "Credo quia absurdum" (je crois parce que c'est absurde), disait Pascal ; en ce début de XXIème siècle, il serait comblé : on nage dans l'absurde et l'on pourrait aisément s'y noyer !
Une sorte de Star'Ac des miraculés a dû avoir lieu dans les coulisses feutrées du Vatican. And the winner is ... la Française Soeur Marie-Simon-Pierre, guérie selon l'Église d'une maladie de Parkinson et sélectionnée parmi plusieurs « miraculés ».
Elle avait de sérieux concurrents pourtant, la Marie-Simon-Pierre : Rafal, non pas l'avion mais un jeune Polonais atteint d'un cancer des noeuds lymphatiques, guéri après une audience privée avec Jean-Paul II, le 1er juillet 2004. La Canadienne Angela Baronni, souffrant d'un cancer de la moelle osseuse, qui avait rencontré le pape en 2002, lors des Journées mondiales de la jeunesse à Toronto et guérie peu de temps après. Emil Barbar né avec une paralysie cérébrale : emmené en 1980 par sa mère à Rome où Jean-Paul II leur avait conseillé de se rendre à Lourdes, Émile allait abandonner sa chaise roulante (dont les pneus étaient devenus neufs au passage) quelques semaines après avoir été baigné dans la source du sanctuaire ! Marcel, sérieux concurrent car Français aussi et miraculé aussi après la mort du pape : le lendemain d'une tournée des grands ducs début 2007, il a une tête de bois carabinée ; il répètera pendant deux jours et deux nuits "Jean-Paul deux-Jean-Paul deux", et pfuit, plus rien, plus mal à la tête, mieux qu'Alka-Seltzer ! Et bien d'autres que nous ne pouvons malheureusement pas citer, car les miracles, c'est bien connu, quand on en veut, on en trouve.
La "miraculée" a expliqué :
"Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'étais malade, et que maintenant, je suis guérie. Je vous dis que je suis guérie. Maintenant, c'est à l'Eglise de se prononcer et de reconnaître si c'est un miracle". On lui fait confiance...
Elle aurait été atteinte de la maladie de Parkinson depuis 2001 jusqu'au 2 juin 2005. Ce jour-là, elle dit à la mère supérieure qu'elle veut quitter son poste d'infirmière, à cause de la maladie.
La mère supérieure a alors l'idée du siècle : elle lui demande d'écrire "Jean-Paul II" sur une feuille. Elle obéit et écrit avec beaucoup de difficultés. Mais quand elle retourne dans sa chambrette, il se passe un truc formidable : "Quand je suis rentrée dans ma chambre, j'ai eu envie d'écrire, alors que pour moi, écrire était difficile. J'ai eu l'impression d'entendre une voix qui me disait: Prends ton stylo et écris". Ah ! Les voix ! Que ferait-on sans elles ? Le 3 juin, avant que sonnent les matines, hop, elle saute dans ses sandalettes : "Je me suis sentie complètement transformée, je n'étais plus la même intérieurement. Quelque chose qu'il m'est difficile de vous expliquer avec des mots tellement je ne peux pas dire, intérieurement ce que je ressens vraiment. C'était trop fort, trop grand. Un mystère." Ah ! Le mystère ! Que ferait-on sans le mystère ? Elle a couru de toutes ses jambettes voir ses soeurettes émerveillées, elle a arrêté son traitement et elle a repris le boulot.
Alors il y a, comme toujours, des rabat-joies. Le Dr Thobois par exemple, du service de neurologie du CHU de Lyon, un bien triste sire celui-là qui ne comprend rien ni aux voix, ni aux mystères. Rendez-vous compte, il ose affirmer qu'on "ne guérit pas de la maladie de Parkinson". Selon lui, il n'y a qu'une seule explication possible à la guérison "miraculeuse" de Marie-Simon-Pierre : elle souffrait sans doute d'un seul des deux seuls syndromes curables de la maladie.
"Il existe différents syndromes parkinsoniens", explique le Dr Thobois. "Seuls deux peuvent guérir : ce sont ceux qui sont induits par des médicaments, les neuroleptiques, et ceux qu'on appelle syndromes psychogènes, c'est-à-dire liés à un trouble psychologique".
Dans le premier cas, l'arrêt des médicaments entraîne la mort du syndrome. Dans le second, la disparition du trouble précède celle du syndrome, explique le Dr Thobois. "Il faudrait donc être certain" du type de syndrome dont souffrait soeur Marie-Simon-Pierre pour mieux comprendre la situation.
"La maladie de Parkinson en tant que telle, ou les syndromes parkinsoniens dégénératifs (liés à des dégénérescences de neurones au cerveau), ne sont pas guérissables" ajoute-t-il. "La maladie de Parkinson, c'est un ensemble. On améliore les symptômes, on ne guérit pas et on ne bloque la progression".
Mais la sainte fête aura lieu quand même. La Française a été sélectionnée, parce qu'elle fait partie de la bande des Petites Soeurs des maternités catholiques, adulatrices de Jean-Paul II et de son engagement en faveur de la « défense de la vie », c'est-à-dire de son engagement contre la contraception, l'avortement et le droit de mourir dans la dignité par l'euthanasie. La religieuse a été sélectionnée parce qu'elle est aussi française : « il se peut que la France ait été préférée, parce que c'est un pays auquel on ne s'attend pas », a déclaré sans rire l'ancien secrétaire de Jean-Paul II, le cardinal Stanislaw Dziwisz.
Quand on vous dit que la France est dans le colimateur du Vatican ! Ils veulent qu'elle redevienne "la fille aînée de l'Eglise" pour qu'ils puissent reconquérir ce que la République laïque, une et indivisible leur a fait perdre avec la loi de séparation.

RAISON DE PLUS POUR PARTICIPER AU BANQUET DU VENDREDI DIT "SAINT" LE 6 AVRIL A LA SALLE DES FETES DE LAUNAGUET (19h30) !
Vous pouvez lire le "témoignage" de la bonne soeur lauréate en cliquant sur ce lien :

24 mars 2007

Vendredi 6 avril Salle des Fêtes de LAUNAGUET

BANQUET DU VENDREDI DIT "SAINT" !
une contribution de Christian Eyschen et de Gérard Da Silva :

Il est une tradition dans la Libre Pensée, c’est de tenir des banquets gras le jour du vendredi dit « saint ».
Cette tradition manifeste une volonté de lutter contre tous les interdits religieux, dans le domaine alimentaire bien sûr, mais aussi dans tous les domaines de la vie quotidienne.
Ces banquets expriment la volonté de voir vivre une réelle liberté de conscience pour les citoyennes et les citoyens.

C’était hier…
Nina...
Le vendredi dit « saint », premier du genre, se déroula le 10 avril 1868.
Mais il y a toute une "genèse" de ces banquets.
A partir de 1867, la pianiste Nina de Villard (également connue sous le nom de Callias, celui d’un éphémère époux) est l'organisatrice de premiers banquets. Elle était célèbre pour ses concerts, salle Pleyel, où elle jouait Bach, Beethoven et Chopin.
Les banquets se déroulaient d’abord rue Chaptal, puis dans son hôtel particulier de la rue des Moines aux Batignolles. Elle y recevait Henri Rochefort, Villiers de l’Isle Adam, Anatole France, Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé, Charles Cros... Organiser le débat politique contre l’Empire était une des raisons d’être de ces banquets. Certains de ses membres participèrent à la Commune : Rochefort, Cros... Quant à Nina de Villard, perçue comme trop favorable à la Commune, elle devait choisir l’exil en Suisse en 1871 pour revenir en France l’année suivante.
C'est de ces années que date son magnifique portrait peint par Manet, qui participait régulièrement à ses banquets.

le salon de l'athée occitan...
Le poète Louis-Xavier de Ricard tenait, avec sa mère, un salon chaque vendredi. On y trouvait Villiers de l'Isle-Adam, Verlaine, Anatole France... Ricard, grand poète occitan, est connu pour le procès que lui fit Mgr Dupanloup pour outrages aux bonnes mœurs : le poète était athée. Défendu par Gambetta, il passa trois mois à sainte Pélagie (avec 1200 francs d’amende). La voilà, la religion, dès qu’elle a le pouvoir et en outre celui de juger du «politiquement incorrect»!
Du moins le procès lui donna-t-il une notoriété suffisante pour ouvrir son salon du vendredi. Lorsque le décès de son père entraînera, pour raisons financières, la fin du salon, le même groupe se retrouvera, dès 1868, chez... Nina de Villard.
De Ricard fut membre de la Commune, collaborant au Journal officiel de la Commune. Parmi ses fidèles amis, en ces années, figurait Rigault, futur procureur de la Commune.
les tout premiers, les pionniers...
Toutefois, les banquets vraiment annonciateurs de celui de 1868 sont sans doute ceux organisés à partir de 1862 par Sulpice-Guillaume Chevalier, plus connu sous le nom de Gavarni, dessinateur et lithographe, collaborateur au Charivari.
Il a l’idée d’organiser chaque vendredi un banquet littéraire au restaurant Magny. Il reçoit l’immédiat soutien de Sainte-Beuve. Le premier banquet se déroule le 22 novembre 1862 avec les frères Goncourt, le docteur Veyne, médecin attitré de la Bohème...
Pas plus de treize !
Au début, il ne fallait pas être plus de treize. Rapidement le succès devait permettre de dépasser le chiffre fatidique, lequel veut bien dire une volonté de dérision délibérée de la Cène. Symbole qui nous rapproche du vendredi dit « saint ». D’autant que les Goncourt, dans leur Journal, devaient donner la description suivante du second banquet, chez Magny : « Comme j’entre, je vois Flaubert qui accapare Sainte-Beuve, et qui, avec de grands gestes, essaie de convaincre de l’excellence de son oeuvre ! ». Ainsi les deux protagonistes majeurs sont déjà présents aux banquets Gavarni. Parmi les convives, on trouve également Taine, Gautier, Renan...
Ce sont des «esprits fort », des rationalistes, pas des contestataires de l’ordre social. Ce qui se vérifiera lors de la Commune.
Gavarni meurt en 1866. Mais ses amis ne rejoignent pas les banquets organisés par Nina de Villard.
Ils vont avoir une autre idée...
On les retrouve, bien entendu chez Magny, rue Mazet. On retrouve les deux « esprits forts » : Sainte-Beuve et Flaubert. On retrouve Taine et Renan.
Et nous sommes le vendredi « saint », ce 10 avril 1868...
Le chiffre 13, qui signifiait une Cène parodique, symbolique inoffensive, s’est changé en une volonté d’opposition à l’ordre catholique, lequel, avec le procès fait au poète de Ricard, vient de montrer son perpétuel visage d’Inquisition.
Pour plus de protection les convives ont décidé d’inviter le prince Napoléon.
De sorte que, face à la fureur de l’Eglise et de l’ordre des «politiquement corrects» du temps, ils auront une protection. Ces gens là ne bravent que les faibles, jamais les puissants.
Ainsi Sainte-Beuve put répondre que ce jour avait été choisi car le prince Napoléon «... n’avait pas d’autres soirs de libres ». Le fait est que le frère de ce dernier, Napoléon III (celui que Bismarck disait être une «grande médiocrité méconnue », formule généralisable à beaucoup) convoqua le blasphémateur pour le réprimander.
Pie IX lui-même fut interpellé. Il y avait bien des «truites saumonées» et des écrevisses à ce menu. Le «faisan truffé» pouvait passer.
Mais le «filet de bœuf, sauce madère», c’en était trop :
«Mon royaume (de Dieu) pour un filet de bœuf, de qui blasphème-t-on ? » !
Certes, ce soir-là, ce ne fut pas la Révolution.
Mais quelques hommes et femmes tout à la fois d’esprit et de bon appétit avaient délégitimé l’ordre moral ainsi que son fanatisme liberticide, tartufe adorateur du saint blasphème.

Et c'est aujourd'hui...
Vendredi 6 avril
Salle des Fêtes de Launaguet


-inscriptions avant le 31 mars-


BANQUET DU VENDREDI DIT SAINT


Thème : l’humanisme athée
Menu à 15 €
Apéritif, entrée, paëlla, fromage et dessert, vin et café
Chèque à l’ordre de Libre Pensée 31 à retourner à l’adresse du siège

17 mars 2007

La loi de séparation des Eglises et de l'Etat plus que jamais d'actualité !

66 % du denier du culte payé par l'impôt !

L’Eglise a lancé sa campagne 2007 pour le denier du culte.

On se souviendra avec intérêt qu'en Haute-Garonne ce sont près de 19 millions d’euros qui ont été versés en 2005 sous forme de subventions aux établissements privés, associations cultuelles et paroisses diverses (recensement non exhaustif effectué par la fédération de la Libre Pensée 31). Il s’agit de subventions versées par les municipalités, la région (76 lycées privés), le département… 19 millions d’euros pris sur les fonds publics pour financer des structures issues d’initiatives privées ! 19 millions d’euros pour cette seule année 2005 qui font cruellement défaut au secteur public dont les structures manquent chaque année davantage de moyens et d’enseignants !
Le diocèse de Toulouse explique néanmoins sans vergogne à ses brebis que « depuis 1906, suite à la rupture du Concordat, les besoins financiers de l’Eglise sont assurés par le denier » et que « contrairement à une idée reçue, l’Eglise catholique en France ne reçoit pas d’argent pour son fonctionnement, ni de l’Etat, ni du Vatican ».

L'archevêque de Toulouse se prend les pieds dans son mensonge, car dans le même document, il insiste sur le fait que 66 % du don est déductible de l’impôt sur le revenu avec exemple à l’appui :
tu files 150 € à ton curé, l’Etat te refile 99 € !
En clair, toi tu payes 51 € et l’Etat 99 € !
C'est-à-dire que sur 7 887 000 € à collecter pour le denier du seul diocèse de Toulouse en 2007, 5 204 420 € seront payés par l'impôt.
Elle n’est pas belle, la vie ?
Le slogan de la campagne du denier 2007, c’est « Pour l’Eglise non plus, l’argent ne tombe pas du ciel ! ».
Et pour cause, puisqu’il vient des caisses de l’Etat, c’est-à-dire des fonds publics, c’est-à-dire de nos poches, que l’on soit athée, agnostique, protestant, musulman… !
Comme quoi laïcité ouverte et bien ordonnée commence par soi-même.
CQFD.
(cliquer sur les images pour les agrandir)

10 mars 2007

samedi 10 mars : l'hommage des libres penseurs à Calas et à Voltaire

Après avoir avoir adressé les remerciements de la Fédération à M. SERP, qui représentait le maire de Toulouse, pour les changements apportés au positionnement de la plaque Calas, le Président de la Libre Pensée de Haute-Garonne a fait l'intervention suivante :

"Pour la Libre Pensée, ce rassemblement du 10 mars pour honorer la mémoire de Jean Calas, victime de l’obscurantisme religieux, et celle de Voltaire, son illustre avocat, est désormais une tradition.
Je rappelle rapidement les faits :
Le 12 octobre 1761, Marc-Antoine Calas, fils aîné d'un commerçant protestant de Toulouse, était trouvé mort dans le magasin de son père. Suicide ou crime, cette mort reste une énigme judiciaire.
Il semble que le fils Calas fut bien assassiné, mais pas par les siens et pas pour des motifs religieux.
L'enquête est faussée dès le départ par un préjugé anti-protestant : la rumeur publique veut que Marc-Antoine Calas ait voulu se convertir au catholicisme
Et que ses parents l'auraient tué pour cette raison.
Le père, Jean Calas, est condamné à mort et périt sur la roue le 10 mars 1762 ici, place Saint-Georges, après un supplice de deux heures.
VOLTAIRE croit tout d'abord à la culpabilité des Calas et à un excès du fanatisme huguenot. Mais les contradictions du jugement modifient très vite son opinion. Convaincu de l'innocence du père supplicié, il prend l'affaire en mains : il écrit son Traité sur la Tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas (1763). L'arrêt du Parlement de Toulouse est cassé en 1764 et Jean Calas réhabilité en 1765.
Je voudrais dire un mot sur d’autres affaires défendues par Voltaire :
L'affaire Sirven constitue la réplique de l'affaire Calas, à la seule différence qu'il s'agit de la fille de l'accusé. Mais les Sirven réussissent à s'échapper à temps et s'enfuient auprès de Voltaire, à Ferney.
Condamnés à être pendus, ils sont exécutés en effigie. Le philosophe diffère le lancement de cette affaire jusqu'au succès de sa campagne en faveur des Calas, par crainte que les deux causes ne se téléscopent et que l'efficacité de son action en faveur de Calas ne soit amoindrie. Il alerte en mars 1765 son ami Damilaville, et rédige son Avis au public sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven, qu’il envoie à Frédéric II, à divers princes régnants et à ses amis parisiens, en leur demandant de contribuer à la souscription qu'il lance pour les Sirven. L'appel présenté en 1766 au Conseil du Roi est rejeté. Il faudra sept années de lutte pour que le nouveau parlement installé à Toulouse en 1771 par le Chancelier Maupeou acquitte les Sirven.

Tout le monde connaît l’affaire du Chevalier de La Barre
Un juge d'Abbeville apprend que le chevalier de La Barre - son ennemi personnel – est passé devant une procession sans se découvrir. Il confond cette affaire d'impiété avec un sacrilège (mutilation d'un crucifix) dont il accuse sans preuve le jeune chevalier. Le 28 février 1766, La Barre est condamné à faire amende honorable, à avoir la langue coupée, à être décapité, puis brûlé. Le Parlement de Paris suit le rapport du conseiller Pasquier qui attaque violemment l'esprit philosophique en citant nommément Voltaire, dont le Dictionnaire philosophique figurait parmi les livres de l'accusé, et confirme par quinze voix contre dix la sentence, qui est exécutée le 1er juillet.
Voltaire écrit aussitôt une Relation de la mort du chevalier de La Barre à Monsieur le Marquis de Beccaria, qu'il fait d'abord circuler avec des précautions : en effet, le conseiller Pasquier a demandé que l'on brûle non seulement le Dictionnaire philosophique, mais aussi son auteur « que Dieu demande en sacrifice ».
Voltaire ne réussira pas à faire réviser ce jugement : la réhabilitation du chevalier de La Barre, réclamée dans ses cahiers de doléances par la noblesse de Paris, sera prononcée par la Convention en 1792.
Quand le roi de Prusse, Frédéric II, se félicitera en 1775 d'avoir vécu dans "le siècle de Voltaire", il saluera avant tout l'homme qui a le mieux incarné le siècle des Lumières. Voltaire donne au mot de « philosophe » une nouvelle dimension. Ecoutons-le :
"Le philosophe sait rendre la terre plus fertile et ses habitants plus heureux. Le vrai philosophe défriche les champs incultes, augmente le nombre des charrues, et par conséquent des habitants ; occupe le pauvre et l'enrichit, encourage les mariages, établit l'orphelin, ne murmure point contre des impôts nécessaires, et met le Cultivateur en état de les payer avec allégresse. Il n'attend rien des hommes, et il leur fait tout le bien dont il est capable."
La plupart des philosophes de l'époque ont eu le courage de leurs idées : Montesquieu avec L'esprit des Lois, Diderot et l'Encyclopédie, Rousseau et son Contrat social.
Mais Voltaire est le seul à apparaître comme un combattant de la liberté, car il est le premier à engager son nom et à mettre son énergie pour transformer des « faits divers » en évènements, en combat pour la défense de la dignité humaine. Il est le précurseur des « grandes causes ».
Lorsqu'on lui demande, en 1762, pourquoi il s'intéresse au sort du père Calas, injustement condamné, Voltaire répond : "C'est que je suis homme" et il lance aux juges : "Vous devez compte aux hommes du sang des hommes !".
En 1763, il présente son Traité sur la tolérance comme une "requête de l'humanité".
Je voudrais cette année dire un mot sur la formule de Voltaire : "Écrasez l’Infâme"
Cette formule célèbre conclut les lettres de Voltaire au fidèle Damilaville à l’époque de l’affaire Calas.
Dans les carnets de Voltaire, la devise, à force d'être familière, n'apparaît plus que sous la forme abrégée « Ecr. L’Inf. ». Voltaire invente même un M. Ecrelinf pour signer ses lettres les plus brûlantes.
Le mot "Infâme" concentre les têtes monstrueuses du fanatisme. Voltaire n'a de cesse d'en dépister les traces pour "rogner les griffes et limer les dents du monstre".
L'Infâme s'identifie à toutes les formes d'oppression intellectuelle et morale, à tous les dogmes arrogants, à toutes les certitudes tyranniques, mais désigne surtout la religion de la France, "toute catholique" depuis la révocation de l'édit de Nantes.
Voici ce qu'écrit Voltaire dans son Dictionnaire philosophique publié en 1764 à l'article "Fanatisme" :
"Le fanatisme est à la superstition ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste; celui qui soutient sa folie par le meurtre, est un fanatique.[...]Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés malgré eux : leurs yeux s'enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.Il n'y a d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal; car, dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir, et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés.[...]Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage; c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre.
Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?"

Tout Voltaire est dans cet article.

Dans cet article, il y a tout son combat contre l'obscurantisme religieux.
Revenons pour conclure à l’affaire Calas.
Voltaire a donc pris fait et cause pour la famille Calas, victime emblématique du fanatisme et de l’obscurantisme religieux. Il écrit à Damilaville :
« Vous dirais-je que tandis que le désastre étonnant des Calas et des Sirven affligeait ma sensibilité, un homme dont vous devinerez l'état à ses discours, me reprocha l'intérêt que je prenais à deux familles qui m'étaient étrangères! De quoi vous mêlez-vous ? me dit-il ; laissez les morts ensevelir leurs morts. Je lui répondis : J'ai passé ma vie à chercher, à publier cette vérité que j'aime. Je n'ai donc fait dans les horribles désastres des Calas et des Sirven que ce que font tous les hommes : j'ai suivi mon penchant. Celui d'un philosophe n'est pas de plaindre les malheureux, c'est de les servir.»

"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire", disait Jean Jaurès.
Voltaire avait ce courage.
Aujourd’hui il nous faut encore et toujours avoir ce courage pour promouvoir la laïcité institutionnelle, la séparation des Eglises et de l’Etat, seule garante de l’égalité des droits des citoyens dans la République une et indivisible, seule garante de la liberté de conscience.

C’est-à-dire promouvoir l’exact opposé de ce que cherchent à nous imposer l’Europe vaticane et ses institutions.


A la mémoire de Jean Calas et de toutes les victimes de l’obscurantisme religieux,

A la mémoire de Voltaire,


Salut et Fraternité
Ecrasons l’Infâme ! "



03 mars 2007

« Il faut écraser l’Infâme ! »

samedi 10 mars
hommage
à Calas et Voltaire
à 10h30
place saint Georges
square Jean Calas

En ce début de XXI° siècle, 245 ans après le supplice et l’exécution de Jean Calas le 10 mars 1762, la Libre Pensée de Haute-Garonne lui rendra hommage ainsi qu'à Voltaire, son illustre avocat, et à toutes les victimes de l’intolérance religieuse par-delà les siècles et les frontières.
Voltaire, qui a obtenu la réhabilitation de Calas en 1765, s’adressait dans son combat à ses contemporains mais aussi, tout à fait explicitement, à la postérité.
Le combat de Voltaire pour la réhabilitation de Jean Calas ne peut pas être limité au seul combat contre l’injustice.
Avec cette affaire, sa célèbre formule « il faut écraser l’Infâme » a pris chair et sang et le combat de la Raison contre l’obscurantisme et le fanatisme religieux pour obtenir la réhabilitation de Calas a pris de facto toute sa dimension historique.

Voltaire écrit dans son Traité sur la Tolérance (1763) :
« La nature dit à tous les hommes: Je vous ai tous fait naître faibles et ignorants, pour végéter quelques minutes sur la terre, et pour l’engraisser de vos cadavres. Puisque vous êtes faibles, secourez-vous; puisque vous êtes ignorants, éclairez-vous et supportez-vous. »
C’est en quelque sorte un début de définition de la laïcité.
En effet, contrairement à ce que continuent à penser et à véhiculer par exemple les partisans de la laïcité ouverte ou de la laïcité plurielle, la laïcité ce n’est pas les catholiques + les protestants + les juifs + les orthodoxes + les musulmans + les bouddhistes + les taoïstes, etc.
Certainement pas.
Dans notre société, on peut vivre sa spiritualité de trois façons : en étant croyant (en un ou plusieurs dieux), en étant agnostique ou même, figurez-vous, en étant athée.
On oublie très souvent ces deux dernières options qui sont pourtant loin d’être minoritaires.
On ne peut donc pas résumer la laïcité comme étant une « délimitation harmonieuse entre la sphère publique et le domaine religieux, laissant à chacun sa liberté de culte ».
Non. La laïcité c’est autre chose.
Croyants, agnostiques et athées doivent vivre ensemble comme étant mêmes citoyens d’une République laïque, une et indivisible.
Et cette vie commune doit assurer à chacun d’eux la liberté de conscience qui exclut toute contrainte religieuse, qui exclut toute contrainte idéologique.
La liberté de conscience relève du domaine privé.
Cette vie commune doit assurer à chacun d’eux l’égalité de droit quelle que soit l’option spirituelle du citoyen, égalité de droit incompatible avec la valorisation privilégiée d’une croyance.

Et c’est en cela que la loi de 1905 dite de séparation des Eglises et de l’Etat est un des principaux éléments fondateurs, un des piliers de la République laïque, une et indivisible, garante de l’égalité des droits pour chaque citoyen de Dunkerque à Collioure en passant par Limoges et bien sûr par Toulouse.

Selon certains - le ministre actuel de l’Intérieur par exemple, mais aussi le maire de Paris - l’émergence de l’islam impliquerait des modifications concernant l’application de la loi de 1905.
Mais si la loi de 1905 impose effectivement de « garantir le libre exercice du culte », elle précise par contre très clairement dès son article 2 que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

Financer la construction de mosquées à l’aide des fonds publics revient de fait à subventionner la religion concernée et implique donc de faire de même pour les autres religions qui ne se limitent pas après tout aux seules religions du Livre.
Disons les choses autrement : au nom de cette nouvelle donne, M. Sarkozy et quelques autres voudraient que le concordat de Napoléon, statut actuellement d’exception en Alsace-Moselle, soit généralisé à tout le territoire.
Bref que l’exception devienne la règle.
Mais le concordat, c’est l’exact opposé de la laïcité, principe d’unification des citoyens au sein de l’Etat et seule véritable garante de la lutte contre tous les intégrismes.

La laïcité est une condition nécessaire et incontournable de la démocratie politique.

Voltaire écrit encore dans le Traité sur la Tolérance :
« Attendons tout du temps (…) et de l’esprit de raison qui commence à répandre partout sa lumière ».
Il n’imaginait peut-être pas que 245 ans plus tard l’esprit de raison serait toujours en butte aux obscurantismes de tout poil.
L'affaire Calas est bien plus qu’une affaire.
Tout le génie de Voltaire est de l’avoir compris et d'avoir traduit dans les faits le combat de la Raison contre l’obscurantisme religieux et tous les cléricalismes.
Voilà le sens profond de ce rassemblement que la Libre Pensée organise chaque 10 mars square Jean Calas (place saint Georges).

« Il faut écraser l’Infâme ! »

24 février 2007

Holy wins (la sainteté gagne)


l'heure de la ré-évangélisation
est venue !
En octobre 2004, le journal "La Libre Belgique" publiait un article éloquent :
"Paris, nouvelle terre de mission de l'Eglise.
Jusqu'à la fin du week-end, la capitale française vit sous le signe de la Croix : la sainteté contre Halloween.Une ré-évangélisation qui se répètera à Bruxelles en 2006.
Le hasard fait bien les choses. En programmant le deuxième «Congrès international pour une nouvelle évangélisation» à la veille de la Toussaint, le diocèse de Paris fait coup double. Non seulement les églises mais aussi toutes les principales places et artères de la capitale française proches de lieux du culte feront le plein avec quelque 500 (!) manifestations différentes peu ou prou liées à l'Eglise, mais les catholiques ne cachent pas leur plaisir de faire la nique à Halloween et ses racines païennes. C'est tellement vrai que le sous-titre du congrès est «Holy Wins» («La sainteté gagne»)...
L'assertion est certes péremptoire et un tantinet triomphaliste mais cela ne signifie nullement que les catholiques crient victoire. C'est que pour l'heure, la sainteté aurait plutôt tendance à stagner. Certainement pour «la fille aînée de l'Eglise»: en France, le lundi de la Pentecôte est passé à la trappe et on a, surtout, promulgué une loi interdisant les signes religieux ostensibles. Voici quelque temps déjà, c'était en 2002, bien avant ces avancées dans la laïcisation de la société, un quatuor de cardinaux influents (ceux de Vienne, Paris, Lisbonne et Malines-Bruxelles), rejoints depuis lors par celui de Budapest, ont estimé que l'heure de la ré-évangélisation était venue.
Leur diagnostic? «Il y a un regain dans la quête de spiritualité et de religiosité dans les grandes villes européennes mais en même temps, nous percevons un recul de l'influence chrétienne sur la culture du continent. L'Eglise ne peut esquiver ce défi: il nous incombe de transmettre le message de Jésus-Christ de manière plus actuelle et plus adaptée à notre époque.»
Avec comme coeur de cible les jeunes mais aussi les pauvres et les marginalisés de la société.
Etre missionnaires en ville: tel était donc le pari. Il a déjà été relevé l'an dernier à Vienne et l'est jusqu'à lundi à Paris. L'an prochain, ce sera le tour de Lisbonne et en 2006, le Congrès fera escale à Bruxelles avant que l'on ne boucle la boucle dans la capitale hongroise en 2007.
L'Emmanuel coordonne...
Concrètement, pendant près d'une semaine, des participants venus du monde entier se retrouvent dans la capitale d'accueil pour des conférences, des discussions et des temps de réflexion. Mais l'objectif est d'aller bien au-delà et d'accompagner ce giga-happening catho d'élans plus missionnaires.
Pour ce faire, un appel a été lancé à l'ensemble des paroisses mais aussi aux ordres religieux, aux mouvements d'action catholique et aux communautés nouvelles. L'on sait que ces dernières ont le vent en poupe depuis le début du présent pontificat et il n'est donc point étonnant que les hiérarchies locales s'appuient aussi sur leur savoir-faire et sur leur enthousiasme récurrent.
C'est pourquoi l'initiative des Congrès est pleinement soutenue par la Communauté de l'Emmanuel, porte-drapeau s'il en est du Renouveau charismatique. Son influence est perceptible à l'oeil nu dans le programme des festivités mais il est vrai que leurs messes et autres rassemblements font toujours recette, contrairement à tant de paroisses où la baisse de la pratique se fait tragiquement sentir. Mais il y a plus: les cinq cardinaux ont confié la coordination et la continuité du projet quinquennal à l'Emmanuel. Tout au long de «Paris-Toussaint 2004» d'ailleurs, les «cha-chas» - comme on les surnomme affectueusement dans les milieux cathos BC-BG d'outre-Quiévrain... - sont en première ligne pour témoigner de leur foi tout en se retroussant les manches pour aider les exclus de la «grande ville». Car on sait que la foi sans les oeuvres est une foi morte..."

Après Halloween, c'est la fête des amoureux qui est aujourd'hui la cible de l'Eglise catholique. On a ainsi pu lire dans "Le Monde" du 28 janvier 2007 cet article :
"Une cinquantaine de paroisses, - sur la centaine que compte la capitale -, organiseront les 10 et 11 février des manifestations destinées à exalter l'"amour vrai".
Un dîner aux chandelles dans les cryptes de l'église Saint-Sulpice, des soirées "guinguette" ou des soirées "punch", des repas ponctués de témoignages de couples de tous âges devraient donner aux paroissiens parisiens l'occasion de réaffirmer les valeurs catholiques de l'amour que sont "la gaieté, la longévité, la fidélité", selon les organisateurs. "Avec cette opération, il s'agit de montrer que le projet de l'Eglise sur l'amour ne se réduit pas au discours moralisateur, fait d'interdits, qui ressort le plus souvent", indique-t-on à l'archevêché de Paris.
"Lors du dîner aux chandelles auquel nous convions des couples mariés ou pas, chrétiens ou pas, un couple qui a fêté ses soixante-dix ans de mariage viendra témoigner de cet engagement total et irréversible que constitue l'amour conjugal", explique le Père Olivier Ribadeau-Dumas, de la paroisse Saint-Jean-Baptiste-de-Grenelle, dans le 15e arrondissement.
La participation de couples mariés à ces "soirées en amoureux" entend promouvoir l'institution du mariage. Le nombre de mariages catholiques est passé de 281 786 en 1975 à 96 863 en 2004, tandis que celui des mariages civils enregistrait une baisse de 387 400 à 271 600 sur la même période. "Face à la peur de s'engager, ces couples démontreront que les gens mariés s'aiment et que les mariages tiennent", explique-t-on à l'association Les amis d'Edifa, co-organisatrice du week-end avec le diocèse de Paris.
Ce sera aussi pour les prêtres l'occasion d'accueillir des couples qui souhaitent se préparer au mariage ou des parents qui réfléchissent au baptême de leurs enfants. "La messe que je célébrerai le dimanche 11 février mettra l'accent sur le sens du mariage", ajoute le Père Ribadeau-Dumas, qui entraînera ensuite ses paroissiens sur les bateaux-mouches, réservés par l'archevêché.
Car la dimension familiale du dimanche sera respectée : une promenade sur la Seine, agrémentée d'informations sur la vie des saints parisiens, sera proposée aux familles. Les organisateurs attendent 2 000 à 3 000 personnes. La croisière s'achèvera à la cathédrale Notre-Dame, où Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, prononcera une exhortation, centrée sur un récit de la Genèse et la relation homme-femme."




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THEME :
L'HUMANISME ATHEE





18 février 2007

Hommage à Jean Calas et à Voltaire

Bonne nouvelle : la mairie de Toulouse a donné suite au courrier envoyé par la Fédération pour que la plaque inaugurée il y a deux ans soit changée et positionnée différemment. En effet, seuls les quadrupèdes pouvaient la voir... Le texte était par ailleurs très peu lisible.
C'est donc chose faite depuis quelques jours (voir photo).
Samedi 10 mars (l'heure restant à préciser), nous nous rassemblerons comme chaque année devant le square Jean Calas (place saint georges) pour honorer la mémoire de Calas, victime de l'obscurantisme religieux, et le combat mené par Voltaire pour sa réhabilitation. Vous trouverez ci-contre le lien permettant d'accéder à un site consacré à l'affaire Calas.