01 juin 2007

contre l'Europe vaticane, pour la tour de Babel des peuples

"Comment peut-on contester que l’Europe ait des racines chrétiennes ?
Derrière la morale laïque et républicaine française, il y a deux mille ans de chrétienté. Ce n’est pas militer pour une Église que de dire cela, c’est regarder l’histoire de France telle qu’elle est, et ce « long manteau d’églises » qui recouvre notre pays. La question de savoir si Dieu doit être dans la Constitution européenne ne se pose plus puisqu’il n’y a pas de Constitution. Donc, on ne va pas se battre là-dessus. Mais on ne peut pas ignorer les racines chrétiennes de l’Europe, ni celles de la France."

Nicolas SARKOZY
entretien paru dans Le Figaro du 17 avril 2007


"Et Yahvé dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et là confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres."
La Bible ; la tour de Babel, Gen. 11-6


Nous publions (exceptionnellement !) l'extrait d'un entretien avec Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, paru le 1er juin 2007 dans Valeurs Actuelles sous le titre combien éloquent "Préserver nos racines chrétiennes ; Ces églises qu’on abat" :

V.A. : Et le signe du divorce entre deux cultures, l’une laïque, l’autre chrétienne ?

Mgr Rey : Qu’on ne s’y trompe pas : la réflexion sur la laïcité est née du christianisme, qui a, dès l’origine, distingué le temporel du spirituel : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Cette distinction, bien comprise, ne signifie pas séparation [souligné par nous].

Elle ne doit pas être instrumentalisée en direction du laïcisme [NDLIBRE PENSEE / laïcisme : doctrine selon laquelle les institutions et l'Etat doivent être indépendants de toute religion ], c’est-à-dire du déni du religieux. Prescrire le retrait institutionnel du religieux, c’est se condamner à voir réapparaître le sacré dans des formes sauvages, hybrides et parfois violentes.

Cette intolérance nourrit des attitudes liberticides. Gardons en mémoire les heures sombres où l’athéisme érigé en système idéologique (nazisme, bolchevisme) a conduit au totalitarisme et à la destruction de l’humanité.

V.A. : Il y a donc une parenté entre le totalitarisme et le laïcisme ?

Mgr Rey : Oui. Le refus de Dieu conduit ultimement à la négation de l’humain, et le refus de la transcendance au totalitarisme.

La folle prétention de la société postmoderne à vouloir atteindre le ciel par ses propres ressources n’est pas sans rappeler l’histoire de Babel avec, pour conséquence, la confusion, la dispersion et, enfin, le déclin de l’humanité.


La révolution nous mit des muselières.
La France mania de ses mains familières
Nos gueules, et, mordue et souriant, nous prit,
Fière, et sans même avoir de plaie, étant l'esprit,
Elle nous a jetés dans une basse-fosse,
Moi prêtre, et toi tyran ; elle a déclaré fausse
Ma caverne, la foi, la guerre, ton palais ;
Elle a d'altiers dompteurs, Mirabeau, Rabelais,
Molière, Diderot, Rousseau, Danton, Voltaire.
Maintenant nous voilà, nous qui tenions la terre,
Tenus à notre tour par la France. Eh bien non !
À travers les barreaux de notre cabanon,
Frères, nous vous crions une bonne nouvelle :
L'orbe du soleil noir revient, et se révèle
Par un blêmissement farouche et triomphant ;
Victor Hugo - La Légende des Siècles

26 mai 2007

le contresens de Luiz Inacio Lula da Silva

A l'attention de toutes celles et de tous ceux qui ont été pris d'un gros doute après la visite de cinq jours de Benoît XVI au Brésil, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a tenu à affirmer haut et fort que "la laïcité figure dans la Constitution" et que le caractère laïque de l'Etat est bien une "garantie de continuité démocratique".
Très bien, dira-t-on. Mais attention à la suite : "Il est important d'avoir toujours comme principe, ici au Brésil, le respect des différentes religions. Nombre de religions sont représentées au Brésil et nous devons les faire coexister de la manière la plus respectueuse et la plus démocratique possible. Donc je suis convaincu que l'Etat laïque est une garantie de continuité démocratique pour le Brésil".
Les laïques brésiliens n'ont pas dû se sentir beaucoup plus rassurés par cette intervention qui présente la laïcité comme une simple juxtaposition des religions. Car la laïcité n’est pas l’addition des cultes telle qu’on la voit le dimanche matin sur une chaîne publique française. Non, la laïcité n’est pas acte de tolérance, politique d’insertion des prêtres, imams, pasteurs et rabbins comme acteurs de la vie publique que ce soit au Brésil, en France, en Turquie et partout ailleurs dans le monde.
Ce qui donne sa valeur universelle à la laïcité, c'est la garantie d’avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs au sein de la République (la "res publica", les affaires publiques) une et indivisible dans la mesure où la vie spirituelle de chacun relève strictement du domaine privé (que l’on soit croyant mono ou polythéiste, agnostique ou athée).

où l'on reparle de "l'ordre juste"...
Mais le président brésilien ne s'est pas contenté de ce contresens tristement commun à tous les partisans de la laïcité "ouverte et plurielle". Il a en effet ajouté, fort d'une discussion d'une heure sur les questions sociales avec Benoït XVI : "Beaucoup de gens disent ou écrivent que le pape est extrêmement conservateur. Mais, en réalité, le pape a eu un comportement révélant un grand engagement sur les questions sociales. Il a fait preuve d'un vif intérêt pour comprendre les problèmes propres au Brésil. Dans plusieurs discours, il a émis de profondes critiques à l'égard de la criminalité, la violence, l'abandon social dont sont victimes les pauvres dans le monde".
Le président Lula pèche par omission, car pendant sa visite de cinq jours, le pape a clamé "urbi et orbi" les principes connus pour intangibles de l'Eglise catholique sur l'avortement, l'homosexualité etc. Il a également fait part de sa "préoccupation devant des formes de gouvernement autoritaires, ou inspirées de certaines idéologies dépassées, et qui ne correspondent pas à la vision chrétienne de l'homme et de la société". Tout le monde, sauf Lula qui était occupé à autre chose à ce moment-là, a facilement reconnu derrière les mots papaux le Bolivien Evo Morales de Bolivie, l'Equatorien Rafael Correa, et bien sûr le Vénézuelien Hugo Chavez.
Dans la foulée, le pape a stigmatisé les "erreurs destructrices des tendances qui ont dominé le siècle dernier : les systèmes marxistes et capitalistes qui ont exclu Dieu de leur horizon" et qui à cause de cette négation n'ont pu mettre en place des "structures justes", car "des structures justes ne peuvent pas fonctionner sans un consensus moral de la société fondé sur les valeurs fondamentales."
Le Vatican négocie actuellement avec le Brésil un accord pour promouvoir l'enseignement religieux...

et pour finir : Benito el Conquistador
Lors de ce périple, Benoît XVI a enfin déclaré que les Indiens d'Amérique latine «attendaient silencieusement» de devenir des chrétiens lorsqu'il y a cinq siècles les colonisateurs espagnols et portugais ont envahi le continent et massacré des populations indigènes entières.
Rappelons simplement qu'en 1519, le Mexique comptait 25 millions d'habitants. 20 ans plus tard, en 1540, il n'en comptait plus qu'un million et demi... Ce qui fera dire à l'évêque de Mexico alors en place que les conquêtes étaient en réalité "d'épouvantables boucheries".
Benoît XVI voit les choses tout autrement :
"L'annonce de Jésus et de son Evangile n'a comporté à aucun moment une aliénation des cultures précolombiennes", a-t-il affirmé, ajoutant que «le Christ était le sauveur que les populations indigènes désiraient silencieusement».
Hallucinant.
Mais à ce moment-là, Luiz Inacio Lula da Silva dormait certainement du sommeil du juste...

la laïcité est bien une valeur universelle : la preuve par Izmir

Le 13 mai dernier à Izmir, cité portuaire sur les bords de la mer Egée - l'antique Smyrne - et 3ème ville de la Turquie, près de 2 millions de manifestants se sont rassemblés pour le maintien du régime laïque en vigueur.
Cette manifestation était la troisième après celles organisées en avril à Istanbul et Ankara.
Sous un soleil éclatant, nombre de manifestants portaient des banderoles antigouvernementales ainsi que des drapeaux turcs, rouge et blanc, et des portraits de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne et laïque dans les années 1920. Dans le cortège long de plus de 2 kilomètres, mais aussi aux fenêtres et aux balcons, sur les bus et sur les bateaux accostés dans la baie d’Izmir.
Les puissantes mobilisations qui se succèdent depuis un mois s’opposent à l’élection à la présidence de la République du candidat du Parti de la Justice et du Développement (AKP), Abdullah Gül, qui a finalement dû renoncer.
Des élections législatives anticipées ont été convoquées pour le 22 juillet et le Parlement a adopté un amendement constitutionnel visant à faire élire le Président de la République au suffrage universel direct. Un pas de plus vers une bonapartisation du régime – ce que nous connaissons bien en France depuis 1965 et l’instauration du « coup d’Etat permanent » par le général de Gaulle.
Les manifestants ont appelé les dirigeants des partis laïques divisés à s’unir contre le gouvernement Erdogan, qui cherche à imposer les valeurs religieuses au pays. On pouvait lire sur des pancartes « Non à la loi islamique, non aux coups d’Etat militaires : une Turquie démocratique » en protestation contre l’initiative de l’armée d’intervenir lors des élections présidentielles pour préserver la laïcité.
Le gouvernement Erdogan rejette l’accusation selon laquelle il aurait une « feuille de route » pour imposer la loi islamique aux Turcs. Il répond à cela qu’il a fait bien plus que beaucoup d’autres gouvernements pour appliquer des réformes à l’occidentale qui témoignent de ses efforts pour rejoindre l’Union Européenne et qu’il a travaillé en étroite collaboration avec le Fonds Monétaire International sur les réformes économiques.


Certains manifestants d’Izmir brandissaient des banderoles qui dénonçait l’Union Européenne et les Etats-Unis ; l’une parce qu’elle interfère dans les affaires intérieures de la Turquie, l’autre parce que ses forces d’occupation mettent un pays voisin à feu et à sang : l’Irak.

12 mai 2007

Armé de sa liberté de penser

VENDREDI 25 MAI
à 18h30
DERNIERE MINUTE
La Mairie de Toulouse vient de nous informer que la salle Castelbou initialement prévue pour la conférence de Jacques Lafouge était "réquisitionnée" pour un candidat aux législatives.
> LA CONFERENCE AURA DONC LIEU A LA SALLE CUVIER,

PRES DU LYCEE RAYMOND NAVES, ROUTE D'ALBI (1 bis rue Francis Lopez) toujours à 18h30.

CONFERENCE
de
Jacques LAFOUGE

Franc-maçonnerie
et
République


Jacques Lafouge, libre penseur, ancien Grand Maître du Grand Orient de France
(un article paru dans LA REPUBLIQUE DES PYRENEES le 3 Février 2007 )

" Je n'appartiens a aucun parti, à aucune religion : je suis un homme libre " : tel est le credo de cet infatigable apôtre de la liberté de conscience.
" J 'ai tous les défauts : je suis franc-maçon, libre penseur, humaniste et de gauche " glisse Jacques Lafouge avec un sourire.
" Et je n'appartiens à aucun parti : je suis un homme libre. Je n'ai même pas de téléphone portable ! " Il y a tout juste 10 ans, Jacques Lafouge était Grand Maître du Grand Orient de France, le premier issu du Sud-Ouest depuis un siècle. Initié à Bordeaux à 40 ans, il avait gravi tous les échelons de la plus importante obédience maçonnique française: " J’ai été élu Grand Maître après la crise de 1995. J’étais revenu de Colombie trois jours à peine avant le Convent, le grand rassemblement du Grand Orient. "
Ce proche de Patrick Kessel, le Grand Maître sortant, trouve alors une obédience déchirée. Pendant deux ans, il s'emploiera à lui faire retrouver sa sérénité et à clarifier ses finances. Jacques Lafouge poursuivra aussi au plus haut niveau son combat pour la liberté absolue de conscience. Le libre penseur rejoint ici le franc-maçon. " C'est mon passage à l'Immaculée Conception, à Pau, qui a fait de moi un libre penseur... ", précise-il avec son habituelle pointe d'humour. Parmi ses bêtes noires se trouve naturellement l'Opus Dei. " Les convictions s'avivent avec l'âge, on se radicalise... Lors de mes séjours en Amérique-du Sud, j'ai vu l'Opus Dei à l'œuvre : de l'économie à la politique en passant par l'enseignement, il est partout. Il règne par exemple sur le collège lntisana de Quito, qui forme l'élite du pays et toute la bonne société équatorienne. "
Aussi Jacques Lafouge ne baisse-t-il jamais la garde. Aujourd'hui, il termine un nouvel ouvrage. De dieu et d'autres balivernes du même tonneau et d'autres choses plus sérieuses : " Les trois grandes religions et leurs trois livres sont d'une grande immoralité. L 'homme a vocation d'être libre et le seul moyen de le libérer, c'est la laïcité ".
Chaque après-midi, Jacques Lafouge s'installe devant son ordinateur, dans son bureau face aux Pyrénées. Ces montagnes sont aussi le symbole d'une vie sans chaînes : son ouvrage le plus connu, Etre franc-maçon républicain aujourd'hui, avait été écrit face aux Andes. Car l'Amérique du Rio Grande à la Terre de Feu est l'autre grande passion de Jacques Lafouge, qui connaît parfaitement le sujet. Il planche actuellement sur le rôle de l'information dans la découverte et la conquête de ce continent et sur la rébellion de Gonzalo Pizarro. Des travaux que l’on retrouvera bientôt en librairie.

Jacques Lafouge n’aura jamais de retraite tranquille.

L'Empire de la Honte

Rapporteur spécial à l'ONU pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, auteur du livre réquisitoire «L'Empire de la honte», qui dénonce le nouvel «ordre cannibale» du monde, a donné l'idée au réalisateur autrichien Erwin Wagenhofer de réaliser un documentaire, lui aussi sans concessions, intitulé «We feed the world» (Nous nourrissons le monde), actuellement sur les écrans. Entretien avec un homme de combat à propos d'une cause qui nous concerne tous.

Jean Ziegler, où en est aujourd'hui la lutte contre la faim dans le monde ?
Elle recule ! Aujourd'hui, un enfant en dessous de dix ans meurt de faim ou de maladies liées à la malnutrition toutes les 5 secondes; en 2001, c'était un toutes les 7 secondes ... Cette même année, 826 millions de personnes ont été rendues invalides à la suite d'une sous-alimentation grave et chronique. Elles sont 841 millions aujourd'hui. Entre 1995 et 2004, le nombre des victimes de la sous-alimentation a augmenté de 28 millions de personnes. La faim est le produit direct de la dette puisqu'elle prive les pays pauvres de leur capacité d'investir pour leur développement économique, qui leur permettrait d'éradiquer la faim et la malnutrition. La faim est la principale cause de mort sur notre planète. C'est un assassinat de masse ...
Perpétré par qui ?
Par le nouveau pouvoir féodal, qui prend le visage des sociétés transcontinentales privées. Les cinq cents plus grandes sociétés capitalistes du monde contrôlent aujourd'hui 52% du produit intérieur brut de la planète. Cinquante-huit pour cent sont américaines. Ensemble, elles n'emploient que 1,8% de la main-d’œuvre mondiale et elles contrôlent des richesses supérieures aux avoirs cumulés des cent trente-trois pays les plus pauvres du monde. Leur unique moteur est l'accumulation de gains privés les plus élevés possibles dans le temps le plus réduit, l'extension conti­nuelle de leur pouvoir et l'élimination de tout obstacle social s'opposant à leurs décrets. Leurs stratégies de lob­bying, d'infiltration et de manipulation -des gouvernements, des parlements, de la presse et de l'opinion publique- sont incroyablement efficaces. Le capitalisme globalisé à l'échelle du monde prospère grâce à la faim et à la dette. Un cosmocrate n'a d'autre choix que d'être un prédateur sinon la concurrence le dévore.
Qu'est-ce qu'un cosmocrate ?
Cosmos et cratos sont des termes de grec ancien. Cosmos veut dire monde, cratos c'est le pouvoir ... Il n'y a jamais eu une telle concentration du pouvoir entre les mains de si peu de gens dans l'histoire de l'humanité.
Parlez-nous de la dette des pays pauvres. Pourquoi faut-il l'effacer ?
La dette est inique parce que les Etats pauvres sont obligés de rembourser des emprunts à des-taux prohibitifs. Il faut savoir que les pays pauvres versent annuellement aux classes dirigeantes des pays riches beaucoup plus d'argent qu'ils n'en reçoivent d'elles sous forme d'investissements, de crédit de coopération, d'aide humanitaire ou d'aide dite au développement. Par exemple, l'aide publique au développement consentie par les pays industriels du Nord aux cent vingt-deux pays les plus pauvres s'est élevée à 54 milliards de dollars en 2006. La même année, ces derniers ont transféré aux cosmocrates des banques du Nord 436 milliards de dollars au titre du service de la dette. Un exemple précis, le Brésil de Lula est obligé de payer une dette énorme pour les faramineux emprunts demandés aux banques internationales par la dictature corrompue qui a pillé le Brésil avant le rétablissement de la démocratie. Résultat: des milliers d'enfants brésiliens continuent de mourir de sous-alimentation, de malnutrition et de faim.
Comment notre agriculture tue-t-elle celle des pays du Sud et favorise-t-elle l'immigration ?
Prenons des exemples: au Sénégal, sur les marchés des grandes villes, vous pouvez acheter des légumes européens, des fruits européens pour un tiers des prix locaux. Or trente-sept des cinquante-deux États africains sont des États presque exclusivement agricoles. Le dumping européen détruit leur agriculture. Aucun paysan sénégalais ne peut s'aligner, même en travaillant comme une bête de somme. Que lui reste-t-il à faire ? Émigrer s'il en a encore l'énergie, émigrer au péril de sa vie en passant le détroit de Gibraltar. Le dumping économique détruit donc l'économie des pays et favorise le chômage, la mort ...
Mais la vente à perte des denrées alimentaires fonctionne aussi dans l'autre sens : tandis qu'en Europe les pommes pourrissent sur les arbres, on importe des Golden Delicious et des Breaburn de Nouvelle-Zélande et du Chili. Partout, c'est la petite et moyenne paysannerie qui trinque et met la clé sous la porte.
Le commerce équitable est-il une réponse ?
Il y a trois niveaux pour réagir à cet état de fait : pour les consommateurs conscientisés, acheter du commerce équitable, refuser d'acheter des légumes et des fruits hors saison, n'acheter que ce qui est produit dans votre pays ou dans votre région, sinon les acheter au travers des circuits du commerce équitable. Deuxième niveau, si on a de l'argent en donner à Médecins Sans Frontières, Terre des Hommes et au Secours Populaire, qui essayent d'alléger la misère. Troisième niveau, s'engager politiquement, lutter pour la suppression de la dette, exiger une autre politique agricole européenne.
Dans votre livre «L'Empire de la honte», vous prônez l'insurrection des consciences et vous faites référence à la Révolution française mais pas n'importe laquelle, celle de Gracchus Babœuf plutôt que celle de Robespierre, pourquoi ?
Babœuf est celui qui, dans la Révolution française, a tenu le discours le plus radical, c'est lui qui a repris l'idée du droit au bonheur, l'idée d'une révolution politique mais aussi économique, d'un bouleversement social qui conduit le peuple à la satisfaction de besoins élémentaires tels que manger et se loger. Il a été guillotiné. A son époque, c'était une utopie, il n'était pas possible de loger et nourrir tout le monde. Aujourd'hui, avec les progrès technologiques et scientifiques, on est en mesure de nourrir 12 milliards de personnes. Dans la réalité, un milliard et demi d'êtres humains souffrent de malnutrition. De l'autre côté, le nombre de riches augmente; en 2003 on comptait 7,7 millions de millionnaires en dollars, soit 500000 de plus qu'en 2002. Un pour cent des plus riches gagnent autant d'argent que 57% des personnes les plus pauvres de la Terre. Il y a quarante ans, 400 millions de personnes souffraient de la faim. Elles sont 840 millions aujourd'hui.
Comment en êtes-vous arrivé à des positions aussi radicales ?
Je suis issu d'un milieu bourgeois helvétique, d'origine alsacienne protestante. J'ai rompu très tôt avec ma famille. Enfant, j'ai été conscient de l'injustice sociale car là où je vivais, je voyais les ouvriers s'échiner au travail, les enfants abandonnés, la pauvreté ... Plus tard, j'ai exercé mon premier travail au Congo en tant que petit employé de l'ONU, c'était en 1964. Et j'ai vu des gens mourir devant moi, assassinés ... Alors je me suis juré que, quoi qu'il arrive, je lutterai contre ça. Quelles sont les forces auxquelles vous devez vous affronter dans votre travail à l'ONU ? Forces financières, politiques, bureaucratiques ?
Des forces terribles ! Je reviens du Guatemala. Là-bas, le revenu par habitant est de 5 000 dollars par an, ce qui est beaucoup. Or 19% des familles guatémaltèques possèdent, en collaboration avec les trusts américains, 72% des terres arables.
La plaine du Pacifique est couverte de melons, de bananes, de plantations de café latifundiaires ... et dans la montagne, sur des champs en pente, sans engrais, sans eau, les Mayas essayent de survivre en plantant du maïs. Quatre-vingt-cinq pour cent de la population guatémaltèque ,est constituée par ces Mayas. A 30 ans, les femmes ont l'air d'en avoir 80, les gosses souffrent de malnutrition, 90 000 d'entre eux sont morts de faim en 2006. Là-bas, on ne parle même pas de réforme agraire, les syndicalistes agricoles sont physiquement éliminés, trois évêques qui aidaient les paysans sans terre ont été assassinés récemment. Là, le problème c'est de lutter pour le cadastre. C'est-à-dire pour que l'Etat accepte que les Nations unies établissent un registre de la terre. Car les latifundiaires font reculer les terres mayas avec l'aide des pistoleros. Ils sont aidés en cela par le fait qu'il n'y a pas de registre foncier au Guatemala. La lutte maintenant, c'est d'obtenir de la Banque mondiale des crédits pour louer des hélicoptères pour que des géomètres puissent faire des relevés des propriétés actuelles. Alors, et seulement alors, pourra commencer la bataille pour la redistribution de la terre, pour la réforme agraire. Dans ce combat, les Américains ont demandé ma révocation, en disant que je dépassais mon débat. Quand j'étais dans les territoires occupés-palestiniens, les Américains et les Israéliens ont demandé que je sois révoqué également.
Avez-vous subi des menaces physiques ?
Oui, bien sûr, mais je ne veux pas en parler. Je connais tellement de gens qui mettent chaque jour leur vie en péril dans la lutte sur le terrain que moi, avec mon statut, je suis un privilégié parmi les privilégiés.
Quelle est la solution pour sortir le monde d'un tel marasme ?
Saint-Just disait: « Entre le peuple et ses ennemis, il n'y a rien de commun, rien que le glaive. »
Le glaive qui sépare et qui tranche ... Il faut recommencer la révolution. Entre la justice sociale planétaire et le nouveau pouvoir féodal, la guerre est permanente et l'antinomie radicale. Marat écrit « l'opinion est fondée sur l'ignorance et l'ignorance favorise extrêmement le despotisme ». Informer, rendre transparentes les pratiques des maîtres est la tâche première de l'intellectuel. Je ne suis pas un leader syndical, ni un chef de mouvement de libération. La destruction de l'ordre cannibale du monde est l'affaire des peuples. La guerre pour la justice sociale planétaire est à venir. L'espoir, l'espérance, c'est l'insurrection des consciences !

Entretien réalisé par et publié dans FO HEBDO

05 mai 2007

Franc-Maçonnerie et République

CONFERENCE
de
Jacques LAFOUGE

Vendredi 25 mai

à 18h30
salle Castelbou
22, rue Léonce Castelbou
à Toulouse



Le 1er mai dernier, les Francs-maçons du Grand Orient de France ont rendu hommage aux Martyrs de La Commune de Paris et à tous leurs Frères qui se sont massivement engagés, notamment le 29 avril 1871, pour que l’idéal de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, la devise inscrite sur le fronton des édifices publics, passe des bas-reliefs à la vie concrète.
Les Francs-maçons et les libres penseurs ont été les actifs bâtisseurs de la République laïque, une et indivisible, ce qui s’est illustré avec éclat par la rédaction et l’adoption de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat.
Nous publions ici des extraits de l’intervention faite par Jacques LAFOUGE lors du meeting qui s’est tenu le 1er octobre 2005 à Paris, salle de la Mutualité

DES LUMIERES A LA LOI DE 1905
UN BESOIN DE LIBERTE ET DE JUSTICE
Ce qui amène à la Liberté, c’est la Raison. Elle est le moteur du Progrès. On a vu à quels excès menaient la révélation et ses interprétations perverses.
On a vu brûler Michel Servet, Giordano Bruno, se rétracter Galilée, on verra rouer de la Barre. Où est la vérité, où est l’humanité ? Il faut se laisser éclairer. L’autre ne peut-il avoir raison ? Le doute construit beaucoup plus que le fanatisme et la superstition. Ces principes vont éclairer tous les domaines de la vie sociale.
La vie politique d’abord. La France vivait depuis des siècles sous le régime de la monarchie absolue, ou plus exactement qui était devenu de plus en plus absolue.
Jusqu’à Louis XIII, le roi était le dernier recours du peuple contre les abus de la noblesse ou du clergé, mais en même temps ses pouvoirs étaient limités par toute une série de contre pouvoirs qui allaient de la résistance des Parlements, quand cela était nécessaire, aux coutumes locales qu’il était difficile de transgresser. Tout changea avec Louis XIV. La monarchie, d’absolue, devint despotique, et ce au moment même où le mouvement des idées tendait à remettre en cause les anciens schémas. (…)
Ce qui naît? c’est un besoin de plus de justice et de liberté qui reposera sur un système garantissant les libertés civiles.
Diderot l’exprimera en deux phrases :
- « la puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation » ; en d’autres termes, on ne peut reconnaître d’autorité légitime que consentie par les citoyens eux-mêmes dans le cadre d’un pacte social, - « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres ».
Il ira encore plus loin dans ce qu’il écrit à Catherine II de Russie :
« Il n’y a point de vrai souverain que la nation. Il ne peut y avoir de vrai législateur que le peuple. Il est rare qu’un peuple se soumette sincèrement à des lois qu’on lui impose. Il les aimera, les respectera, il y obéira, il les défendra comme son propre ouvrage, s’il en est lui même l’auteur. Ce ne sont plus les volontés arbitraires d’un seul ; ce sont celles d’un nombre d’hommes qui ont consulté entre eux sur leur bonheur et leur sécurité ».
Voltaire ajoutera : « Nous sommes tous également hommes, mais non membres égaux de la société ».
L’idée de la République était donc dans l’air pour certains comme Rousseau ou Diderot, ou sous forme d’une monarchie constitutionnelle pour Montesquieu ou Voltaire.
Toutefois le pouvoir veillait afin d’exercer sur les idées une surveillance efficace. L’état entretenait « une armée de censeurs stipendiés » dont neuf pour la seule Encyclopédie. Celle-ci fut brûlée en place publique et l’Esprit des Lois de Montesquieu mis à l’index. Ce que Beaumarchais faisait dire à Figaro : « Pourvu qu’on ne parle ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, on peut tout publier librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs ».

LA PROLETARISATION DE LA SOCIETE
Or dans le même temps se produisait la seconde révolution industrielle qui vit le développement de ce qu’on appelait à l’époque les fabriques, qui vont multiplier les produits offerts, donc multiplier les consommateurs potentiels, dans le même temps que va se produire un immense déplacement de population, de prolétarisation des campagnes vers les villes, prolétaires dont il faudra aussi faire des consommateurs.
Si on dénonce la misère du Peuple et les injustices on reconnaît la valeur du travail ce qui amène tout naturellement à réclamer l’abolition des privilèges attribués à la noblesse et au clergé.
Rousseau dit à ce sujet : « Tous veulent que les conditions soient égales pour tous, et la justice n’est que cette égalité ». (…)
Mais au delà de la lutte contre l’absolutisme royal et contre les entraves au développement économique empêchant la marche du progrès, c’est contre le fanatisme et la domination du clergé que les attaques sont les plus violentes et en cela tous les auteurs des Lumières convergent. Ils s’en prennent avec virulence aux dogmes incompatibles avec la raison, aux rites, puisqu’ils finissent par déchirer les hommes, au clergé plus soucieux de pouvoir temporel que de religion.
Helvétius écrira : « Qu’on jette les yeux sur le nord, le midi, l’orient et l’occident du monde, partout on voit le couteau sacré de la religion levé sur le sein des femmes, des enfants, des vieillards ; et la terre fumante du sang des victimes immolées aux faux dieux ou à l’Etre Suprême, n’offrir de toutes parts que le vaste, le dégoûtant et l’horrible charnier de l’intolérance ».
Voltaire ajoutera quant à lui dans sa Prière à Dieu : « Tu ne nous a pas donné un cœur pour nous haïr ni des mains pour nous égorger ».
Il en découlera tout naturellement une évolution des esprits vers une sorte de déisme panthéiste pour lequel Dieu est partout présent dans la nature, ceci sans révélation, ou bien vers l’athéisme.
Dieu est déboulonné de son piédestal de fanatisme et d’intolérance et devient un objet philosophique.
Ces abus des religions, Diderot y proposera un remède dans son Discours d’un philosophe à un roi : « Vous avez, me dites-vous, des philosophes et des prêtres ; des philosophes qui sont pauvres et peu redoutables, des prêtres très riches et très dangereux. Vous ne vous souciez pas trop d’enrichir vos philosophes, parce que la richesse nuit à la philosophie, mais votre dessein serait de les garder ; et vous désireriez fort d’appauvrir vos prêtres et de vous en débarrasser. Vous vous en débarrasserez sûrement et avec eux de tous mensonges dont ils infectent votre nation, en les appauvrissant ; car appauvris, bientôt ils seront avilis, et qui est-ce qui voudra entrer dans un état où il n’y aura ni honneur à acquérir, ni fortune à faire ? ».
On voit bien qu’Emile Combes n’inventera rien lorsqu’il confisquera les biens du clergé.
Je crois que c’est à partir de là qu’a été formulé clairement le principe de laïcité : séparation des Eglises et de l’Etat accompagné de la liberté absolue de conscience et de culte.

L'INSTRUCTION DONNE A L'HOMME DE LA DIGNITE
La Loi doit toujours rester au dessus de la foi, pour cela il faut éduquer les hommes et promouvoir l’esprit critique et l’exercice de la raison. Pour cela, il faut développer l’éducation.
D’Alembert dit : « Le genre humain doit gagner à s’instruire » ; et Diderot ajoute : « L’ignorance est le partage de l’esclave et du sauvage. L’instruction donne à l’homme de la dignité ; et l’esclave ne tarde pas à sentir qu’il n’est pas né pour la servitude ».
On reconnaîtra au passage une phraséologie qui sera celle de la Révolution : sortir de l’oppression et de l’esclavage, briser ses chaînes, qui finalement donnera la symbolique du bonnet phrygien.
C’est à Condorcet que revient l’honneur en 1792 de préconiser, dans son Mémoire sur l’Instruction publique présenté à l’Assemblée Législative, une école publique indépendante du pouvoir religieux, ce que reprendra un siècle plus tard Jules Ferry. Condorcet prévoit également que les filles devront recevoir la même éducation que les garçons, précision novatrice, car les philosophes des Lumières n’avaient pas cru bon de demander pour les Citoyennes les mêmes droits politiques que pour les Citoyens.
La Révolution commença la mise en application des principes énoncés par les Lumières. Le décret du 3 Ventôse An III disposait que la République ne salarie aucun culte. La Loi du 7 Vendémiaire An IV prohibait les manifestations extérieures de la religion. Le Directoire décidait de ne fournir aucun local pour l’exercice d’un culte, ni de loger aucun ministre de ces mêmes cultes.

Et ensuite ?
Et ensuite alors que tout avait si bien commencé dans l’énonciation des principes vint un siècle de tristesse.
Napoléon Ier, le liberticide, d’abord qui commença par rétablir la censure, ce que font tous les dictateurs lorsqu’ils arrivent au pouvoir, créa une nouvelle noblesse et signa un concordat avec le Vatican. Ce n’était rien à côté de la Restauration. Louis XVIII, Charles X et la noblesse revenue de l’exil, qui n’avaient rien appris ni rien retenu, firent régner la Terreur blanche et tinrent les Lumières pour responsables de la Révolution.
Toutefois les souffrances endurées permirent l’apparition d’un esprit de résistance. Malgré la censure et la police, les Républicains qui feront 1848 se nourrissent des Lumières.
La IIème République, à la vie si courte, recherchera le bien du Peuple et sera violemment anticléricale.
Napoléon III le Petit chaussera les bottes de son oncle, s’apercevra un peu tard qu’elles lui faisaient mal et disparaîtra dans la débâcle de 1870.
La Commune au cours de sa vie si courte tentera en vain de reprendre le flambeau des Lumières, mais elle aura néanmoins le temps de décider de nouveau de la séparation de l’église et de l’Etat..
Il faudra attendre que la IIIème République, d’abord surnommée « la Gueuse » par les cléricaux, s’affermisse pour qu’enfin naisse la Loi du 9 Décembre 1905, garante de la Liberté et de la tranquillité publique.

C’est dire qu’en 1905, l’union du Cœur et de la Raison a enfin été célébrée.

24 avril 2007

L'ordre de la "Société juste" contre "l'Europe apostate"

2) LA SOCIETE JUSTE
"Nous, chrétiens en Europe, considérons que cet espace de paix, de prospérité et de solidarité que visait l'établissement de la Communauté Economique Européenne en 1957 est désormais globalement réalisé, mais l'aboutissement du projet en une véritable Union politique est toujours en souffrance. Seule une telle Union nous permettra de relever les défis nouveaux auxquels nous sommes confrontés. Beaucoup craignent qu'elle ne se réduise à une simple autorité de régulation des marchés. En effet, les gouvernements des Etats membres se comportent pour l'instant en rentiers, vivant sur cet extraordinaire héritage, mais tardent à tracer de nouvelles perspectives pour l'Europe."
Déclaration du Groupe IXE, mars 2007


Qu'est-ce que le Groupe IXE ?
En mai 2000, les Semaines Sociales de France et le Comité Central des Catholiques Allemands, le ZdK, signaient un Manifeste pour une conscience européenne. Leurs objectifs ?
- Constituer un lieu d'observation critique de l'évolution de la construction européenne,
- être un lieu de réflexion en référence aux principes de la pensée sociale de l'Eglise pour s'exprimer et faire des propositions,
-mobiliser pour contribuer au succès de grandes manifestations à dimension européenne.
Depuis juin 2002, ce réseau est animé par un Groupe de Travail composé des représentants de douze pays européens et de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (COMECE) et a pris le nom d' "Initiative de Chrétiens pour l'Europe" (IXE).

Michel CAMDESSUS , Président du Fonds monétaire international de 1987 à 2000, Gouverneur Honoraire de la Banque de France en est un membre éminent, et même l’épine dorsale. Sa seule présence donne tout le poids politique de l’IXE et en fait un réseau plus qu’influent.
En 1905, l’Eglise a été chassée des affaires publiques par la grande porte grâce à la République, aujourd’hui elle revient par la fenêtre grâce à l’Union européenne.
L’IXE fait un constat, suite à la victoire du NON de mai 2005 :
"Au lendemain de l'élargissement de l'Union européenne de 2004 qui aurait dû être porteur d'espoir, l'Europe est aujourd'hui confrontée au doute et à la peur. Les difficultés du contexte international, le vieillissement démographique et la montée de l'individualisme et des égoïsmes nationaux fragilisent cette construction."
"A la veille du 50ème anniversaire du Traité de Rome, que constatons-nous ? La dynamique européenne est bloquée. L'adoption de l'euro a été un succès mais la réunification historique qu'a réalisée l'Union européenne avec l'adhésion de douze nouveaux Etats membres n'a pas été accompagnée par les réformes institutionnelles nécessaires à son bon fonctionnement, réformes pourtant en chantier depuis 15 ans.
Pourquoi une telle situation ? Le projet européen dispose dans certains pays de moins de soutien et d'adhésion des citoyens. Leur désenchantement à l'égard de l'Europe s'exprime presque partout dans la faible participation aux derniers scrutins européens et constitue la cause majeure du rejet du Traité constitutionnel par deux des États fondateurs - la France et les Pays-Bas - et, au-delà, de la crise actuelle.
"

L’IXE a ses exigences :
"Au-delà des adaptations institutionnelles, nous attendons des chefs d'Etat et de gouvernement qu'ils définissent une véritable Ethique de la gouvernance européenne :
- en préparant les opinions publiques à vivre dans un nouveau cadre institutionnel et à s'approprier les enjeux de l'Europe réunifiée,
- en renouvelant la coexistence dynamique entre les institutions européennes et les gouvernements nationaux pour éviter la renaissance des souverainismes,
- en réapprenant la subsidiarité, ce qui suppose une responsabilisation des acteurs, notamment au niveau régional, local, et de la société civile.
La transformation des consciences à l'égard de l'Europe suppose une réhabilitation du politique et une mobilisation des tous les acteurs potentiels d'une communication positive (…). Nous pensons que ce changement des mentalités ne dépend pas seulement de nos dirigeants politiques. A leur niveau, les acteurs de la société civile doivent aussi prendre des initiatives.
"
Ce qui est étonnant, c’est la similitude, pour ne pas dire les « copier-coller » entre ce texte de l’IXE et le Livre Blanc sur la Gouvernance de l’Union européenne paru en 2001.

Crise de la protection sociale ou crise du modèle social européen ?
Les dernières Semaines Sociales de France, qui se sont tenues à Paris les 24 et 25 novembre derniers, nous donnent les clefs, non pas de Saint Pierre, mais de ce mystère. Le bientôt nouveau président des Semaines Sociales de France, Jérôme Vignon, qui succèdera en 2007 à Michel Camdessus, y fait une conférence intitulée "Crise de la protection sociale ou crise du modèle social européen ? La conscience chrétienne peut-elle nous aider à répondre aujourd’hui à la question « qu’est-ce qu’une société juste ? »"
Jérôme Vignon, issu de Polytechnique – X = IXE ! -, est haut fonctionnaire à la Commission européenne. Il a été conseiller au secrétariat général de la Commission européenne sur les réflexions concernant la gouvernance européenne et il a donc été le chef de l'équipe Gouvernance qui a préparé le Livre Blanc. De 1974 à 1978, il préside le MCC (Mouvement Chrétien de Cadres et dirigeants). C’est un fidèle-fidèle de Jacques Delors : il est membre de son cabinet quand il est ministre des finances du gouvernement Mauroy, puis il devient en 1984 son collaborateur à la Commission de Bruxelles. Il est actuellement directeur à la Commission européenne chargé de la protection sociale et de l'intégration. Il préside les Assises chrétiennes de la mondialisation (ACM) qui regroupent les mouvements laïcs chrétiens français.
Voici donc quelques extraits de cette conférence édifiante. Qui veut, comme dirait Rabelais, « rompre l'os et sucer la substantifique moelle » de cet exposé, y retrouvera sans peine les arômes et les saveurs non seulement du Livre Blanc sur la Gouvernance de l’Union européenne, mais encore des déclarations des différentes institutions vaticanes sur le sujet et enfin des positions de certain(e)s candidat(e)s aux plus hautes fonctions de l’Etat. La parole est au Révérend père Vignon, "homme de gauche" et (très) haut fonctionnaire de l'Union européenne :
"Quelle contribution attendre des Chrétiens à l'orientation vers une société de justice, dans le contexte de "crise du modèle social" qui est le nôtre ? La démarche consistera à situer les Chrétiens comme partie prenante à un débat sur la justice qui ne nous a pas attendu. Nous devons en prendre acte pour mesurer où notre engagement est requis, où les Chrétiens pourraient apporter une "contribution", nourrie de l'esprit des Béatitudes. Pour faire simple, la démarche que je propose distingue entre la question d'une société juste(qui est l'expression en démocratie pluraliste d'un socle de principes communs normatifs, un peu comme un socle constitutionnel) et celle d'une société bonne qui prend parti, au-delà des principes communs, sur les actions concrètes qui donnent vie à ces principes, au nom d'une orientation morale.
Le modèle social européen construit au cours de 150 ans d’histoire industrielle et économique a été forgé par la nécessité d’établir la paix sociale en réponse à la question sociale issue de la condition ouvrière.
Dans ce modèle, la dimension de justice se manifeste particulièrement par :
- L'étendue des droits sociaux (droit à un travail ; droit à une protection en cas de perte ou d'absence de travail ; droit à une représentation collective)
- La dynamique du contrat de travail qui lie de façon réciproque le salarié et l'employeur.
On note au passage la résonance très forte entre la doctrine sociale de l'Eglise, depuis l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII et ce modèle social européen aux valeurs fortes :
le travail n’est pas une marchandise, les corps intermédiaires préviennent l’inégalité des contrats, le faible voit sa survie garantie par la solidarité de la protection sociale."

La « flexicurité » influence désormais la conception des politiques sociales et d'emploi.
"Par "flexicurité", il faut comprendre (...) une vision qui concerne l'ensemble des personnes constituant la population en âge de travailler dans la perspective du cycle de vie : étant admis que ce cycle comportera davantage de changements et donc davantage de transitions (c'est l'aspect flexibilité), comment donner à chacun davantage de maîtrise de son parcours grâce au ressourcement professionnel et familial, grâce aux revenus de remplacement, grâce aux "accompagnements personnalisés" ( c'est l'aspect sécurité)...
Tony BLAIR, social-démocrate, par ailleurs anglican engagé et très sensible à la foi catholique, un défenseur farouche de la thèse de la responsabilité, est-il moins chrétien que Romano PRODI, chrétien social qui reste très attaché à l'appui que chacun doit continuer de trouver dans des solidarités de voisinage et auprès des partenaires sociaux ? (...)

Comment la conscience chrétienne nous oriente-t-elle dans ce contexte en pleine effervescence de créativité sociale ?
Dans des situations de plus en plus complexes, la manière compte autant que la finalité ou l'objectif. Récemment, à l'occasion d'une confrontation d'expérience, que nous avions organisé à Bruxelles sur les processus de réforme des systèmes de santé, j'ai été touché par un échange de vues entre des praticiens suédois, luxembourgeois, espagnols, portugais et lettons. L'enjeu était le contrôle de la qualité en vue de la maîtrise des dépenses de santé, dans le secteur hospitalier. Ici transparaissait non pas l'organisation, mais la manière suédoise, faite d'une interaction continue et réciproque, entre un organe central qui émet des normes de qualité et d'efficience pour certains protocoles coûteux et les 21 districts suédois gérés de manière décentralisée. L'organisation, c'était dans ce cas la décentralisation, comme c'est de plus en plus la règle pour des situations complexes. Mais la manière, ce qui a suscité le plus de questions et d'échange, c'était l'interaction entre les niveaux géographiques, entre les responsabilités médicales et gestionnaires, une manière ouverte au dialogue et où la décision se rattache à une évaluation. Cette distinction entre "organisation" et "manière", entre structures et modalités suggère que le charisme chrétien, si on peut ainsi le nommer ne se situe pas dans le vent violent des réformes et de leurs annonces, mais dans la brise légère de la mise en oeuvre concrète, longanime. de leur application. Pour qu'une société soit juste, il faut certainement d'abord que les principes normatifs collectifs qui inspirent ses règles et ses lois soient justes. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi que ces règles soient habitées par des justes."
La situation française
"Notre pays est certes plus laïc, mais sans doute moins profondément sécularisé que d'autres. Ce que nous perdons en visibilité institutionnelle (les Eglises ne font pas partie de l'appareil public), nous le gagnons en tant que composante chrétienne d'un pluralisme laïc. Les chrétiens font en France partie du corps social ; ils ont joué un rôle très actif dans la formation des institutions du social de notre pays. Souvenons-nous de l'extraordinaire discours de Martine AUBRY, à Lille en Septembre 2004, à l'occasion du centième anniversaire [des SSF], avec cette véritable litanie des réalisations pionnières en matière de prévoyance sociale, initiée en France par les militants sociaux chrétiens.
Nous serions bien mal venus, surtout nous exprimant comme Chrétiens, de céder au pessimisme, ou de rentrer dans la diatribe entre "décliniste' et partisans acharnés du "modèle français". Les Français, comme le montre le rapport qui vient d'être soumis par Jacques DELORS, président du CERC, au Premier Ministre intitulé "une France en transition", montre que les Français ont l'intelligence des changements nécessaires et qu'ils ont été d'importants ajustements de leur système social. Je pense particulièrement à la réforme récente des retraites, qui s'est attaquée au cœur de la difficulté à savoir l'allongement de la durée de vie au travail et l'inégalité de l'espérance de vie après le départ en retraite. Même la CGT, souvent citée comme bloc monolithique, est aujourd'hui le lieu d'un débat profond sur ce que constituent vraiment les intérêts matériels des travailleurs.
Je note ainsi qu'à Bruxelles, CGT, CFDT et CFTC font partie d'une même Confédération syndicale européenne, ce qui n'était pas le cas il y a 5 ans."

Ite missa est.

22 avril 2007

Onfray fraye avec le "grand fauve" et feint l'effroi...

Figaro
J’étais né pour être courtisan
Suzanne
On dit que c’est un métier si difficile !
Figaro
Recevoir, prendre, et demander, voilà le secret en trois mots.
Beaumarchais - Le Mariage de Figaro - acte II scène 2

"Tout fait signe. Les deux héros sont assis de trois-quarts, (ni face-à-face, ni dos-à-dos, ni côte-à-côte), sur deux chaises du mobilier national, elles-mêmes rapprochées sur un tapis circulaire (métaphore évidente de l’isolat intellectuel où nos deux grands esprits se sont rejoints, dépassant dans la méditation et l’échange leurs conflits initiaux). "
Blog "Modernes Persaneries"
Le 20 février dernier, Michel Onfray était reçu par Nicolas Sarkozy dans le cadre d’une initiative lancée par PHILOSOPHIE MAGAZINE.
Une idée follement amusante : l’intello emblématique de la gauche libertaro-altermondialiste qui appelle un jour à voter pour l’un, le lendemain pour l’autre et le surlendemain pour un autre encore, va discuter philo avec Sarko le postfacho ! What a scoop !
Qu’on se le dise, et si on ne se le dit pas, Onfray nous l’explique en long, en large et en travers dans son blog ; il a accepté cette entrevue pour une et une seule raison, il aime, que voulez-vous, il ADORE approcher les « grands fauves ».
Rien que d'y songer, maman, quels frissons !
A tel point qu’il aurait même accepté l’inimaginable – rencontrer, oui, RENCONTRER l’horrifique Le Pen :
« j’aurais même consenti à Jean-Marie Le Pen tant l’approche de l’un de ces animaux politiques m’intéressait comme on visite un zoo ou un musée des horreurs dans une faculté de médecine. »
Notre Onfray n'a pas que des neurones, il a aussi une sacrée paire de cacahuètes !
Mais comme faute de grives, on mange des merles, faute de Le Pen, notre philosophe dût se contenter de Sarkozy.
Néanmoins, Sarko, c’est tout de même un bien gros merle, si gros même que dans l’antichambre, notre gentil philosophe est propulsé des années en arrière, dans ses frayeurs infantiles, et devient le Petit Chaperon Rouge (« rouge », ho-ho-ho !) : « Je me trouvais donc dans l’antichambre du bureau de la fameuse grand mère Sarkozy, place Beauvau (…) » .
En guise de galette et de petit pot de beurre, le petit Onfray a apporté au grand méchant Sarko quatre cadeaux très mutins, joliment emballés s’il vous plaît, car il y a quatre loups dans l’animal :
« Au ministre de l’intérieur adepte des solutions disciplinaires : Surveiller et punir de Michel Foucault ; au catholique qui confesse que, de temps en temps, la messe en famille l’apaise : L’Antéchrist de Nietzsche ; pour le meurtre du père, le chef de la horde primitive : Totem et tabou de Freud ; pour le libéral qui écrit que l’antilibéralisme c’est « l’autre nom du communisme » ( il dit n’avoir pas dit ça, je sors mes notes et précise le livre, la page…) : Qu’est-ce que la propriété ? de Proudhon. Comme un enfant un soir de Noël, il déchire avidement. Il ajoute : « j’aime bien les cadeaux ». Puis : « Mais je vais donc être obligé de vous en faire alors ? »… Comme prévu. »
« Comme prévu » ! Il est maléfique, notre Onfray, il avait tout calculé ! Ha ! Quand la puissance de l’esprit l’emporte sur la force brute ! Chaque mot, chaque geste fait par le grand méchant Sarko est en réalité anticipé par les petites cellules grises du Petit Chaperon Rouge. Au tour du grand méchant Sarko de redevenir enfant – mais enfant comblé et non terrorisé -, et au tour d’Onfray de prendre le rôle du père – mais du père Noël et non du père Fouettard.
Le Philosophe a maté la Bête ! Le Philosophe est un dompteur émérite, car le début de cet entretien laissait craindre un affrontement de Titans :
« Grand Fauve blessé, il a lu mes pages de blog et me toise – bien qu’assis dans un fauteuil près de la cheminée. Il a les jambes croisées, l’une d’entre elles est animée d’un incessant mouvement de nervosité, le pied n’arrête pas de bouger. (…) Plus il en rajoute dans la nervosité, plus j’exhibe mon calme. »
« Premier coup de patte, toutes griffes dehors, puis deuxième, troisième, il n’arrête plus, se lâche, agresse, tape, cogne, parle tout seul, débit impossible à contenir ou à canaliser.
La force affichée masque mal la faiblesse viscérale et vécue. Aux sommets de la République, autrement dit dans la cage des grands Fauves politiques, on ne trouve semble-t-il qu’impuissants sur eux-mêmes et qui, pour cette même raison, aspirent à la puissance sur les autres. Je me sens soudain Sénèque assis dans le salon de Néron »
« Et je voyais là, dans le regard devenu calme du Fauve épuisé par sa violence, un vide d’homme perdu qui, hors politique, se défie des questions car il redoute les réponses, et qui, dès qu’il sort de son savoir faire politicien, craint les interrogations existentielles et philosophiques car il appréhende ce qu’elles pourraient lui découvrir de lui qui court tout le temps pour n’avoir pas à s’arrêter sur lui-même.Les soixante minutes techniquement consenties s’étaient allongées d’une trentaine d’autres. (…) Je trouvais l’heure venue pour offrir mes cadeaux. »
« Dans l’entrebâillement de la porte de son bureau, la tension est tombée. Qui prend l’initiative de dire que la rencontre se termine mieux qu’elle n’a commencé ? Je ne sais plus. Il commente : « Normal, on est deux bêtes chacun dans notre genre, non ? Il faut que ça se renifle des bêtes comme ça… ». Je suis sidéré du registre : l’animalité, l’olfaction, l’odorat. Le degré zéro de l’humanité donc. Je le plains plus encore. Je conçois que Socrate le plongerait dans des abîmes dont il ne reviendrait pas… Du moins : dont l’homme politique ne reviendrait pas. Ou, disons le autrement : dont l’homme politique reviendrait, certes, mais en ayant laissé derrière lui sa défroque politique pour devenir enfin un homme. »

C’est la fin de l’entretien. Somme toute, les deux hommes sont dans le même registre animalier : à l’un « l’approche des grands Fauves », à l’autre « les bêtes qui se reniflent ». C’est certes plus trivialement dit chez Mère-Grand Sarko.
Mais enfin, cette heure et demie passée à « se renifler » avait apparemment un petit goût de reviens-y, car
« Rendez-vous fut donc pris pour une seconde séance. Elle eut lieu au même endroit le Jeudi 1° mars. (…) Apparemment, Nicolas Sarkozy n’avait pas prévu que je revienne accompagné et m’attendait pour un petit déjeuner en tête à tête …
Nous ne parlons pas de sujets qui fâchent – politique, gaullisme, libéralisme, religion, présidentielles, ministère de l’intérieur- et commençons de plain pied avec Sénèque qu’un ami – probablement de qualité…- lui a conseillé de lire au moment de sa traversée du désert après l’aventure du soutien à Edouard Balladur.
Je conçois que ce livre puisse produire les meilleurs effets sur un homme du commun, mais sur un homme qui évolue dans les couloirs des officines les plus élevées de la République, je suis curieux de l’effet.
»
Notre Philosophe vient donc toujours en scientifique, qu’on ne s’y trompe pas. Il connaît tous les effets de la lecture de Sénèque sur le vulgum pecus. Sa grande curiosité intellectuelle l’amène à l’observation d’un « Grand » :
« Car on oublie cette vérité élémentaire que, derrière l’icône médiatique, la caricature journalistique, la réduction de l’image publique, les clichés qui constituent l’occasion d’une réputation, bonne ou mauvaise, les images qui amplifient l’amour des conquis ou développent la haine des opposants, il existe un homme de chair et d’os, d’âme et de peur, d’angoisses et de faiblesses, de fragilités et de névroses, un être qui entretient avec les fantômes de son enfance et les spectres de sa mort, ou de celle des êtres qui comptent pour lui, une relation intime dans laquelle tout est dit, mais codé, transfiguré par un inconscient qui enterre tout cela, ne laissant dépasser de temps en temps que des morceaux d’os et des fragments d’âme. »
Quand le Grand Méchant Loup a lu ces lignes, il a dû fondre en larmes et bêler comme l’agneau qui vient de naître. Sacré Onfray ! Comme il vous a disséqué le monstre sacré sans avoir l’air, en l’espace de deux séances ! Et il y va de son conseil, à la Sénèque (qui a éduqué le terrible Néron) :
« En politique, il n’y a que des alliances opportunistes, des amitiés de tactique, des liaisons de stratégie aussi vite conclues que dénoncées. Dans cet univers vipérin, chacun cache une dague dans sa manche et l’on n’est jamais poignardé que par ses plus proches – ici comme ailleurs. Faire de la politique pour être aimé est une étrange démarche, car, dans ce bassin de murènes, on récolte bien plus souvent la haine, le mépris, la détestation dans ce monde ci que dans d’autres où, pourtant, les passions tristes font aussi la loi. Je ne crois donc pas Nicolas Sarkozy quand il avance cette idée écran : la politique pour être aimé…. A l’évidence, quelque chose d’autre se cache derrière ce paravent. »
Mais comment ne pas entendre ce cri d’amour qui veut transpercer le paravent : « C’est moi, ton Ami ! ». Seul le Philosophe peut entendre l’immense solitude du grand Fauve !
« Sentant probablement mon accord avec lui sur la jubilation dans l’exercice de ces vitesses existentielles, il me demande : « vous êtes comme ça vous aussi, non ? ». J’acquiesce. Il ajoute : « Je m’en doutais. J’ai le regret de vous dire qu’on pourrait partir en vacances ensemble ! (…) Je sens que cette idée de vacances est un piège, non qu’il me le tende à dessein, - du moins je ne le crois pas, je l’imagine sincère à ce moment…- mais parce que cet entretien, si Philosophie magazine conserve ce moment-là, ne sera probablement vu et lu que par le prisme de cette invite en forme de boutade. Je me réveille un peu, n’étant guère du matin. Le rêve des vacances devenu cauchemar m’a sorti du brouillard… Dehors les bruits de la ville, l’activité du monde, la rumeur de Paris. Le petit déjeuner se poursuit dans le calme. Finies la nervosité et l’agressivité des premiers moments de la semaine précédente, finis les gestes qui trahissaient la contrariété, l’agressivité, l’agitation. Dans ce bureau du ministre de l’intérieur, dans cet emploi du temps de candidat aux présidentielles, de patron d’une formation politique de droite majoritaire, nous parlons de Cohen et Rabelais, de Céline et Schopenhauer, de Sénèque et Shakespeare… Inattendu. »
Onfray-Sénèque et Sarkozy-Néron dans les ors de l’Elysée ! Le Fauve Philosophe et le Fauve Politique, péripatéticiens modernes devisant dans les jardins somptueux du palais sous les regards impavides des gardes républicains...
Avant une prochaine visite, Onfray devrait relire le Britannicus de Racine, ça le ramènerait peut-être sur terre. A l’acte IV de cette pièce, Néron s’explique :
« J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer » . C’est ce que dans d’autres termes on appelle « le baiser de l’araignée » ou encore « l’étreinte mortelle ».
Mais il est vrai que
« Un bon courtisan peut, quand il est de race,
D’avance quinze jours flairer une disgrâce
»
Alexandre Dumas - Stockholm, Fontainebleau et Rome - Prologue

14 avril 2007

L'ordre de la "Société juste" contre "l'Europe apostate"


1) L'EUROPE APOSTATE
Au cours de la semaine du 25 mars, date anniversaire de sa signature, les 50 ans du Traité de Rome ont été fêtés avec pompes de Bruxelles jusqu'au Vatican.
Rien de tel qu'un anniversaire pour essayer une fois encore de faire oublier la monumentale claque de 2005 contre le Traité constitutionnel européen, ce clone du Traité de Maastricht.
Alors, tant qu'à faire, Joseph Ratzinger alias Benoît XVI, a choisi de faire une petite piqûre de rappel sur l'identité chrétienne de l'Europe lors de son discours devant un congrès européen réuni par la Commission des Conférences Episcopales de l'Europe sur le thème "Valeurs et perspectives pour l’Europe de demain" .
Il a expliqué en substance qu'on ne lui ferait pas manger sa tiare sur cette question fondamentale et qu'il avait les moyens de jouer les trouble-fêtes, car il a des alliés dans la place. Ratzinger n'y est pas allé avec le dos de l'encensoir : il a parlé du "risque d'apostasie de l'Europe" et appelé les responsables politiques chrétiens à "l'objection de conscience".
Voici quelques extraits de son discours :
"... on ne peut pas penser édifier une authentique "maison commune" européenne en négligeant l’identité propre des peuples de notre continent. Il s’agit en effet d’une identité historique, culturelle et morale, avant même d’être géographique, économique ou politique ; une identité constituée par un ensemble de valeurs universelles, que le christianisme a contribué à forger, acquérant ainsi un rôle non seulement historique, mais fondateur à l’égard de l’Europe. Ces valeurs, qui constituent l’âme du continent, doivent demeurer dans l’Europe du troisième millénaire comme un "ferment" de civilisation".
"... il apparaît toujours plus indispensable que l’Europe se garde d’adopter un comportement pragmatique, aujourd’hui largement diffusé, qui justifie systématiquement le compromis sur les valeurs humaines essentielles, comme si celui-ci était l’inévitable acceptation d’un prétendu moindre mal. "
"... lorsque s’ajoutent à ce pragmatisme des tendances et des courants laïcistes et relativistes, on finit par nier aux chrétiens le droit même d’intervenir en tant que tels dans le débat public ou, tout au moins, on dévalorise leur contribution en les accusant de vouloir sauvegarder des privilèges injustifiés. A l’époque historique actuelle, et face aux nombreux défis qui la caractérisent, l’Union européenne, pour être le garant valide de l’Etat de droit et le promoteur efficace de valeurs universelles, ne peut manquer de reconnaître avec clarté l’existence certaine d’une nature humaine stable et permanente, source de droits communs à toutes les personnes, y compris celles-là mêmes qui les nient. Dans ce contexte, il faut sauvegarder le droit à l’objection de conscience, chaque fois que les droits humains fondamentaux sont violés."

Ce discours est un acte politique en direction des responsables de l'Union européenne et en même temps un véritable rappel à l'ordre.
Angela Merkel (fille de pasteur...) a dès le lendemain donné raison au pape, s'excusant presque de ne pouvoir aller plus vite dans le sens de la reconnaissance des racines judéo-chrétiennes de l'Europe à cause "des profondes traditions séculières de séparation de l'Eglise et de l'Etat " qui existent en Europe.
Le président du Parlement européen et compatriote du pape, Hans-Gert Pöttering, le président polonais Lech Kaczynski sont bien entendu en parfaite osmose avec le discours prononcé le 24 mars à Rome.
Romano Prodi n'est pas resté les deux pieds dans le même sabot, puisqu'il a aussitôt réagi en proposant que soit "donné aux Eglises un rôle de consultation", car "en ces temps d'intégrisme, les Eglises sont un des éléments les plus stables de notre société".
A Rome, lors de ce congrès catholique, qui a aussi entendu Mario Monti, ancien commissaire européen, et Michel Camdessus, président des Semaines Sociales de France, des réseaux catholiques militants se sont fédérés : le ZDK (Centre des catholiques allemands), les intellectuels du groupe ZNAK en Pologne, les Semaines Sociales de France, l'Action Catholique Italienne, les Intellectuels Catholiques de Croatie et quelques autres.
A l'issue de leurs travaux, les 400 participants au congrès ont adressé aux chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres de l’Union européenne, au président du Parlement européen et au président de la Commission européenne une résolution dans laquelle il est notamment écrit :
"Il a fallu plus de cent ans à nos ancêtres pour construire une cathédrale pour quelques-uns; en cinquante ans, nous avons bâti une nouvelle « cathédrale » pour tous les Européens."
"Nous suivons avec attention le dialogue entre les chefs d’Etats et de gouvernements, le président du Parlement européen et le président de la Commission européenne afin d’envisager une solution commune qui permette de dépasser l’actuelle période de réflexion en Europe. Nous souhaitons que la solution institutionnelle qui sera atteinte sauvegarde la dignité humaine et les valeurs qui en dérivent, comme la liberté religieuse dans toutes ses dimensions, les droits institutionnels des Eglises et des communautés religieuses, et qu’elle reconnaisse explicitement l’héritage chrétien de notre continent."
"Nous demandons que l’UE soit guidée par les valeurs et les principes qui ont inspiré l’unification européenne depuis ses débuts. Il s’agit de la dignité humaine, l’égalité entre homme et femme, la paix et la liberté, la réconciliation et le respect mutuel, la solidarité et la subsidiarité, l’Etat de droit, la justice et la recherche du bien commun. Ils sont indispensables, en particulier dans un contexte de résurgence dans nos pays, de tendances nationalistes, racistes, xénophobes ainsi que des égoïsmes nationaux. Les institutions européennes devraient agir dans les domaines relevant de leur compétence, et non pas dans ceux qui relèvent des compétences nationales. C’est pourquoi nous appelons les Etats membres à respecter, dans le cadre de leurs législations démocratiques, la vie, de la conception à son terme naturel, et à promouvoir la famille en tant qu’union naturelle entre homme et femme dans le cadre du mariage. Le respect des droits civils et légaux des individus, ne doit pas porter atteinte à l’institution du mariage et à la famille comme fondement de la société."
Et pour conclure :
"Nous, chrétiens, nos communautés, nos associations et mouvements contribuerons par notre engagement à soutenir les initiatives qui respectent authentiquement la nature humaine créée à l’image et dans la ressemblance de Dieu, telle que révélées en la personne de Jésus-Christ et qui, dans cette optique, œuvrent de manière authentique en faveur de la réconciliation, de la paix, de la liberté, de la solidarité, de la subsidiarité, de la justice. Dans le processus d'intégration du continent, comme l’a rappelé le pape Jean-Paul II: « Il est capital de prendre en compte le fait que l'Union n'aurait pas de consistance si elle était réduite à ses seules composantes géographiques et économiques, mais qu'elle doit avant tout consister en une harmonisation des valeurs appelées à s'exprimer dans le droit et dans la vie. » (Ecclesia in Europa, 110).
Que le Seigneur bénisse l’Europe et que la Vierge Marie la protège."

31 mars 2007

saint Poldeux

DEUX ANS après la mort du pape, son procès en canonisation, ouvert par Benoît XVI quarante et un jours après sa mort, bat tous les records de vitesse. Lundi 2 avril, dans la cathédrale de Rome, le jour anniversaire de sa disparition, s'achèvera la première phase de ce procès en canonisation. Du niveau local, l'instruction passera à l'échelon supérieur. Elle arrivera aux mains de la congrégation pour la Cause des saints. À charge pour la « fabrique » des saints du Vatican de faire de Karol Wojtyla le quatre-vingt-septième pape bienheureux ou saint de l'Église catholique.
Il faut faire vite, car selon son ancien secrétaire, le cardinal Stanislaw Dziwisz, un danger plus grave pèserait sur le procès. La chasse aux anciens collaborateurs du régime stalinien dans le clergé polonais serait aussi « une manière de faire obstacle » à sa canonisation. Il a donc demandé à Benoît XVI de presser le mouvement.

C'est donc parti ! On nous annonce en faisant résonner hautbois et musettes que la béatification de Karol Wojtyla alias Jean Poldeux est en bonne voie (impénétrable bien sûr, comme toutes les voies du Seigneur). "Credo quia absurdum" (je crois parce que c'est absurde), disait Pascal ; en ce début de XXIème siècle, il serait comblé : on nage dans l'absurde et l'on pourrait aisément s'y noyer !
Une sorte de Star'Ac des miraculés a dû avoir lieu dans les coulisses feutrées du Vatican. And the winner is ... la Française Soeur Marie-Simon-Pierre, guérie selon l'Église d'une maladie de Parkinson et sélectionnée parmi plusieurs « miraculés ».
Elle avait de sérieux concurrents pourtant, la Marie-Simon-Pierre : Rafal, non pas l'avion mais un jeune Polonais atteint d'un cancer des noeuds lymphatiques, guéri après une audience privée avec Jean-Paul II, le 1er juillet 2004. La Canadienne Angela Baronni, souffrant d'un cancer de la moelle osseuse, qui avait rencontré le pape en 2002, lors des Journées mondiales de la jeunesse à Toronto et guérie peu de temps après. Emil Barbar né avec une paralysie cérébrale : emmené en 1980 par sa mère à Rome où Jean-Paul II leur avait conseillé de se rendre à Lourdes, Émile allait abandonner sa chaise roulante (dont les pneus étaient devenus neufs au passage) quelques semaines après avoir été baigné dans la source du sanctuaire ! Marcel, sérieux concurrent car Français aussi et miraculé aussi après la mort du pape : le lendemain d'une tournée des grands ducs début 2007, il a une tête de bois carabinée ; il répètera pendant deux jours et deux nuits "Jean-Paul deux-Jean-Paul deux", et pfuit, plus rien, plus mal à la tête, mieux qu'Alka-Seltzer ! Et bien d'autres que nous ne pouvons malheureusement pas citer, car les miracles, c'est bien connu, quand on en veut, on en trouve.
La "miraculée" a expliqué :
"Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'étais malade, et que maintenant, je suis guérie. Je vous dis que je suis guérie. Maintenant, c'est à l'Eglise de se prononcer et de reconnaître si c'est un miracle". On lui fait confiance...
Elle aurait été atteinte de la maladie de Parkinson depuis 2001 jusqu'au 2 juin 2005. Ce jour-là, elle dit à la mère supérieure qu'elle veut quitter son poste d'infirmière, à cause de la maladie.
La mère supérieure a alors l'idée du siècle : elle lui demande d'écrire "Jean-Paul II" sur une feuille. Elle obéit et écrit avec beaucoup de difficultés. Mais quand elle retourne dans sa chambrette, il se passe un truc formidable : "Quand je suis rentrée dans ma chambre, j'ai eu envie d'écrire, alors que pour moi, écrire était difficile. J'ai eu l'impression d'entendre une voix qui me disait: Prends ton stylo et écris". Ah ! Les voix ! Que ferait-on sans elles ? Le 3 juin, avant que sonnent les matines, hop, elle saute dans ses sandalettes : "Je me suis sentie complètement transformée, je n'étais plus la même intérieurement. Quelque chose qu'il m'est difficile de vous expliquer avec des mots tellement je ne peux pas dire, intérieurement ce que je ressens vraiment. C'était trop fort, trop grand. Un mystère." Ah ! Le mystère ! Que ferait-on sans le mystère ? Elle a couru de toutes ses jambettes voir ses soeurettes émerveillées, elle a arrêté son traitement et elle a repris le boulot.
Alors il y a, comme toujours, des rabat-joies. Le Dr Thobois par exemple, du service de neurologie du CHU de Lyon, un bien triste sire celui-là qui ne comprend rien ni aux voix, ni aux mystères. Rendez-vous compte, il ose affirmer qu'on "ne guérit pas de la maladie de Parkinson". Selon lui, il n'y a qu'une seule explication possible à la guérison "miraculeuse" de Marie-Simon-Pierre : elle souffrait sans doute d'un seul des deux seuls syndromes curables de la maladie.
"Il existe différents syndromes parkinsoniens", explique le Dr Thobois. "Seuls deux peuvent guérir : ce sont ceux qui sont induits par des médicaments, les neuroleptiques, et ceux qu'on appelle syndromes psychogènes, c'est-à-dire liés à un trouble psychologique".
Dans le premier cas, l'arrêt des médicaments entraîne la mort du syndrome. Dans le second, la disparition du trouble précède celle du syndrome, explique le Dr Thobois. "Il faudrait donc être certain" du type de syndrome dont souffrait soeur Marie-Simon-Pierre pour mieux comprendre la situation.
"La maladie de Parkinson en tant que telle, ou les syndromes parkinsoniens dégénératifs (liés à des dégénérescences de neurones au cerveau), ne sont pas guérissables" ajoute-t-il. "La maladie de Parkinson, c'est un ensemble. On améliore les symptômes, on ne guérit pas et on ne bloque la progression".
Mais la sainte fête aura lieu quand même. La Française a été sélectionnée, parce qu'elle fait partie de la bande des Petites Soeurs des maternités catholiques, adulatrices de Jean-Paul II et de son engagement en faveur de la « défense de la vie », c'est-à-dire de son engagement contre la contraception, l'avortement et le droit de mourir dans la dignité par l'euthanasie. La religieuse a été sélectionnée parce qu'elle est aussi française : « il se peut que la France ait été préférée, parce que c'est un pays auquel on ne s'attend pas », a déclaré sans rire l'ancien secrétaire de Jean-Paul II, le cardinal Stanislaw Dziwisz.
Quand on vous dit que la France est dans le colimateur du Vatican ! Ils veulent qu'elle redevienne "la fille aînée de l'Eglise" pour qu'ils puissent reconquérir ce que la République laïque, une et indivisible leur a fait perdre avec la loi de séparation.

RAISON DE PLUS POUR PARTICIPER AU BANQUET DU VENDREDI DIT "SAINT" LE 6 AVRIL A LA SALLE DES FETES DE LAUNAGUET (19h30) !
Vous pouvez lire le "témoignage" de la bonne soeur lauréate en cliquant sur ce lien :